Magazine Journal intime

Plaque occlusale

Par Anniedanielle

Depuis quelques années je remarque que je serre les dents lorsque j’ai très mal. Ça m’arrive même d’avoir mal aux mâchoires lors d’épisodes de douleur particulièrement forte!

Après avoir déménagé, il y a trois ans,, quand j’ai vu mon nouveau dentiste, il m’a fait remarqué que j’avais un peu d’érosion de l’émail, clairement causé par du bruxisme : je grince des dents… vu ce que je viens de vous dire, ça ne m’a pas surpris! J’ai demandé à mon conjoint, quelques temps après qu’on ait commencé à habiter ensemble, et il m’a dit que, parfois, il peut le remarquer. Heureusement, non seulement il s’endort toujours très facilement (généralement avant moi) et dort très dur, mais en plus, ce n’est pas un grincement très marqué ou dérangeant pour les autres. Mais, bon, ce n’est pas bon pour mes dents!

Le dentiste a suggéré une plaque occlusale sur mesure.
J’en avais déjà acheté une, un modèle générique de protecteur buccal en plastique transparent à la pharmacie pour moins de trente dollars, il y a de nombreuses années (j’oublie pour quelle raison, peut-être mon ancien dentiste l’avait-il suggéré exactement pour cette raison?) Je me souviens que je devais « mordre » dedans pour qu’il tienne en place, et ça n’aidait pas du tout… j’avais rapidement cessé de l’utiliser.

Le dentiste n’a pas eu besoin de me convaincre : d’un côté, j’espérais que diminuer la pression sur ma mâchoire diminue mes maux de tête (j’avais cessé le Topamax depuis quelques mois et je faisais des migraines plusieurs fois par semaine : j’espérais qu’il s’agissait en fait de maux de tête de tension, causés par le serrement des mâchoires!), de l’autre, j’ai déjà assez de problèmes, je ne souhaite pas me retrouver avec des problèmes de dents dans dix ou vingt ans parce que j’aurai grincé des dents sans les protéger…
Par contre, une plaque occlusale sur mesure vaut 1000$, alors j’ai dû attendre un peu plus d’un an avant de pouvoir me la payer, soit en octobre 2017.

J’ai d’abord eu un premier rendez-vous (fin septembre) pour discuter avec la chirurgienne-dentiste, qui m’a tout bien expliqué et confirmé que c’était bien ce que je voulais.
Puis un deuxième rdv la semaine suivante pour prendre les empreintes et les mesures. Comme pour un dentier ou autre appareil dentaire, ça doit être très précis afin de ne pas causer plus de problème que ça n’en règle!

La façon dont ça fonctionne est que ça place la mâchoire dans une position de repos neutre, donc même si on serre fort, on ne peut pas vraiment réussir à créer une tension, c’est un peu comme forcer dans le vide, dans un axe confortable. En prime, les dents ne frottent pas une contre l’autre, mais sur l’acrylique, donc même si on serre très fort les mâchoires, ça n’use pas les dents.

Ce rendez-vous de mesures a été très difficile et douloureux pour moi, puisque ma mâchoire disloque ou subluxe facilement et avait disloqué assez récemment. Le pire était que pour vérifier le glissement de la mâchoire de gauche à droite, on me demandait, une fois un espèce de papier dans la bouche et dans une position peu naturelle, de glisser mes dents horizontalement vers un côté ou l’autre, jusqu’à ce que la mâchoire du bas dépasse celle du haut, ce qui n’est d’aucune conséquence chez le patient habituel… mais qui cause une dislocation chez moi.
La première fois, j’ai été un peu trop loin et ça a subluxé (l’assitante a senti le « toc », d’ailleurs, ça l’a beaucoup impressionné!).
La deuxième fois, j’ai refusé d’aller plus loin. La chirurgienne-dentiste, sans comprendre, me dit « mais oui, allez-y jusqu’au bout! ». J’ai encore refusé. Ce qui m’a pris beaucoup de volonté, car mon réflexe, depuis toujours, est d’écouter le professionnel. Elle a encore insisté, j’ai encore refusé. C’est à ce moment-là que l’assistante lui a rappelé que si je continuais j’allais me blesser.
Fallait voir le malaise du médecin à ce moment-là! « Oh mon dieu! Pardonnez-moi, j’avais complètement oublié! Une chance que vous ne m’avez pas écouté! Je m’excuse tellement! » Je comprenais très bien, et son incompréhension était tellement évidente, sa surprise si totale, que je n’avais aucune raison de me fâcher, c’était même plutôt comique.
Mais j’étais très fière de moi… d’avoir tenu tête et respecté les limites de mon corps. Il n’y a pas si longtemps j’aurais sagement écouté… et pleuré de douleur une fois revenue à la maison, souffert pendant des semaines pour rien, parce qu’un médecin avait dit « fais-le ».

Déjà, rien qu’ouvrir grand la bouche pour entrer l’espèce de dentier en métal avec la pâte, puis ouvrir grand encore pour qu’elles l’enlèvent, et répéter ça plusieurs fois, ainsi que les glissements, sur le côté, vers l’avant, les mesures… j’ai eu mal pendant deux jours. Mais je comprenais bien qu’il fallait le faire.

