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Jurassic World : Fallen Kingdom. Hollywood, ses fantômes et ses ruines

Par Balndorn

Jurassic World : Fallen Kingdom. Hollywood, ses fantômes et ses ruines
Résumé : Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l’île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction. Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l’île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.
On ne va pas épiloguer. Jurassic World : Fallen Kingdom est un mauvais film. Pas catastrophique non plus, tout juste regardable. Le genre de film qu’on oublie aussitôt après l’avoir vu.
Rien de nouveau sous le soleil
C’est peut-être la pire catégorie où déchoir. Parce qu’on se demande, au vu de tout le pognon dépensé dans la saga : à quoi bon ? qu’apporte de nouveau le film ne serait-ce qu’au précédent, sinon envers l’œuvre originale de Steven Spielberg ? Rien : toujours la même dénonciation stérile des méfaits du libéralisme à tout crin dans l’ingénierie génétique. On ne se refait pas.L’inutilité de Jurassic World : Fallen Kingdom a valeur d’exemple du système hollywoodien actuel. On l’avait déjà évoqué à propos de L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, qui, lui, sait filmer, mais la problématique demeure la même : les grands studios n’ont plus d’imagination et se contentent de piller leurs archives à base de remakes et de reboots à la sauce numérique. Sauf que la sauce ne prend pas. Comparons la mise en scène de la tension entre Jurassic Park et Jurassic World : Fallen Kingdom. Alors que le maître Spielberg connaît parfaitement le dosage des émotions, construisant patiemment la nervosité dans la longue séquence de la jeep sous la pluie, Juan Antonio Bayona, le réalisateur du nouveau volume, s’éparpille, et nous avec, avec sa caméra ultra-mobile. Là où Jurassic Parkbrillait par son silence, dans Jurassic World : Fallen Kingdom, ça crie, ça piaille, ça remue aussi bien chez les dinos que les humains (et en particulier chez la caricaturale Bryce Dallas Howard). La seule scène réussie s’inspire précisément de la mise en scène selon Spielberg, lorsque l’ombre portée de l’Indoraptor, nouveau dinosaure énervé, se projette, à la manière d’un film expressionniste, sur les murs de la chambre d’une petite fille (Isabella Sermon)… Juan Antonio Bayona retrouve là, le temps de quelques minutes, l’art de la mise en scène qu’il pratiquait dans L’Orphelinat.  
Dans les ruines, la vie renaît
Est-ce un hasard qu’on ait choisi le réalisateur d’un film sur une maison hantée pour remuer le vieil édifice hollywoodien ? Peut-être pas. Jurassic World : Fallen Kingdom lie la fascination actuelle pour les fantômes et celle pour les ruines. Il eût été plus intéressant, d’un point de vue plastique, de placer l’intégralité du récit sur Isla Nubar en proie à l’éruption volcanique. Car c’est là que se trouvent les plus belles images du film, comme lorsque l’expédition redécouvre le parc d’attractions livré aux dinosaures et aux herbes folles. Le lieu n’est pas sans évoquer, dans un autre genre, The Florida Project, qui lui explore les ruines bien réelles du Magic Kingdom d’Orlando. Les deux œuvres partagent en effet une même biophilie : la vie finit toujours par reprendre ses droits sur les décombres de la civilisation humaine, à l’instar du T-Rex marquant son territoire sur les ruines de Jurassic World.De ce point de vue, Jurassic World : Fallen Kingdom se rapproche d’un autre blockbuster(encore plus mauvais) : La Planète des Singes : Suprématie. Les deux superproductions mettent en scène le remplacement de l’humanité par une autre espèce intelligente dans la domination de la Terre : d’un côté les grands singes, de l’autre les raptors (Blue). Et les deux souffrent du même problème : l’anthropomorphisme. Forcé dans La Planète des Singes, qui reproduit jusqu’aux tares de notre société (la hiérarchie et le patriarcat règnent aussi chez les singes), il affleure dans le regard de Blue. Le discours d’Owen (Chris Pratt) et Claire (Bryce Dallas Howard) l’explicite : Blue est intelligente parce qu’elle est comme nous.Jurassic World : Fallen Kingdom et La Planète des Singes : Suprématie n’arrivent pas à penser autrement l’intelligence, car ils l’arriment toujours au paradigme humain. D’autres productions, toutes tailles confondues – du modeste The Last Girl au colossal Premier Contact – s’essayent à inventer d’autres formes d’intelligence. Gageons qu’en-dehors des salles obscures, nous nous confronterons à l’altérité et ne plaquerons pas notre modèle sclérosé sur une nature en pleine ébullition…
Jurassic World : Fallen Kingdom. Hollywood, ses fantômes et ses ruines
Jurassic World : Fallen Kingdom, Juan Antonio Bayona, 2018, 2h08
Maxime
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