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581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron.

Publié le 23 juin 2018 par Juan
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron.

Où l'on s'amuse brièvement du nouveau fiasco marketing de Sa Majestée Jupiter, et où l'on s'inquiète de l'action européenne d'Emmanuel Macron, l'alliance des pires, xénophobie et néo-libéralisme.

 C'est la boulette.
Emmanuel-Macron-Sa-Majesté se heurte avec un collégien qui lui fredonne l'Internationale sur son passage et, pire encore, l'appelle "Manu". La réaction de Sa Majesté à l'égard du jeune insolent est à l'image du personnage, arrogante, surdimensionnée, monarchique. Après le "Casse-toi pov'con !" d'un Sarkozy face à un visiteur du salon de l'Agriculture, voici la saillie incontrôlée de son successeur:
 "Tu m’appelles Monsieur le président de la République ou Monsieur !"
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron. Macron fait la leçon (et quelle leçon!), il tutoie alors qu'il exige le vouvoiement.
Il insiste, il s'attarde, il appuie. Il réclame au collégien qu'il passe son bac d'abord.
Il devient lourd, puis ridicule.
C'est gênant.
Il nous gêne.
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron. L'échec de communication est total.
Consciente du danger, l’Élysée poste plus tard une seconde vidéo, avec cette légende, comme pour minorer l'incident de départ: "Le respect, c’est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n’empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu’au bout." L'effet est pire, l'irrespect présidentiel total, l'arrogance encore plus grande. Ecraser la modeste insolence d'un collégien d'une référence aux résistants du 18 juin 1940. Et pourquoi pas la Shoah tant qu'on y est ?
Voici l'adolescent mal en point, harcelé dans sa propre banlieue.
Plus drôle, Macron est soudainement dépeint sur les réseaux sociaux et dans la presse comme OSS117 version Jean Dujardin: un charmant jeune homme rance et ringard, bloqué dans l'image artificielle d'une France conservatrice triomphante, dont les déclarations hors sol provoquent rire et consternation à son insu.
Bref, il a fallu une vanne d'un adolescent pour que Macron plonge dans le ridicule, et abime la fonction présidentielle avec lui. 
Emmanuel Macron avait pourtant tenté de placer sa semaine sous le signe de l'Europe, cette belle union des nations en paix, cet idéal indépassable dont il serait le sauveur. La défense de l'union libérale européenne est au cœur du projet macroniste. L'Europe est à Macron ce que la sécurité devait être à Sarkozy, la première brique de son ADN politique. Depuis son élection, il a livré trois discours que ses communicants ont présenté comme historiques. A chaque fois, le décor et la mise en scène étaient soignés. Son proche ami Arnaud Jolens, celui-là même qui a fait des ristournes illégales pour l'organisation des meetings de la campagne présidentielle, veille au grain. Embauché à l'Elysée au lendemain de la victoire, on lui doit notamment ce show nocturne à Athènes, à la Pnyx, en septembre 2017.
L'Europe est essentielle à Macron.
Et pourtant, quel revirement !
L'action européenne d'Emmanuel Macron valide la xénophobie du populisme fascisant de l'extrême droite, aggrave la concurrence, protège la finance et les grandes entreprises contre les syndicats, la presse, et les citoyens. 

