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Retour à Cormont, de Michel Bühler

Publié le 07 juillet 2018 par Francisrichard
Retour à Cormont, de Michel Bühler

A 62 ans, Eustache Joubert est arrivé à la moitié de son âge, autrement dit c'est maintenant un jeune retraité. Un vieux du village de Cormont, un facétieux, à qui, jeune homme, il avait demandé son âge lui avait dit: Je vais vers mes huitante ans. J'ai fait la moitié...

Pendant quarante ans, Eustache a été fonctionnaire à l'État de Vaud, au Service des statistiques. En raison de la crise, à 22 ans donc, il avait quitté Cormont, autrefois patrie mondiale du coucou, pour saisir l'opportunité d'entrer dans l'administration cantonale.

Parce que son loyer, à Lausanne, va doubler - l'immeuble dans lequel il habite va être rénové - que l'air de la montagne ne peut que lui faire du bien et qu'il a vu une petite annonce y signalant un charmant deux pièces au loyer raisonnable, il fait son Retour à Cormont,

Il n'a pas le coeur de se séparer de ses livres, des romans policiers dans lesquels il a trouvé le piment et le parfum d'aventure qui manquaient à [sa] petite vie. Ce n'était pas une passion pour les énigmes mais une aimable distraction pour homme pondéré.

Son retour au village de son enfance commence fort. En se baladant du côté des Caves, une suite de surplombs, d'abris sous roches, qui se succèdent par vagues sur une centaine de mètres, il fait une découverte qui le fige sur place et lui fait battre le coeur:

A trois pas, sur un rocher, des ossements auxquels sont encore attachés des lambeaux de chair et de vêtements, un crâne aux orbites vides, au rictus effrayant.

Il dévale la pente. Au chalet de Grand-Mont, où se trouve un café, il annonce la nouvelle et appelle la maréchaussée, son prénom, Eustache, apportant avec lui son lot de bonne humeur... Quelle peut être l'identité du défunt ? Il n'en a pas la moindre idée.

Au Café Industriel, un habitué a sa petite idée: c'est un pensionnaire du Centre de requérants d'asile (ça ferait toujours un étranger de moins, non?). Au Malibu, un autre penche pour un cassos, un cas social (un qui disparaîtrait, on ne s'en apercevrait pas...).

Eustache est outré par ces idées reçues, mais, comme il a l'esprit de l'escalier, il lui faut des heures pour aligner les arguments pour descendre celles-ci... Des idées reçues, il en a lui aussi puisqu'il considère l'homo sapiens comme une odieuse espèce animale...

Cet ancien fonctionnaire garde ainsi une haute idée de l'État. Qui permet à l'homme, cet animal grégraire, de tirer avantage des communautés qu'il a organisées : il est donc normal qu'il paie pour les routes, le système éducatif, la sécurité que lui garantit la police...

Eustache pousse le bouchon quand il fustige l'arrogance des privatiseurs de toutes sortes et pense de son ancienne cheffe, adepte du New Public Management, qu'elle est obligatoirement une tête de pont de ceux qui, comme Ronald Reagan, affirmaient:

L'État n'est pas la solution à nos problèmes; l'État est le problème.

Mais il a aussi du bon sens: il sait d'expérience que ce qui est nouveau n'est pas forcément meilleur et qu'il convient de faire la distinction. Ce bon sens le met à distance des propos forts de café... du commerce qui se tiennent dans les bistros de Cormont...

Car l'action se passe la plupart du temps dans les bistros du village. Et Michel Bühler, certainement fin observateur de ces lieux, permet au lecteur de s'y retrouver, par la magie du verbe, comme s'il y était. La phrase qui conclut le roman est de cet acabit :

- Des fois, il faudrait écouter les gens qui se taisent !

Francis Richard

Retour à Cormont, Michel Bühler, 224 pages, Bernard Campiche Editeur

Livre précédent :

La chanson est une clé à molette (2011)


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