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Discours du Président Emmanuel Macron le 9 juillet 2018 au Congrès de Versailles (texte intégral)

Publié le 09 juillet 2018 par Sylvainrakotoarison

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180709-macron-congres.html
Discours du Président Emmanuel Macron le 9 juillet 2018 au Congrès de Versailles
Monsieur le président du Congrès, monsieur le président du Sénat, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les membres du Gouvernement, mesdames, messieurs les députés, mesdames, messieurs les sénateurs, je n'ai rien oublié, et vous non plus, du choix que la France a fait il y a une année. D'un côté, toutes les tentations de la fermeture et du repli ; de l'autre, la promesse républicaine. D'un côté, tous les mirages du retour en arrière ; de l'autre, les yeux ouverts, le réalisme et l'espérance assumée.
Je n'ai rien oublié des peurs et des colères, accumulées pendant des années, qui ont conduit notre pays à ce choix. Elles ne disparaissent pas en un jour ; elles n'ont pas disparu en une année.
Je n'ai pas oublié la peur du déclassement pour soi-même et pour ses enfants ; la rage devant l'impuissance publique ; le pays qui se sent coupé en deux, non pas seulement entre partis opposés mais, plus grave encore, entre sa base et son prétendu sommet - à la base, les femmes et les hommes au travail ou qui cherchent du travail sans en trouver, tous ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois, et, au sommet, ceux qui sont au pouvoir, leurs discours de soi-disant puissants qui ne changent jamais rien, et auxquels, en plus, on ne comprend rien - ; l'impression du citoyen d'être ignoré, méprisé et, surtout, de ne pas voir, de ne plus voir, où nous devons et pouvons aller ensemble ; la colère, enfin, née de la fin des ambitions collectives comme des ambitions familiales et personnelles.
Je n'ai rien oublié de ces colères ni de ces peurs. Rien ! La peur aussi de l'autre, des grands changements, du fracas du monde : les tensions avec l'Iran, la guerre commerciale lancée par les États-Unis, les divisions de l'Europe. Je n'ai pas oublié, je n'oublie pas et je n'oublierai pas !
C'est pourquoi je me présente devant vous, dans ce rendez-vous que j'ai voulu annuel, humble mais résolu, porteur d'une mission dont je n'oublie à aucun moment qu'elle engage le destin de chaque Française, de chaque Français, et donc le destin national.
Humble mais résolu, ai-je dit, et je vais vous faire une confidence. Il y a une chose que tout Président de la République sait : il sait qu'il ne peut pas tout, qu'il ne réussira pas tout. Je vous le confirme, je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout, mais mon devoir est de ne jamais m'y résoudre, et de mener inlassablement ce combat !
Tout Président de la République connaît le doute, bien sûr, et je ne fais pas exception à la règle. Mais j'ai le devoir de ne pas laisser le doute détourner ma pensée et ma volonté. C'est une fonction qui, si l'on est réaliste, porte à l'humilité, ô combien ! mais à l'humilité pour soi, pas à l'humilité pour la France. Pour la France et pour sa mission, le Président de la République a le devoir de viser haut, et je n'ai pas l'intention de manquer à ce devoir.
De ce destin national, nous sommes, vous comme parlementaires, le Gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, moi comme Président de la République, conjointement chargés. Vous êtes la représentation nationale. C'est une grande tâche que de représenter le peuple souverain, pas seulement un peuple de producteurs et de consommateurs, animés d'attentes économiques et sociales, non, un peuple de citoyens, des femmes et des hommes qui veulent, les yeux ouverts, façonner leur destin collectif.
Durant cette année, le Parlement a beaucoup travaillé. La mission que les Français nous ont assignée il y a un an, vous ne l'avez jamais perdue de vue : renforcer notre économie, définir un modèle social juste et équitable, conforme aux aspirations de notre siècle, restaurer l'autorité de l'État et lui donner réactivité et efficacité, relancer l'Europe. Vous avez, jour après jour, œuvré en ce sens.
Vous avez œuvré dans l'urgence pour tourner la page de politiques et de blocages qui handicapaient lourdement notre pays. Votre action a permis que l'investissement reparte ; que le scandale du tirage au sort à l'entrée à l'université prenne fin ; que l'école retrouve sa place, et la transmission, sa dignité ; que la lutte contre le terrorisme soit inscrite dans notre droit, sans avoir plus recours à l'état d'urgence ; que le travail paie davantage ; que la France se dote d'un budget sincère, efficace et ambitieux, et repasse sous les 3 % de déficit. Vous avez rendu à la France ses capacités militaires par une loi de programmation d'une ambition nouvelle et inédite ; vous avez levé les blocages du marché du travail créés par un code devenu obsolète et inadapté ; et vous avez sauvé d'une faillite certaine notre service public du transport, la SNCF, par une réforme sans précédent.