Le projet européen d'Emmanuel Macron est l'alliance des pires.
#1. Mentir sur l'Europe sociale
La promesse était presque belle, elle est déjà morte: "Nous exigerons que soit mis en place un socle de droits sociaux européens, en définissant des standards minimums en matière de droits à la formation, de couverture santé, d’assurance chômage ou de salaire minimum (à des niveaux tenant compte de l'inégal développement des Etats membres)." (notez la précision délicieuse: "à des niveaux tenant compte de l'inégal développement des Etats membres").
La seule mesure "sociale" qu'Emmanuel Macron a défendu au niveau européen concerne l'interdiction du travail détaché. Ou plutôt son encadrement.
En octobre dernier, Emmanuel Macron avait tenté de faire croire qu'il avait enfin résolu le problème de la concurrence des mains d'oeuvre au sein de l'Union. La fameuse révision de la directive en matière de travail détaché est une victoire à la Pyrhus: après 6 mois de négociation supplémentaire après les premiers cris de victoire macroniste, les pays moins-disants ont obtenu 2 à 4 ans pour se mettre en règle. Des secteurs comme le transport routier en sont exemptés. Pire, la nouvelle règle du "travail égal, salaire égal" ne s'applique pas aux cotisations sociales. Ce qui revient à laisser un avantage compétitif aux pays où les cotisations sociales sont les plus basses.
#2. Mentir sur la taxe sur les transactions financières
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron. Son ami, c'est la finance. Et la finance le lui rend bien. Macron a rétrécit l'ambition française de taxe sur les transactions financières (TFF). Macron veut profiter du Breixit pour transformer Paris en capitale de la spéculation européenne. En France, il fait d'abord voter la suppression de l'extension de la taxe sur les transactions financières aux opérations infra-journalières par ses députés godillots.
Ensuite,  au niveau européen, il fait tout son possible pour que la TFF soit rétrécie au seul marché des actions, et épargne les produits dérivés, soit 70% du potentiel de revenus.
#3. Se taire sur la répression en Catalogne
Quand la Catalogne se déchire sur fond de référendum sur l'indépendance à l'automne 2017, Macron est silencieux, il n'offre pas même un rôle de médiation alors que le gouvernement conservateur, depuis renversé au Parlement après des accusations de corruption, lance une répression inouïe contre les dirigeants indépendantistes.
L'Europe version Macron est un modèle d'égoïsme répressif.
#4. Se dépêcher pour privatiser le rail
Le rail sera ouvert à la concurrence, des lignes seront privatisées. Macron n'y est pour rien, mais il a tenté de le cacher. Il a fait voter une réforme hypocrite, initialement présentée comme inévitable pour "sauver" la SNCF d'un endettement qui n'avait rien à voir. Il fallut une grève à l'appl de tous les syndicats pour que le gouvernement cède sur les garanties à apporter aux salariés qui seront victimes de cette privatisation.
Macron et ses sbires ont agi comme les zélés soldats du libéralisme européen, sans s'interroger sur le bien-fondé de ces privatisations.
#5. Durcir le secret des affaires
Avec un autre zèle tout aussi inhabituel, le gouvernement macroniste a transposé une directive européenne sur le secret des affaires. Plutôt que de créer quelques gardes-fous, voire, soyons fous, contester la dite directive, Macron s'est couché. Pire, il est allé plus loin que le texte européen. Certes, les entreprises pourront désormais attaquer en justice quand une information est divulguée les concernant, qui n’est pas connue ou aisément accessible à des personnes extérieures à l’entreprise, revêt une valeur commerciale parce qu’elle est secrète ; et a fait l’objet de mesures de protection « raisonnables » de la part de l’entreprise. Mais la transposition française créé un flou sur la nature de secrets, inverse la charge de la preuve et, pire, restreint la définition des lanceurs d'alerte aux seuls dénonciateurs de faits illégaux. Par exemple, la révélation des "Panama Papers" eut été illégale.
Là encore, L'Union européenne progresse... contre les citoyens.
Macron se tait et obéit.
#6. Mentir sur le budget européen
C'est la "victoire" de la semaine. Mardi 19 juin, au château de Meseberg en Allemagne, Jupiter tient sommet avec Angela Merkel. La chancelière accepte qu'un budget de la zone euro soit voté. On n'en connait ni le montant, ni les modalités, ni les finalités, mais Macron se gargarise.
Les macronistes proclament la victoire. Et patatras... 12 pays européens rejettent même l'idée.
#7. Tolérer les autocrates européens
Pendant la campagne, les faux Bisounours de l'équipe Macron promettaient l'organisation de "conventions démocratiques" partout en Europe dès 2018 pour faire "vivre l'idéal européen". Que c'était joli ! En lieu et place de ces belles déclarations qui n'engageaient que celles et ceux qui y cru, Emmanuel Macron est resté coi devant la montée de l'autoritarisme de certains Etats européens.
Il s'est tu devant les atteintes aux libertés en Pologne et en Hongrie. Pas un mot quand les ministres de l'intérieur, tous d'extrême droite, d'Autriche, d'Italie et d'Allemagne créent un "axe" commun contre l'immigration illégale.
Plutôt que de s'en inquiéter, il reste sur un discours vague "contre les populismes", qui lui permet d'y amalgamer l'extrême droite dont il applique la politique aux oppositions de gauche qui réclament davantage de démocratie.
Macron est silencieux sur les travers autocratiques de quelques pays clés de l'Europe.
#8. L'impasse libérale
En France, Macron emboite les pas de Sarkozy et de Hollande. Le jeune monarque s'essaye à tenir le cap des 3% du PIB en déficit budgétaire. L'exercice est délicat puisque ses mesures fiscales les plus importantes ont été une large exonération des foyers les plus aisés, un demi-million tout au plus pour une dizaine de milliards de cadeaux de trop (supression de l'ISF, plafonnement fiscal des revenus financiers), alors que le reste du pays, c'est-à-dire l'essentiel, la majorité, l'immense majorité, devait faire face à des exonérations retardées, des hausses et déremboursements immédiats et une promesse d'économie sur les services publics les plus essentiels comme les hôpitaux.
Pour la troisième fois, l'INSEE confirme que le pouvoir d'achat fléchit en 2018.
#9. Le pragmatisme xénophobe
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron. Il fallait prendre à la lettre son slogan programmatique: "une Europe qui protège les Européens".
A Quimper où il s'amuse à célébrer "la fierté bretonne" le 22 juin, Emmanuel Macron s'inquiète de "la lèpre qui monte" en Europe. De qui se moque-t-il ? Sa Majesté tentait sans doute de surfer sur l'indignation provoquée par Donald Trump outre-Atlantique, ce même Donald Trump avec lequel il a multiplié les bisous et gestes d'affectation "parce c'est utile à notre diplomatie". Cette semaine, Trump choque une large fraction de son pays et le monde en décidant de séparer les enfants de clandestins de leurs parents, et de les enfermer dans des cages. L'émotion est immense. Mais en France, sommes nous mieux lotis ? 
Quand l'extrême droite parvient au gouvernement en Autriche, et arrache les ministères clés comme l'intérieur et les armées, Macron est là pour s'empresser de féliciter le nouveau chancelier et minimiser leurs différences. Quand l'Italie se dote d'un gouvernement xénophobe, Macron reçoit rapidement le premier ministre à l'Elysée pour le féliciter.
Mais pire, la politique migratoire d'Emmanuel Macron fait honte. Même son premier cercle tousse. Le décalage entre les discours lénifiants sur "la solidarité" et "la tradition d'accueil" de la France et de l'Europe, le "vocabulaire de l'extrême droite" repris par son sinistre ministre de l'Intérieur et le "pragmatisme xénophobe" et l'action, incarnée par ce Code de la Honte qui réduit les délais de dépôts de dossiers d'asile pour les réfugiés mais allonge la durée de leur rétention, y compris des mineurs, donne la nausée.
581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron."On ne peut pas revoir nos valeurs à l'aune des risques du monde", Emmanuel Macron, candidat, le 10 janvier 2017.

