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Jean-Michel Blanquer réforme l’Éducation Nationale. Un peu. Vaguement. Peut-être.

Publié le 20 juin 2018 par H16

Aujourd’hui, je vous propose un texte de Marion B. qui à la fois résume fort bien ce que je pense de la situation scolaire française et donne une excellente idée de la valeur de l’actuel ministre de notre Édulcoration Nationale…

Jean-Michel Blanquer, la nouvelle excuse officielle à l’Éducation Nationale l’Ignorance Généralisée, est un homme politique savant contrairement à Najat Vallaud-Belkacem. Il arrive à ne pas irriter tout le monde de sa simple présence, il arrive à faire croire que l’école va se recentrer sur le « lire-écrire-compter », il arrive à faire croire qu’il est tout nouveau, tout propre et que, parce qu’il est tout nouveau, tout propre, la situation de l’enseignement en France va changer. Youpi et bal musette.

Sauf que le Jean-Mimi, il n’est ni tout nouveau, ni tout propre.

En fait, Blanquer n’est qu’un bonhomme des arcanes du ministère de l’Ignorance Généralisée, qui, flanqué d’une pelisse de vieux briscard d’État à la Bêtise Crasse, a fini par y arriver.

En 2009, sous Châtel, il était quand même déjà le secrétaire général de la DGESCO.

Toi qui n’a pas Bac+5 en acronymes, sache que la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, c’est un peu elle qui prend toutes les décisions, même si on te fait croire que c’est le Ministre ; c’est d’ailleurs ce qui explique que si les ministres s’évaporent à la vitesse du son, les réformes continuent, elles, de s’empiler, toujours, tout le temps et quel que soit le temps, dans le même sens : diminution des heures disciplinaires au profit d’un temps toujours plus dévolu, voué, corvéable et corvéé à la construction de son propre savoir par l’apprenant. Ce qui visiblement marche au top quand on voit le niveau d’orthographe des élèves.

Jean-Michel Blanquer réforme l’Éducation Nationale. Un peu. Vaguement. Peut-être.

Jean-Mimi, son premier fait d’arme, c’est la réforme Châtel. Lecteur, souviens-toi la réforme de 2009 : diminution des heures disciplinaires, mise en place de l’AP et des TPE. Toi qui me connais, tu sais que l’AP c’est pour personnalisé et pas du tout individuel, mais je ne crois pas t’avoir déjà parlé des TPE.

TPE, c’est pour Travaux Personnalisés Encadrés. Un machin totalement républicain donc, i.e. complètement festif et inutile. Les élèves se mettent par groupes, décident d’une « problématique » qui ne sera au mieux qu’un problème, au pire qu’une excuse, et se réunissent une heure et demi par semaine au CDI, sur 18 semaines, sous l’observation bienveillante d’un professeur, suite à quoi ils font une prestation orale ridicule que l’État renommera soutenance pour faire classe.

Qu’ils bossent ou pas, c’est au choix des apprenants, sachant que même ceux qui n’ont rien fichu auront douze à cause du jeu des compétences à analyser. La grille d’évaluation montre bien que le savoir et les connaissances sont réduits à une portion si congrue que leur présence ne se justifie plus que parce qu’ils servent d’alibi à la mascarade.

Le TPE, c’est chouette : les points ne comptent que s’ils sont au-dessus de la moyenne et c’est toujours l’occasion de croiser des élèves qui viennent me sensibiliser aux inégalités hommes/femmes, m’expliquer ce qu’est une « QTE » dans les jeux vidéos par rapport à une scène animée, mais c’est aussi trop rarement l’occasion d’une authentique réflexion sur le cannibalisme.

Alors comme les TPE, ça ne marche pas, ça ne peut pas marcher, ça ne marchera jamais, même sur un malentendu, mais c’était son idée, Jean-Mimi – qui n’est qu’une continuité – s’est demandé comment aller plus loin et est allé voir du côté de l’Italie nous dégoter le « Grand Oral ». L’Italie désabusée revient de cette lubie pédagogogique, ce qui constitue à soi seul une bonne raison pour foncer dedans.

Logique française™.