Par là, vous avez démontré qu'il n'existe pas de fatalité de l'enlisement et de l'échec, lorsque prévaut une volonté politique sans faille guidée par l'intérêt général. Vous avez engagé des chantiers d'une ampleur jamais vue, notamment le chantier de la formation professionnelle, de l'apprentissage, du logement. Sur tous ces sujets, qui peut oublier la situation dans laquelle était le pays il y a un an ? Qui peut oublier que chacune de ces réformes était réputée impossible il y a un an ?
Le chantier institutionnel a certes un peu tardé, mais nous assumons ce retard, qui n'est dû qu'au choix délibéré de donner la priorité au quotidien des Français. Le Premier ministre en présentera demain le contenu devant l'Assemblée nationale. Je sais tout le travail qui a d'ores et déjà été accompli dans cette enceinte.
Au cœur de cette réforme institutionnelle se trouve la volonté d'une liberté plus grande : liberté des collectivités territoriales, appelées à mieux exploiter leurs atouts leurs spécificités, en permettant une véritable différenciation ; liberté des citoyens, grâce à une justice indépendante ; liberté du Parlement, que je veux plus représentatif des Français, renouvelé, doté de droits supplémentaires, animé par des débats plus efficaces. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Je crois au bicamérisme, qui garantit une démocratie mieux équilibrée. Je salue ici le travail accompli cette année par le Sénat pour permettre que les transformations engagées soient adoptées rapidement. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
C'est donc une réforme de confiance, de renforcement de la représentation nationale. Le Parlement ainsi rénové aura le pouvoir de mener avec le Gouvernement des échanges plus constructifs, car l'esprit de dialogue et d'écoute nous est essentiel. C'est d'ailleurs cet esprit qui a présidé à tous vos débats et à tous vos travaux au cours de la session qui vient de s'achever. Je remercie très vivement le Premier ministre, Édouard Philippe, et son gouvernement, d'avoir inlassablement consulté, discuté, échangé, pour mener les transformations nécessaires au pays.
J'entends que l'engagement que j'ai pris devant les Français, de venir chaque année rendre compte, devant la représentation nationale, du mandat qu'ils m'ont donné, peut contrarier certains. Mais le reproche est étrange, qui me fait grief de respecter mes engagements et les termes de la Constitution !
La révision de 2008 a permis le Congrès sous sa forme actuelle, et j'entends qu'on fait les pires reproches, souvent par facilité, à cette procédure. C'est pourquoi j'ai demandé au Gouvernement de déposer, dès cette semaine, un amendement au projet de loi constitutionnelle qui permettra que, lors du prochain Congrès, je puisse rester non seulement pour vous écouter, mais pour pouvoir vous répondre. (Vifs applaudissements prolongés sur de très nombreux bancs.)
Oui, l'année écoulée aura été celle des engagements tenus. Ce que nous avons dit, nous l'avons fait, dans le dialogue, en acceptant les désaccords, mais souvent aussi dans l'unité nationale. Qui, là aussi, l'aurait parié il y a un an ?
Cette volonté d'action était au cœur de notre promesse : les Français en voient les premiers fruits à l'école, sur leur feuille de paie, sur le marché du travail... Mais ce sont seulement les premiers fruits. Je suis parfaitement conscient du décalage entre l'ampleur des réformes engagées et le résultat ressenti. Il faut du temps, et parfois un long temps, pour que la transformation initiée s'imprime dans la réalité du pays. Et je suis pleinement conscient qu'il me revient, chaque fois que nécessaire, de rappeler le cap, de le rendre plus clair pour tous, afin que se rejoignent et travaillent ensemble, autant que possible et dans la clarté, toutes les forces disponibles du pays. C'est un effort jamais achevé mais nécessaire, en particulier pour le Président de la République, que de reprendre sans cesse, reformuler sans cesse, tant le tohu-bohu de l'actualité toujours en mouvement, toujours en ébullition, fait courir le risque d'en troubler et d'en perdre le sens.
