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Exemples de recherche-action

Par Villefluctuante

Une première ébauche de repérage des projets ou programmes de "recherches-actions" sur le littoral peut être proposée grâce à la littérature (scientifique et "grand public") et aux échanges d'expériences réalisés au sein du réseau européen "European Union for Coastal Conservation" devenu en 2008 "Coastal & Marine Union - EUCC", et dont EUCC-France est la branche française.

Si l'on définit la recherche-action comme une "démarche de recherche visant à résoudre des problèmes concrets en situation, par une collaboration entre les chercheurs et les acteurs", elle diffère sensiblement d'une simple démarche de gestion intégrée, bien que cette dernière puisse aussi prévoir dès le départ une collaboration entre chercheurs et acteurs du terrain.

Historiquement, en Europe, c'est aux Pays-Bas que les premiers grands aménagements des espaces côtiers ont été précédés et accompagnés de recherches pluridisciplinaires approfondies. Il s'agit du Plan Delta (1958-1986). C'est un magnifique exemple d'aménagement intégré décidé par une nation traumatisée par la catastrophe de 1953 et destiné à protéger tout un pays menacé de submersion marine. Il a fallu 28 ans pour mettre en œuvre ce programme axé dès le départ sur la "défense contre la mer". Tout au long du programme les travaux se sont appuyés sur des recherches approfondies concernant tant les processus naturels que le contexte socio-économique et culturel. Cela s'apparente à de la recherche-action avant l'heure.

Depuis 1990, la vision néerlandaise des rapports avec la mer a changé. La protection des populations face aux risques de submersion marine reste prioritaire, mais il s'agit cette fois de travailler avec la mer, en s'appuyant sur le travail des chercheurs. Cela correspond à l'émergence du concept de Gestion Intégrée des Zones Côtières, reconnu officiellement par le Conseil Européen en 1994 et qui s'est concrétisé par le programme européen OURCOAST. Deux exemples néerlandais illustrent cette nouvelle approche.

Waterdunen en Zélande, (en cours de réalisation)

Exemples de recherche-action

Création d'un parc naturel sur 350 ha en bordure de mer où le choix retenu est de "vivre avec la mer". L'ouvrage de protection qui s'intègre dans le Plan Delta 2.0, consiste dans une dune faite de terre, d'argile et de sable qui culminera à 18m et est censée résister aux assauts de la mer pour les 200 ans à venir. Derrière la dune un vaste espace naturel balayé par les marées et riche en biodiversité se juxtaposera à un complexe touristique et une zone de promenade et de loisirs.

Holwerd on Sea, en Frise (en cours de réalisation)

Exemples de recherche-action

Le projet consiste dans la redynamisation d'un village historique (Holwerd) en bordure de la mer des Wadden. Basé sur le concept de "construire avec la nature", il est fait pour s'adapter au changement climatique et tient compte de plusieurs problématiques (eau, contraintes naturelles, tourisme, agriculture, ressource alimentaire et énergie). Les échanges d'eau salée entre l'intérieur des terres et la mer seront contrôlés par des écluses munies d'échelles à poissons. Les marais maritimes situés en avant de la digue ont un rôle de brise-lame naturel. Ils serviront aussi de support à un écotourisme. L'énergie hydroélectrique utilisant la marée et les bassins de rétention rendra le village auto indépendant en énergie. Algues, moules et herbiers des marais pourront servir à l'industrie alimentaire. Ce site est un véritable laboratoire naturel d'expérimentation d'une approche intégrée d'aménagement associant la population locale. Il sert régulièrement de terrain de stage pour les étudiants de l'Université des Sciences Appliquées de Delft (Battiau-Queney et Milon, 2017)

En Belgique

Le changement de vision des Néerlandais au tournant des années 1980-1990 s'observe aussi dans le reste de l'Europe, mais la place de la recherche dans le processus d'action et de gestion intégrée diffère beaucoup d'un pays à l'autre.