Alors, dorénavant, nous n’aurons plus une heure et demi par semaine en première qui sera bloquée à faire absolument tout sauf acquérir des savoirs mais bien deux années à préparer un « truc ». Déjà, rien que ça, sans reparler de l’Italie qui en revient, ça sent bon le chocolat chaud et les bisous.

Jean-Michel Blanquer réforme l’Éducation Nationale. Un peu. Vaguement. Peut-être.

L’idée est comme toujours de prendre acte du réel – les élèves ne savent pas s’exprimer à l’écrit – pour en déduire l’idée la plus saugrenue possible, celle qui parce qu’elle sera la plus saugrenue, aura le moins de chance de marcher et sera réitérée jusqu’à muter en mantra : faisons-les passer à l’oral. Simplicité, élégance, logique. Car oui, s’ils sont nuls à l’écrit, ce n’est absolument pas parce qu’ils sont devenus incapables de maîtriser leur pensée à force de supprimer des heures de français mais parce que l’écrit est discriminant, méchant et autoritaire.

Oralement, ça va marcher.

« Et si j’y pense très très très, mais vraiment très fort, ça va devenir vrai », s’auto-persuade Jean-Mimi. Surtout si on évalue comme les TPE et qu’on ne compte que les points au-dessus de la moyenne, hein, Jean-Mimi.

Je passe sur la débilité de la plupart des TPE ou sur l’idée que savoir s’exprimer à l’écrit ça aide vaguement pour s’exprimer oralement, j’en viens directement au fait de l’oral parce que c’est le plus rigolo.

Les modalités de mise en place du « Grand Oral De La Mort Qui Tue Sans Discriminer Ni Reproduire Les Inégalités Sociales » ne sont pas encore connues. Tout au plus sait-on qu’il s’agira d’une des épreuves terminales survivantes du Choc de la Simplification, qu’il portera sur deux disciplines, comme les TPE.

Incroyable. Tant d’innovation d’un coup, je défaille. Concrètement, on va se taper un TPE sur deux ans. Youpi et fraises tagada !

Mais quand sera-t-il préparé ? Sur quelle base ? Quel temps ? On ne sait toujours pas.

Parce que l’écrit, sans doute que c’est méchant, mais l’oral c’est encore pire et cela demande deux fois plus d’entrainement puisqu’il va falloir que les élèves soient capables d’assumer leurs idées à un âge où on ne souhaite que s’agréger à la pensée dominante tout en prétendant, du haut de ses petits poings serrés, qu’elle est la sienne et qu’elle est originale. On risque de rigoler et de se faire sensibiliser bien profond aux inégalités hommes/femmes. Et vues mes grilles d’évaluations, je mettrai la moyenne.

En même temps, pourquoi je m’étonne, puisqu’à deux mois de la rentrée vient de surgir une réforme des contenus en collège – dont personne ne sait vraiment sur quoi elle portera – et des bacs pros – dont tout le monde se demande à quoi elle servira.

Parce que les bac pro, respect sur eux, vont maintenant devoir réaliser un « Chef d’œuvre ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jean Mimi. Il s’agit de « redonner du prestige » aux filières pro et plutôt que de mettre en avant qu’un bon plombier gagne plus qu’un professeur de philosophie, on va leur demander de réaliser un chef d’œuvre. De Vinci, Cavarage ou Beethoven, tenez-vous prêts ! Les bacs pro sont dans la place. Ça aussi, ça risque d’être propre.

Tout se vaut, toutes les opinions sont respectables, sauf celles d’Hitler, toutes les productions sorties du néant où elles auraient dû rester seront des chefs-d’œuvre. Tout va pour le mieux en République Française du Bisounoursland et de ce néant des choses humaines, le néant vient de gagner ses titres de noblesse.

R.I.P. gentil bac. Jean-Mimi, le tout nouveau tout neuf tout propre, veut ta peau depuis 2009 et il l’obtiendra vraisemblablement sous les applaudissements de tous ceux qui n’auront pas bien compris ce qui est véritablement en jeu précisément parce que tu te présentes comme tout nouveau, tout neuf, tout propre alors que tu n’es qu’un vendu de plus de l’Endoctrinement National.

Bien joué. Le réel est un gag.

Jean-Michel Blanquer réforme l’Éducation Nationale. Un peu. Vaguement. Peut-être.


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