Notre action est un bloc ! Elle est une cohérence ! Il n'y a pas, d'un côté, une action intérieure, et, de l'autre, une action extérieure ; c'est la même action. S'adressant aux Français ou s'adressant au monde, c'est le même message : nous protéger et porter nos valeurs. Il n'y a pas, d'un côté, une action économique, et, de l'autre, une action sociale ; c'est le même trait, la même finalité : être plus forts pour pouvoir être plus justes. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) C'est, au fond, l'affirmation et la proposition du projet français pour le XXIe siècle.
Après tant de doutes, après tant d'incertitudes, il s'agit que s'exprime le projet de la France. Le projet de la France pour les Français, femmes et hommes dans leur vie comme elle est, et souvent difficile, dans le monde comme il est, que nous voulons changer chaque fois qu'il le faut. Le projet de la France pour notre Europe en danger et pour le monde, dans lequel l'histoire a donné à notre pays des responsabilités éminentes, et désormais uniques, puisque le Royaume-Uni, qui siège avec nous au Conseil de sécurité des Nations unies, a décidé de quitter l'Union européenne.
Ce projet nous impose d'être forts. C'est pourquoi nous savons qu'il nous faut redresser notre économie, libérer et soutenir nos forces de création, qu'il nous faut la meilleure école, la meilleure université, la meilleure recherche ! C'est pourquoi il nous faut la meilleure armée, les meilleurs systèmes de défense possibles : dans un monde dangereux, la sécurité et les valeurs de civilisation doivent pouvoir se défendre lorsqu'elles sont menacées. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Ce projet nous impose d'être solidaires. Un peuple qui se défait, qui se disloque, se condamne lui-même à échouer.
Ce projet nous impose d'être justes. Justes au sein des nations, n'ayant pour nous ni pour notre union européenne aucun projet de domination, mais un projet d'équilibre où seront promus nos valeurs et le respect des droits - les droits humains et le droit des nations.
Cette voie française du progrès, c'est celle que nous voulons apporter car, face à la peur du déclassement économique, à la peur culturelle et civilisationnelle, nous devons répondre par un projet fort, économique, social, national et européen. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Mettons les choses dans l'ordre : ce projet ne peut être porté que si nous sommes forts et dotés d'une économique solide. C'est la réponse que nous devons apporter à la peur du déclassement économique et social. Or la clef d'une économie forte, c'est l'investissement.
C'est pourquoi, dès les premières semaines, nous avons revu la taxation des produits de l'épargne et réformé l'impôt sur la fortune. Non pas, comme je l'entends parfois, pour favoriser les riches, mais pour favoriser les entreprises. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Une politique pour les entreprises, ce n'est pas une politique pour les riches ! C'est une politique pour toute la nation, une politique pour l'emploi, pour les services publics, pour ceux qui restent en marge faute de travail et faute de revenus ! (Mêmes mouvements.) Sinon comment, d'un côté, dénoncer les faiblesses de notre modèle économique, le capital qui quitterait les frontières nationales, et, de l'autre, créer les conditions de l'impossibilité d'investir en France ? (Mêmes mouvements.)
L'investissement est celui de la nation, celui de l'État avec un grand plan d'investissement de 50 milliards d'euros, mais doit aussi être celui de chaque citoyen. C'est pourquoi l'épargne des Français doit se mobiliser au service de l'économie. C'est ce cadre que vous avez construit lors des dernières lois budgétaires. Les Français doivent reconquérir leur part dans le capital des sociétés françaises. L'utilisation de leur épargne, mais aussi leur association plus étroite au capital des entreprises dont ils sont salariés, sont la clef d'un capitalisme populaire retrouvé ! (Applaudissements sur quelques bancs.) Cela passe ainsi par l'implication directe des salariés dans la réussite de l'entreprise à travers un nouvel élan de la participation et de l'intéressement, préparé par le Gouvernement et qui vous sera présenté pour entrer en vigueur en 2019.
Je n'aime ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges. Je crois qu'il existe des réussites qui ne se traduisent pas par l'enrichissement pécuniaire. Mais la création de richesses, la prospérité d'une nation sont le socle de tout projet de justice et d'équité. (Applaudissements sur quelques bancs.) Si l'on veut partager le gâteau, la première condition est qu'il y ait un gâteau... Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs, qui font ce gâteau, et personne d'autre. Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) Et il est impossible de prétendre distribuer quand on ne produit pas assez. L'argent qui s'investit, qui circule, qui crée de l'emploi n'est pas celui qu'on thésaurise jalousement. C'est pourquoi ceux qui risquent, qui osent, qui entreprennent doivent nous trouver à leurs côtés. La taxe à 75 % n'a pas créé d'emplois ni amélioré la condition de qui que ce soit en France, mais peut-être parmi les gestionnaires de fortune au Luxembourg, en Suisse ou aux Caïmans. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Libérer l'investissement en France par une fiscalité adaptée et compétitive, c'est ainsi faire revenir dans notre pays les investisseurs étrangers qui l'avaient quitté. L'État doit assumer ce choix.
