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583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence

Publié le 08 juillet 2018 par Juan

 583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence

Où l'on évoque cette actualité sinistre que les succès footballistiques français n'effacent pas. Et du dernier argument en date de la Macronista pour défendre cette présidence des riches.


La dernière défense du macronisme ambiant dont on ne voit venir le volet social est la suivante: au moins a-t-il libéré les énergies et l'esprit d'entreprise, la liberté d'agir et de se développer. L'argument a sa formule clé, répétée ces dernières semaines comme un élément de langage publicitaire destiné à frapper les esprits communs: Macron lutte contre "l'assignation à résidence" des mal-né(e)s. Pendant la campagne, le candidat jupiterien avait déjà abusé de la formule.
"Moi, j'ai un ennemi, c'est l'assignation à résidence, les gens qui sont bloqués dans leur situation, le regard qui cantonne les gens à leur quartier, leur famille" Emmanuel Macron, candidat, mars 2017.
Mais contre quelle assignation à résidence Emmanuel Macron voulait-il donc lutter ? Sa première année au pouvoir, avec tous les pouvoirs, a au contraire révélé tout l'inverse.
Le foot Black-Blanc-Beur
En matière de politique migratoire, Emmanuel Macron a emboité le pas de Sarkozy et de Valls, et les élements de langage de Marine et Jean-Marie Le Pen. Or qu'y-a-t-il de plus hasardeux que le lieu et le milieu dans lesquels on nait ? Être figé et refoulé dans son pays de naissance n'est-il pas l'une des assignations à résidence les plus évidentes ?
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidenceDans les stades russes, une équipe Black-Blanc-Beur finit par réjouir le pays en se qualifiant pour les demi-finales. Les héros du moment, majoritairement issu de l'immigration et de ces mêmes quartiers dits populaires qui effraient la France d'en haut et les dérivés de la droite furibarde, se prénomment Kylian, Nadil, Blaise, N'Golo, Corentin, Benjamin ou Antoine.
Quel décalage entre ces réjouissances collectives et le discours politique habituellement glacial, majoritairement xénophobe qui emporte le pays quand on évoque la diversité et l'immigration !
Y-a-t-il seulement une trêve grâce au football quand l'équipe nationale est victorieuse ?
Pas vraiment. D'abord, l'instrumentalisation politique est partout, dans tous les camps. Emmanuel Macron accueille 300 jeunes sportifs dans les jardins de l'Elysée pour se faire filmer hurlant sa joie devant la victoire contre l'Uruguay qui propulse la France en demi-finale. L'objectif politique est évident. Les journalistes ont été interdits, mais les publicitaires numériques de l'Elysée filment et postent à volonté cette mise en scène qui place artificiellement encore une fois Macron au centre du sujet. Eut-il voulu sonner une trêve politique pendant cette Coupe du Monde de fottball que Jupiter aurait certainement agi différemment. Il aurait pu aurait convier opposants et partisans; il aurait pu inviter des jeunes sportifs sans se faire filmer. Il aurait pu même éviter toute mise en scène comme le duo Chirac/Jospin vingt ans avant.
Mais Macron est un produit de la France d'en haut qui doit se vendre en permanence.
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidenceEn face, Jean-Luc Mélenchon en rajoute, à tort sans doute. Il glisse des messages politiques implicites ou explicites dans ses applaudissements aux victoires françaises ou autres du mondial. Une coupe du monde nous fait oublier les ravages du fric dans les championnats nationaux.
Une horde d'éditocrates, aussi silencieuse que complaisante à l'égard des instrumentalisations macronistes, lui tombent dessus comme des mouches autour d'une grillade estivale. Quelques tweets sur la défaite allemande, et paf ! Voici un plein édito à heure de grande écoute de Thomas Legrand sur France inter qui accuse la France insoumise de ne plus "maitriser plus sa dérive populiste."`. Un tweet de Mélenchon sur France-Uruguay qu'il regarde en compagnie du consul de ce dernier, et boum, voici Jean-Michel Aphatie, l'un des princes du commentaire politique sans fond, qui s'acharne, rageur.
Ces gens-là, éditocrates de profession, qui commentent la petite phrase, les basses tactiques, le jeu des uns et le hors-jeu des autres, n'ont rien ou peu à dire sur le fond de la politique qui se déroule sous nos yeux, ou si peu. Il y a pourtant de quoi dire, plus sérieusement, plus grave qu'une joyeuse coupe du Monde dans une autocratie slave. Il faut se réfugier dans les interviews du Media (observez la rage haineuse de ces mêmes éditocrates contre les partis-pris du Media quand eux-même ne reconnaissent les leurs), dans les reportages sérialisés des Jours, les investigations de Mediapart, les témoignages du BondyBlog, ou dans l'humour au vitriol de Guillaume Meurice pour trouver un autre traitement de l'actualité voire une autre actualité tout court.