"Nous devons conjuguer notre idéal et nos réalités" Emmanuel Macron, président,
le 21 juillet 2017.

Macron fait des selfies avec des sauveteurs, mais interdit l'accostage d'un bateau en péril chargé de 630 migrants aux larges de côtes corses. 
Il a fallu attendre une dizaine de jours avant que Sa Majesté, pourtant très présente devant les caméras, notamment ce 18 juin, réagisse publiquement, et en utilisant une novlangue technocratique indigne: "Sur ce sujet, ce qui a dysfonctionné c'est que nous n'avons pas eu une coopération suffisamment anticipée pour gérer le problème et donc nous souhaitons pouvoir construire. (...) En la matière les solutions faciles, les déclarations d'estrade ne sont jamais bonnes conseillères". La seule mesure concrète annoncée par Macron fut le renforcement des moyens de police de l'agence Frontex (pour porter ses effectifs de police à 10 000 personnes), pour "en faire une vraie police des frontières". Marine Le Pen aurait sans doute surenchéri. Mais aurait-elle récusé l'objectif et la trajectoire ?

"Comment avons-nous pu laisser un bateau avec 629 hommes, femmes et enfants dériver, aller nous faire rejeter par les fascistes italiens et ne rien dire alors qu'il était à 7 km de nos côtes ?" Fabien Gay, sénateur communiste. 

581ème semaine politique: la capitulation européenne de Macron.

PLUS DE 34 000 MIGRANT(E)S MORTS DEPUIS 25 ANS IDENTIFIES

De qui Macron se moque-t-il ? Marine Le Pen en rêvait, Macron l'a fait. Il y a en effet peu de différences (la suppression de l'AME ?), voire aucune, entre le projet lepeniste et l'action du gouvernement Macron - fermeture des frontières, durcissements du droit d'asile, traque des clandestins et des aidants.  La politique migratoire et d'asile d'Emmanuel Macron se heurte à l'opposition de tous les partis de gauche et écologistes, de tous les syndicats, de toutes les ONG et associations humanitaires, et à l'abstention d'une centaine de ses propres député(e)s lors du vote du Code de la Honte. La Hongrie, la Pologne, le Royaume-Uni, l'Italie, et maintenant, la France "grâce" à Emmanuel Macron sont les piliers de cette Europe refermée sur elle-même, xénophobe au sens littéral du terme.
Macron enterre l'idéal européen. Il est devenu l'un des bras armés les plus puissants d'une Europe refermée et des thèses xénophobes de l'extrême droite.
Vous avez voté contre Marine, mais Manu fait le job.
Ami sarkozyste, où es-tu ?


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