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André Gide, André Malraux : chemins convergents

Publié le 19 juin 2018 par Les Lettres Françaises

André Gide, André Malraux : chemins convergentsLe nouvel ouvrage publié par les éditions Gallimard et la Fondation Catherine Gide est une réussite. L’album que Jean-Pierre Prévost consacre à André Gide et à André Malraux fait la part belle aux textes originaux, aux photos et aux documents d’archives. Comme le dit très justement Peter Schnyder, dans son introduction, c’est par là même toute une époque que nous revisitons, tout un pan de l’Histoire et de l’histoire littéraire qui nous est livré. Et, heureuse initiative, des extraits des Cahiers de Maria Van Rysselberghe, la célèbre Petite Dame (dont Malraux avait préfacé l’oeuvre originale) viennent ponctuer ce périple.

André Gide (1869-1951) et André Malraux (1901-1976) sont deux écrivains d’exception, deux grands hommes, deux humanistes. Leurs routes politiques convergent dès les années 20. Tous deux questionnent le colonialisme, l’un en Afrique du Nord, l’autre en Asie. Dans les années 30, ils s’engagent conjointement contre le fascisme et mènent des actions communes en faveur du communisme. Séparément ils se rendent en URSS, mais de leur voyage, ils tirent des analyses différentes. Découvrant « le ver dans le fruit », Gide perd la foi communiste et Malraux poursuit son chemin révolutionnaire en s’engageant aux côtés des Républicains espagnols. Mais tous deux pensent qu’« une littérature asservie est une littérature avilie, si noble et légitime que soit la cause qu’elle sert ». Ils ne cesseront de défendre la culture et la liberté de création.

Dès le début de leur relation, Gide et Malraux s’entendent sur l’essentiel : l’art éveille les consciences et peut procurer un bonheur supérieur. Ils participent aux décades de Pontigny, qui se déroulent dans la fameuse abbaye cistercienne. Ils se croisent à la N.R F. et font chemin partagé chez Gallimard. Tous deux sont attachés à la fabrication de l’objet littéraire. Pour les publications de la N.R.F., Gide avait choisi l’imprimeur belge Édouard Verbeke pour son savoir-faire. Directeur artistique en 1928, Malraux est « éditeur d’extraordinaire ». On lui doit notamment la réédition des Nourritures terrestres, illustrées par Demetrios Galanis (1930), d’El Hadj illustré par l’artiste iranien Mirza Ali Ispahani, dite édition d’Ispahan (1932), et aussi l’édition des œuvres complètes de Gide en « quinze volumes solides comme des meules de foin » (1933-1939), avec un Galanis en frontispice. Sans oublier Paludes (1895), œuvre moderne par excellence, que Malraux apprécie particulièrement et qu’il édite illustré par Alexandra Grinevsky (1930).

L’Amitié à l’œuvre, un bel ouvrage, qui donne envie de se replonger dans les œuvres de Gide et de Malraux, deux auteurs qui de leur vivant figurent dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Martine Sagaert

Jean-Pierre Prévost, André Gide – André Malraux, L’Amitié à l’œuvre
Avec la collaboration d’Alban Cerisier, avant-propos de Peter Schnyder
Fondation Catherine Gide & Gallimard, 2018, 248 pages, 35 €
Exposition André Malraux Éditeur d’extraordinaire
19 avril 2018 - 19 mai 2018
Galerie Gallimard, 30-32 rue de l’université, 75007 Paris

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