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence
Assigner les immigrés à résidence
La semaine précédente, la capitulation française devant les oukazes xénophobes de l'extrême droite italienne, autrichienne et hongroise, lors d'un sinistre sommet européen, avait déjà choqué.
En début de semaine, avant de faire le clown devant les caméras des smartphones de ses conseillers pendant un match qualificatif décisif d'une équipe de France black-blanc-beur, Macron donne des leçons de démographie (et non de démocratie, faut pas pousser...) en Afrique. Avec le sourire, et cette charmante décontraction qui lui permet de déclamer des atrocités déconcertantes sans que ses hôtes ne réalisent la gravité de ce qu'ils entendent, Jupiter énonce le fantasme raciste de la fachosphère occidentale: "les Africains font trop d'enfants et vont nous submerger."
Voici le message, littéral, que le jeune monarque explicite: "Le sujet de l'immigration est un des grands défis politiques d'aujourd'hui et des prochaines années, parce qu'il ne s'arrêtera pas. (...) Ce défi, il plonge l'Europe dans une crise morale et politique, et il naît, il faut bien le dire, d'une crise africaine." Il enfonce le clou: "Quand vous êtes un pays pauvre, estime-t-il, où vous laissez la démographie galopante, où vous avez 7-8 enfants par femme, vous ne sortez jamais de la pauvreté, parce que même quand vous avez un taux de croissance de 5 % ou 6 %, vous n'arrivez jamais à en sortir tant que la concentration de la richesse ne se fait pas bien." Ah ces Africains ! La fécondité africaine alimente encore et toujours les fantasmes du jeune monarque.
L'image est posée, là.
Valeurs Actuelles et la droite furibarde feront le reste.
Sinistre.
Les digues ont-elles sauté ?
Assigner les banlieusards à résidence
A Nantes, un drame. Un jeune homme noir d'une vingtaine d'années est tué d'une balle par un CRS lors d'un contrôle routier. La victime était sous le coup d'un mandat d'arrêt. Immédiatement, les autorités évoquent un cas de légitime de défense, le jeune aurait "refusé de se plier au contrôle", il aurait "reculé son véhicule", et ainsi "blessé au genou l'un des CRS". Localement, l'émotion est grande, et plusieurs nuits d'émeutes, avec casses, incendies et dégradations, se succèdent.
France 2, dans son journal le lendemain, diffuse un reportage totalement "à charge" contre la victime.  Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, ancien élu écolo du coin devenu macroniste servile, n'a pas pas un mot sur le mort. Il se fend simplement d'une condamnation des dégradations. Des représentants LR lui emboitent le pas. Macronistes, républicains, et frontistes sont unanimes à dénoncer les violences, à minimiser le meurtre. Des collègues policiers du l'auteur du coup de feu confirment le mensonge officiel.
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence Sur les ondes, une sale petite musique - "il l'a bien cherché", "il faut peut-être ces bavures pour rétablir la peur de la police". Sur la chaîne d'information LCI, un "expert" se lâche: "tant on n'aura pas le respect de l'autorité policière, tant qu'on ne retrouvera pas ces fondamentaux-là, et bien il faudra accepter de vivre avec des bavures, peut-être, ou tout simplement un acte de légitime défense mais qui sera de toute façon toujours incompris dans ces univers qui ne respectent pas la loi française, qui respectent d'autres lois, ça peut-être la charia dans d'autres cas." Bêtise crasse, amalgame délinquance/immigration/charia, raccourcis injustifiés, tout y est, la nausée aussi.
Nous sommes en France, en 2018, pays des Lumières où quelques-uns justement éteignent brutalement nos lumières en justifiant le meurtre d'un homme sans arme au nom d'un respect qu'ils ne méritent plus.
Samedi, le policier placé en garde à vue avoue: il n'y avait pas de légitime défense. Il a visé, et tiré, pour empêcher le conducteur de fuir. Et l'indignation violente à Nantes a créé cette pression nécessaire pour dévoiler l'affaire, immédiatement et sans tarder.
Le silence des autorités est frappant. Jupiter lui-même, son porte-parole habituellement si bavard Benjamin Griveaux, son ministre de l'intérieur Gérard Collomb font profit bas.
Le Conseil constitutionnel lâche une autre bombinette: saisi d'une Question Prioritaire de Constitutionnalité sur les condamnations récentes de deux aidants aux migrants clandestins, Cédric Herrou et Pierre-Alain Muet, le conseil valide la démarche de fraternité de ces généreux.
Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile punissait de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende "le fait d’aider directement ou indirectement un étranger à entrer, circuler ou séjourner irrégulièrement en France". Le Conseil a jugé qu'on ne pouvait ainsi condamner "toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci." C'est dit, c'est clair, c'est précis.
Le délit de solidarité est abrogé.