En Belgique, un plan national de mise en sécurité de la bande côtière flamande ("Integrated Masterplan for Flanders coastal safety") a été mis en œuvre en 2011. Sur les 65 km du littoral flamand, la pression touristique, industrielle et urbaine impose de tenir compte en priorité de la protection des populations, des biens et des activités face aux risques de submersion et d'érosion marine. Le plan s'appuie sur de solides recherches scientifiques pour évaluer les risques et prévoir l'évolution future et envisager diverses solutions techniques en fonction d'un calcul coûts/bénéfices et de la réglementation en vigueur. La communication auprès du public est un volet important du plan. D'importants rechargements de sable sur les plages ou en avant de la côte ont été entrepris. Des cas précis de démarches du type recherche-action seront présentés.

En Allemagne

L' Allemagne a connu la même évolution que les Pays-Bas mais sur des territoires plus restreints. Le tournant se situe également dans les années 1990. Deux exemples allemands de la côte balte montrent les nouvelles préoccupations environnementales apparues dans les politiques publiques depuis une vingtaine d'années. Ils concernent la petite ville touristique de Timmendorf, dans le Schleswig-Holstein (Weisner & Schernewski 2013) et Markgrafenheide-Hütelmoor, un secteur de Rostock, dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale (Schernewski et al. 2018). Dans les deux cas, il s'est agi de proposer des réponses mieux adaptées aux défis du changement climatique. Dans les deux cas, le plus difficile a été de convaincre les habitants qu'on pouvait utiliser intelligemment les processus naturels pour mieux se protéger contre les submersions marines. Ces retours d'expériences seront analysés en détail dans le projet Klima.

Et en France

En France, les grands aménagements touristiques des années 1970-1980 sur la côte aquitaine (avec la MIACA) et en Languedoc (avec la Mission Racine) se sont soldés, derrière une façade apparente brillante, par de graves erreurs qu'il faut maintenant gérer. Des décisions ont été prises sans suffisamment de connaissances scientifiques préalables. C'est la preuve par défaut qu'une insuffisance de recherches en amont et pendant la mise en œuvre des projets aboutit à des échecs cuisants. Une remise en cause de cette politique d'aménagement basée sur le tout balnéaire s'est fait jour à la fin du 20ème siècle, parallèlement à l'affirmation du concept de gestion intégrée.

En Aquitaine, la création en 1996 de l'Observatoire de la Côte Aquitaine puis celle en 2006 du GIP Littoral Aquitain ouvrent une nouvelle ère dans la gestion de ces espaces côtiers (Castay, 2017). Ces deux institutions sont complémentaires : l'Observatoire de la Côte Aquitaine est un opérateur technique (réalisation des mesures, des suivis, des rapports, de la communication) et a pour rôle de mettre au service des acteurs du littoral un outil d'aide à la décision, à la gestion et à la prévention des risques côtiers. Le GIP est une instance de gouvernance, un donneur d'ordres, qui regroupe les pouvoirs publics à tous les niveaux, du national au local, avec pour mission de définir un plan d'ensemble de développement durable du littoral et faire en sorte que les actions s'adaptent aux évolutions à venir et donc au changement climatique. A cela s'ajoute le RRLA (Réseau de Recherche Littoral Aquitain), groupement de scientifiques universitaires (laboratoire EPOC UMR 5805 - Université Bordeaux) en tant qu'organe scientifique, compétent pour des réponses à "long terme" sur des problématique littorales et le lancement de projets de recherche suite à des questionnements issus des suivis ou mesures réalisées. En Aquitaine, la collaboration pour la gestion du littoral est donc tripartite.

Des actions de recherche-action ont été envisagées ou sont en cours, à Lacanau ou à Biscarosse par exemple, mais aussi dans le bassin d'Arcachon et sur la côte basque. Tout ceci sera développé dans le projet Klima.