L'État doit être, pour les citoyens et les entreprises, un interlocuteur de confiance qui garantit un ordre tout en facilitant l'initiative. C'est pourquoi nous avons défini des règles nouvelles qui, en cas d'erreur, offrent des chances de rattrapage et simplifient le quotidien.
Pour accompagner ces transformations économiques, libérer l'investissement, réduire la pression fiscale qui pèse sur notre économie, l'État doit, lui aussi, faire des choix. Car soyons clairs, il ne saurait y avoir de baisse de la fiscalité ou de développement de l'investissement public sans un ralentissement de la hausse continue de nos dépenses, et il ne saurait y avoir une meilleure maîtrise de celles-ci sans des choix forts et courageux.
C'est dans cet esprit que le Premier ministre présentera, dans quelques semaines, les nouvelles décisions permettant de tenir les engagements de baisse de nos dépenses publiques pris devant les Français. Cela s'accompagnera en particulier d'une réorganisation de l'État à travers plus de présence sur les territoires et plus de souplesse de gestion.
D'ici à la fin de l'année, le Premier ministre présentera l'ensemble de ses décisions pour la transformation indispensable de l'action publique. (Applaudissements sur quelques bancs.) Il s'agit, là aussi, de nous confronter collectivement à nos propres contradictions. Tout le monde souhaite la baisse des impôts - d'aucuns en proposaient de plus ample que celle qu'applique à l'heure actuelle le Gouvernement -, mais nul ne veut jamais les assumer lorsqu'elles sont décidées. Surtout, il faut enrayer un mode d'action publique qui a toujours procédé à des économies en réduisant sa présence sur les territoires. Ce que le Premier ministre présentera et qui sera mis en œuvre à partir de 2019 par son gouvernement, consistera précisément à repenser, sur tous les territoires, la présence de l'État et de ses services ainsi qu'à rouvrir de l'emprise, et à aller ce faisant en sens contraire de ce que toutes les majorités ont mis en œuvre pour la réduction des déficits publics depuis plusieurs décennies. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
En cette première année, beaucoup d'instruments ont été mis en place pour soutenir l'investissement et l'innovation à travers toute l'économie. Je pense, bien sûr, aux réformes fiscales que je viens d'évoquer, aux réformes du marché du travail qui encouragent la prise de risque en permettant de s'adapter quand un marché disparaît ou se transforme. Nous devons à présent libérer les freins à la croissance des entreprises. Le plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises, c'est-à-dire la loi PACTE, doit faciliter la création d'entreprises, encourager l'entrepreneuriat et autoriser l'échec pour mieux réussir. Cette loi doit aussi permettre de faire grandir les entreprises en rendant notre réglementation moins contraignante et nos financements plus abondants. Il importe de poursuivre ce travail de simplification et d'ouverture de notre économie, favorisant ainsi l'initiative économique et la création d'emplois.
La France doit aussi renouer avec une politique de filières ambitieuse et choisir des secteurs clés où elle concentrera les efforts publics et privés, et ainsi créer les conditions qui feront de notre pays la terre privilégiée de l'économie de demain. C'est ce cap que nous avons commencé à fixer pour le numérique et l'intelligence artificielle, l'agriculture et l'agroalimentaire, et pour l'industrie.
Contre ceux qui pensaient qu'il fallait choisir entre emploi et innovation, nous avons décidé de ne pas manquer les prochaines révolutions technologiques. C'est pour cela que j'ai présenté, en février dernier, une stratégie nationale et européenne pour le déploiement de l'intelligence artificielle. Cette stratégie s'articule autour de la croissance, des créations d'emploi, de l'identification de nouveaux métiers, mais aussi autour des principes éthiques auxquels nous sommes attachés et que ces développements pourraient fragiliser.
Contre ceux qui pensaient que certaines filières sont condamnées au déclin, nous avons réarmé notre industrie. Grâce aux réformes de cette première année, pour la première fois depuis longtemps en France, de grands groupes étrangers ont décidé de développer dans notre pays des capacités de production, notamment dans l'énergie et dans l'aéronautique. Il nous faut poursuivre ce travail microéconomique de terrain, et poursuivre aussi notre effort pour que ce développement industriel se déploie dans un cadre européen loyal.