Macron se tait, une fois encore, lui qui a porté le fer, personnellement, contre les associations d'aide aux migrants à Calais. Collomb fait mine de se réjouir. Il explique, à tort, que cette censure du Conseil constitutionnel "conforte la position" du gouvernement (sic!), au motif qu'il avait fait assouplir le délit de solidarité pour éviter de punir les secouristes humanitaires (sans commentaires).
La macronista choisit ses clichés.
Assigner les pauvres à résidence
Elu président, Jupiter s'est aussi montré bon serviteur de la rente, des bien-nés et des bien-logés. La France d'en haut peut le remercier.
"J'en ai assez d'entendre qu'on a fait des cadeaux aux riches !"couine Griveaux.
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence Il est énervé, comme souvent quand il doit écouter des critiques à l'encontre de son gouvernement. Griveaux incarne parfaitement son rôle de porte-flingue, et livre une bien vilaine image de cette fausse décontraction/vraie arrogance de la Macronista au pouvoir. Ce matin-là, sur Europe 1, Griveaux s'énerve. Il a passé la moitié de sa semaine médiatique à faire campagne pour la mairie de Paris   - multiplication des attaques contre Anne Hildago, rencontre filmée et commentée avec les 12 député(e)s macronistes parisien(ne)s). Mais le journaliste ce matin-là le confronte à des sondages très mauvais - Macron a enfin rejoint les bas-fonds sondagiers qui ont plombé Hollande en son temps. L'accusation de présidence des riches le fait bondir.
Pourtant les sondages sont formels, tout comme la réalité économique des mesures du début de quinquennat: l'équipe Macron a réduit les impôts et cotisations sociales de quelques centaines de milliers de Français les plus aisés d'un montant supérieur à la totalité des réductions d'impôts concédées aux neuf dixièmes restants de la population. Et le tout sans contrepartie d'investissement dans l'économie. Pire encore, la relance de la croissance, unique justification officielle à cette politique déséquilibrée, ne vient pas. Et même la Cour des Comptes s'inquiète.
Ajoutez-y le nouveau Code du Travail qui facilite les licenciements et fragilise les salariés, les hausses de déremboursements de la Sécu, la suppression amorcée du gigantesque plan social dans les services publics, la réforme élitiste du bac et de l'affectation post-bac (deux fois d'élèves se trouvent sans affectation après Parcoursup qu'avec l'ancien système APB un an avant), et même la préparation de la SNCF à la privatisation du rail...
Même les statistiques officielles contredisent le gouvernement: le pouvoir d'achat des ménages baissent, répète l'INSEE. Dernière "anecdote": au 1er juillet, les tarifs réglementés du gaz augmentent de 7,45%, soit davantage que les recommandation de la commission de régulation de l'énergie (qui préconisait 6,5%).
Qui dit mieux ?
Assigner les Français devant leur poste
En son propre sein, au milieu de cette cohorte pléthorique de député(e)s macronistes, une "aile gauche" se fait jour et couine son désarroi depuis des mois. Cette fois-ci, voici quelques futures frondeurs qui créent leur propre mouvement.
583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidenceCes faux frondeurs tolèrent encore la dérive monarchique, les attaques contre la laïcité, le remplacement de la vaisselle élyséenne pour un demi-million d'euros par Madame Brigitte ("car les services étaient dépareillés"... ), la piscine à 34 000 euros à Brégançon pour accomoder les vacances du couple jupitérien, les déplacements en jet privé au frais du contribuable. Même la pratique monarchique du pouvoir ne les gênent pas. Ils réclament juste un "peu de social". Le sbire Griveaux leur répond à la radio: le plan pauvreté, c'est pour le 1er janvir 2019". Les riches étaient pressés, les pauvres sont patients. Notez cette similitude d'attitude: Sarkozy fait rapidement voter dès l'été suivant son élection son "paquet fiscal" qu'il trainera comme un boulet un quinquennat durant. Une décennie plus tard, Macron fait de même. Sarko attend deux ans pour créer le RSA (et son contrôle administratif monstrueux). Macron attend lui aussi deux ans pour "s'attaquer" à la pauvreté.
A quelques jours de la fête nationale, Emmanuel Macron convoque le parlement en Congrès à Versailles. Y-a-t-il une urgence à venir écouter silencieusement le chef de l'Etat ? Non, aucune.
Sarkozy, qui avait fait voter ce droit très monarchique dans la Constitution, puis Hollande ne s'étaient que rarement livré à l'exercice. Emmanuel Macron a prévenu, il en abusera. Il ne veut rater aucune occasion de tribune. Et qu'importe si cette cérémonie coûte 286 000 euros. Rien n'est trop cher pour un discours jupitérien.
 Un tiers du coût tient à la captation audiovisuelle de "l'évènement".
Il faut que les Français écoutent leur monarque devant leur poste de télévision. L'horaire du discours a été calé pour être repris à temps dans les journaux télévisés.

#Macronmonarc
***
Ami macroniste, où es-tu ?


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