Sur la côte languedocienne, la création du Parc naturel régional de la Narbonnaise en 2003 est en quelque sorte l'acte de naissance d'une nouvelle vision du littoral mettant en avant les systèmes locaux d'acteurs (Andreu-Boussut, 2008) et la protection de l'environnement. Il est important aussi de souligner la volonté de faire appel aux chercheurs et à la concertation avec l'ensemble des acteurs, habitants et usagers inclus, au travers de l'Agence méditerranéenne de l'environnement, créée en 1994. Un atelier de terrain organisé par EUCC-France, en 2005, à Sète et Marseillan a montré des exemples de gestion intégrée prenant appui sur de solides recherches scientifiques avec une nouvelle vision des rapports avec la mer (Durand et Heurtefeux, 2010). La démarche est proche de celle préconisée dans une recherche-action.

D'une façon générale, l'Europe méridionale a adhéré plus lentement et tardivement aux nouveaux concepts de gestion intégrée des zone côtières. Les exemples de véritables recherches-actions en vue d'une adaptation au changement climatique sont rares. La pression touristique énorme, l'urbanisation envahissante (en Catalogne ou en Andalousie, au Portugal ou en Adriatique) ont eu raison des velléités de mieux concilier protection de l'environnement et développement économique. Pourtant la recherche scientifique est bien vivante et aurait pu servir de base à de nouvelles approches. Mais la synergie entre recherche et action n'a pas fonctionné, sauf dans quelques cas que l'on analysera.

Références


Andreu-Boussut V (2008) La nature et le balnéaire. Le littoral de l'Aude. L'Harmattan, Paris.
Battiau-Queney Y, Milon E (coord) Littoral 2016, Biarritz. Littoraux en devenir, anticipation et adaptation aux changements climatiques. Actes de la conférence, EUCC-France.
Castay N (2017) Expérience récente de gestion intégrée du littoral à une échelle régionale. le cas de la côte aquitaine in Battiau-Queney Y, Milon E (coord) : Littoral 2016, Biarritz. Littoraux en devenir, anticipation et adaptation aux changements climatiques. Actes de la conférence, EUCC-France, 29-34
Chouinard O, Plante S, Martin G (2006) Engagement des communautés face au changement climatique : une expérience de gestion intégrée à Le Goulet et Pointe-du-Chêne au Nouveau-Brunswick. Vertigo, 7: 3
Durand P, Heurtefeux H (2010) Le lido de Sète à Marseillan : un remarquable exemple de gestion intégrée des côtes, in Battiau-Queney Y, Clus-Auby C (coord) : Les ateliers de l'EUCC-France. De la connaissance des systèmes littoraux à la gestion intégrée des zones côtières. Union des Océanographes de France, 143-152.
Esteves LS, Thomas K (2014) Managed realignment in practice in the UK: results from two independent surveys. Journal of Coastal Research SI 70: 407-413
Rupp-Armstrong S, Nicholls RJ (2007) Coastal and estuarine retreat: a comparison of the application of managed realigment in England and Germany. Journal of Coastal Research, 23: 1418-1430
Schernewski G (2017) Gestion intégrée des zones côtières (GIZC). État actuel et perspectives. in Battiau-Queney Y, Milon E (coord): Littoral 2016, Biarritz. Littoraux en devenir, anticipation et adaptation aux changements climatiques. Actes de la conférence, EUCC-France, 16-21
Schernewski G, Schumacher J, Weisner E, Donges L (2018). A combined coastal protection, realignment and wetland restoration scheme in the southern Baltic: Planning process, public information and participation. in Battiau-Queney Y (editor) Journal of Coastal Conservation, SI " The changing littoral: Anticipation and adaptation to climate change" , in press.
Weisner E, Schernewski G (2013) Adaptation to climate change: a combined protection and re-alignment scheme in a Baltic tourism region. Journal of Coastal Research, SI 65: 1963-1968


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