C'est pourquoi la France, avec nombre de ses partenaires, soutiendra la proposition de la Commission européenne de créer une taxe sur le chiffre d'affaires des géants du numérique qui aujourd'hui, ne paient pas d'impôts dans nos pays. (Vifs applaudissements sur de très nombreux bancs.)
Contre ceux qui condamnaient l'agriculture française à la mortifère fuite en avant, dans une concurrence dévorante avec les grands pays de production intensive, nous avons engagé un vaste mouvement vers les savoir-faire français, l'excellence et les productions dans leur grande variété, en particulier les plus respectueuses de l'environnement. Vous allez ainsi rebâtir une souveraineté alimentaire de qualité, pour la santé et le bien-être de nos concitoyens, mais aussi pour permettre à nos paysans de vivre dignement de leur travail. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) Cette politique de filières, que nous allons structurer et amplifier dans l'année qui vient, doit permettre de retisser les réseaux économiques et les solidarités entre entreprises, qui dessinent la géographie de notre pays et que nous avons trop longtemps abandonnés au hasard et au fatalisme.
Je crois à ce volontarisme, qui n'est pas un dirigisme, mais qui consiste à rappeler aussi à nos entreprises qu'elles viennent et qu'elles sont parties de quelque part et que nos territoires sont aussi leur avenir. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Contre ceux, enfin, qui pensaient qu'il fallait choisir entre croissance et transition environnementale et climatique, nous avons décidé d'équiper nos entreprises et notre économie pour ce grand défi du siècle. C'est pour cela que vous avez voté la loi mettant fin à la recherche et à l'exploitation d'hydrocarbures en France, qui a fait de notre pays un exemple pour le monde.
C'est pour cela que nous avons pris acte des préoccupations de nos concitoyens en matière de santé pour adapter notre modèle productif et le rendre exemplaire en Europe et en France. Je pense en particulière à l'arrêt progressif de l'utilisation du glyphosate. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
C'est pour cette même raison que, dans les semaines qui viennent, le Gouvernement aura à présenter une stratégie ambitieuse pour réduire la pollution de l'air et adapter nos mobilités comme la production d'énergie à nos exigences contemporaines.
Ce sont là non seulement des engagements, mais également des opportunités économiques, des filières qui se développeront, des industries qui se structurent - je pense en particulier à celles de l'économie circulaire ou de l'hydrogène -, et donc des choix que notre économie et notre société doivent dès à présent faire et que nous devons accompagner. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Je l'affirme devant vous, représentants de la nation, la force de notre économie, quand nous l'aurons pleinement retrouvée, sera le socle même de notre projet de société et du projet de justice qui est au cœur ce que je veux porter au nom de la France.
Le projet auquel je crois n'est pas un projet pour la réussite matérielle de quelques-uns, c'est un projet pour l'amélioration de la vie de tous. Car ce n'est pas le petit nombre qui m'importe, mais la communauté de nos concitoyens, de la base au sommet de l'échelle sociale. Toutes les sociétés qui ont propagé l'idée que la prospérité devait nécessairement se traduire par des inégalités croissantes le paieront, je le crois, au prix fort. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Certaines ont déjà commencé à le payer, lorsque les classes populaires et les classes moyennes se sont réveillées pour rappeler à leurs dirigeants que le compte n'y était pas.
Mais ne nous y trompons pas, nous aussi, nous avons des inégalités croissantes. Il y a une voie française vers l'inégalité, qui progresse depuis plus de trente ans. Il ne s'agit pas, comme chez nombre de nos voisins, d'une inégalité de revenus, même si elle existe. Non, ce qui s'est installé avant tout en France, ce sont les inégalités de destin. Selon l'endroit où vous êtes né, la famille dans laquelle vous avez grandi, l'école que vous avez fréquentée, votre sort est, le plus souvent, scellé. Et ces inégalités de destin, durant les trente dernières années, ont, qu'on veuille le voir ou non, progressé dans notre pays. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
C'est cela qui m'obsède : le modèle français de notre siècle, le réel modèle social de notre pays doit choisir de s'attaquer aux racines profondes des inégalités de destin, celles qui sont décidées avant même notre naissance, qui favorisent insidieusement les uns et défavorisent inexorablement les autres. Sans que cela se voie, sans que cela s'avoue. Le modèle français que je veux défendre exige que ce ne soient plus la naissance, la chance ou les réseaux qui commandent la situation sociale, mais les talents, l'effort et le mérite. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Oui, à mes yeux, le cœur même d'une politique sociale, celle que nous devons porter, n'est pas d'aider les gens à vivre mieux la condition dans laquelle ils sont nés et dans laquelle ils sont destinés à rester, mais de les aider à en sortir. (Mêmes mouvements.)