Après quelques semaines, j’ai eu l’appel : c’était prêt! Voici ce que ça a l’air lorsque je le porte :Je sais, ça ne paraît pas beaucoup! C’est en acrylique transparent, et c’est parfait comme ça.
Ça tient très solidement, une fois en place je peux l’oublier… ou presque.
C’est fait de telle façon que c’est comme coincé sur les dents d’en haut, qui snappent dedans, on n’a donc pas peur que ça tombe, pas besoin de forcer pour le tenir en place. Il faut même une cetaine force (et surtout, la bonne technique) pour l’enlever!
Mon conjoint a beaucoup rit de moi les premières nuits, avant que je m’habitue à parler avec ce truc dans la bouche. Maintenant je peux avoir une conversation presque normale sans trop y penser. J’arrive même à avaler mes pilules (alors que les premiers jours, avaler de l’eau était… dégoulinant)!
J’ai aussi dû m’habituer à avoir une petite boîte à appareil dentaire à côté du lit (au cas où j’aie besoin de l’enlever rapidement… un appel tôt le matin, par exemple!), à devoir acheter du nettoyant à dentier… une brosse à dentier, et à prendre soin de ma plaque occlusale régulièrement.

Un mois plus tard, j’étais de retour pour un ajustement (je trouvais que c’était déjà parfait, mais c’était inclus dans le prix et ils ont vraiment insisté). Encore une fois, les mesures, les glissements… mais au final ça valait la peine. J’avais un tout petit espace d’un côté, suffisant pour que j’aie tendance à « mordre » dedans (rien que parce que je pouvais, comme on appuie sans fin sur le bouton d’un stylo), et elles ont adouci la surface. Je la trouvais correct, mais une fois adouci, c’était tellement mieux!

Alors, les deux questions qui tuent :
-Est-ce que ça a aidé mes maux de tête? Pantoute. Malheureusement, il s’agissait bel et bien de migraines. J’ai eu la double confirmation quand on a recommencé le Topamax et que les migraines ont soudainement diminué et passé à une par semaine ou moins (c’était quand même une bonne nouvelle!).
-Est-ce que c’est efficace? Dur à dire! Je n’avais pas vraiment mal à la mâchoire, sauf en cas de crise de douleur aigue (et alors, c’était pas nécessairement la nuit!), je le porte surtout de façon préventive… donc je saurai si ça fonctionne dans de nombreuses années, si je ne développe pas de problème d’érosion. À plus court terme, on saura que ça aide si les signes d’érosion et de bruxisme que le dentiste avait notés diminuent ou disparaissent. Je n’ai curieusement pas pensé demander à mon conjoint s’il avait remarqué une absence de grincements!

Je dois noter un petit détail auquel personne ne pense tant qu’on ne l’a pas en bouche… Je ne veux gêner personne avec ça, mais je dois dire que pendant un certain temps, ça freine les impulsions spontanées, d’avoir ce truc dans la bouche. Ça n’invite pas aux baisers, et on est beaucoup moins cute aux yeux de son conjoint!
Loin de moi l’idée de dire à quelqu’un de ne pas s’en procurer si on en a besoin, au contraire! Mais il faut y penser, en parler ouvertement et trouver des moyens pour ne pas que ça ruine la vie intime. Parce que, oui oui, on peut avoir le syndrome d’Ehlers-Danlos et en avoir une, vie intime!

Ça fait maintenant presque neuf mois que j’ai la plaque occlusale. Je dors encore avec, la majorité du temps. Il m’arrive d’oublier de la mettre avant d’aller au lit. Il m’arrive « d’oublier », soit parce que j’étais épuisée et me suis couchée, et que je n’ai pas envie de me relever pour aller la mettre ou simplement parce que pour une nuit, je n’ai pas envie d’être sage (comme il m’arrive « d’oublier » de mettre de la lotion ou la crème anti-inflammatoire, un médicament moins important ou le gel dans mes yeux, etc. Si j’ai des difficultés à respirer, comme une costochondrite sévère en phase aigue ou une infection respiratoire, c’est clair que je ne le porte pas. La plaque ne m’empêche pas vraiment de respirer par la bouche (au contraire, en fait, je ne peux pas fermer ma bouche et donc ça m’oblige à dormir la bouche ouverte… je mets d’ailleurs souvent du baume à lèvres avant de dormir à cause de ça), mais c’est un peu psychologique : je me sens un obstacle dans la bouche, ça diminue un peu le flot d’air, et quand j’ai déjà de la difficulté à respirer, j’ai besoin de tout ce que je peux avoir… J’en ai parlé à mon dentiste le mois dernier, lors de mon nettoyage, et il comprenait tout à fait.

C’est donc une nouvelle « orthèse » dans ma collection, un nouveau type de traitement, un nouveau diagnostic, aussi, j’imagine (le bruxisme). Mais aussi un problème que je préviens.


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