Le pilier premier de la politique sociale à laquelle je crois est l'émancipation de chacun, qui libère du déterminisme social et qui s'affranchit des statuts. C'est pourquoi, depuis un an, nous avons tant fait pour l'éducation. C'est le combat de notre siècle, parce qu'il est au cœur de la transformation économique de la société postindustrielle dans laquelle nous vivons. Celle-ci est faite de changements, de ruptures et de mutations qui nous obligent à mieux former au début, mais aussi tout au long, de la vie.
Depuis la naissance de la République, depuis Condorcet, l'école est la condition même d'une vie de citoyen libre et autonome. Mais alors que nous avions besoin d'elle, peut-être plus que jamais, nous avons, ces dernières décennies, brisé la dignité de la transmission, abîmé le prestige des professeurs, discrédité l'utilité du diplôme, aggravant en cela la pire des inégalités, celle dont nul n'est responsable : l'inégalité de naissance, l'inégalité de condition sociale.
C'est pourquoi des décisions radicales ont, en la matière, été prises : l'école maternelle obligatoire à trois ans fait partie de ces mesures dont nous devons être fiers. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) Les enfants déscolarisés à cet âge-là ne rattrapent plus leur retard de socialisation et d'apprentissage. Or ce sont les enfants des milieux modestes qui étaient les moins scolarisés ou qui ne l'étaient pas. Cela entrera en vigueur dès la rentrée 2019.
Le dédoublement des classes de cours préparatoire et de cours élémentaire première année en zones d'éducation prioritaire - dites REP et REP + - est une mesure de justice sociale plus efficace que tous les dispositifs de redistribution. (Vifs applaudissements sur de nombreux bancs.) On y distribue, en effet, de façon différenciée, le savoir fondamental : lire, écrire, compter, se comporter.
La réforme de l'orientation assure des choix plus judicieux et des trajectoires plus adéquates aux talents de chacune et chacun, cependant que la réforme du baccalauréat sur trois ans recentre les compétences sur l'essentiel, si souvent perdu de vue dans les brumes d'ambitions pédagogiques peu substantielles. La mise en place de Parcoursup donne aux jeunes gens la faculté de décider plus lucidement de leur formation initiale.
En faisant, à travers ces décisions fortes, une transformation radicale de notre système éducatif, vous avez permis de former des femmes et des hommes plus sûrs de leurs compétences, mieux éduqués, et, ainsi, des citoyens plus assurés de leur place dans la société et dans la nation françaises. C'est ainsi que nous renouerons avec cet idéal français des Lumières qui place cette citoyenneté émancipée au-dessus des conditions sociales, des origines comme du genre. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
L'émancipation passe aussi par le mérite et par le travail. Il y a un an, les entreprises n'avaient pas les moyens d'embaucher ; désormais, elles les ont, mais elles peinent à recruter. Il serait absurde que nous passions d'une situation où un chômeur pouvait occuper un emploi mais que l'entreprise ne pouvait pas le lui offrir, à une situation où une entreprise peut lui offrir cet emploi mais qu'il ne peut l'occuper !
Toutes nos politiques d'insertion dans l'emploi doivent être revues à cette lumière. C'est pourquoi vous serez appelés à voter, bientôt définitivement, une réforme profonde de la formation professionnelle et de l'apprentissage. Il appartiendra aux partenaires sociaux et aux entreprises de se saisir des outils nouveaux que nous leur confions. L'apprentissage et l'alternance seront cet accélérateur de mobilité sociale dont nous avons besoin. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Nous mettons ainsi au cœur du système le jeune et son maître d'apprentissage et nous reconstruisons tout autour d'eux avec un seul objectif : en finir avec les ravages du chômage de la jeunesse. Nous baissons le coût de l'apprenti pour l'employeur, rendons ces filières plus attractives pour les jeunes et simplifions les règles pour les rendre plus adaptées à la réalité du travail.
D'autres pays ont emprunté cette voie et ont réussi. Aussi demanderai-je à tous un effort collectif : aux entreprises pour prendre des apprentis, aux enseignants pour en faire la promotion et aux familles pour soutenir leurs enfants dans cette voie professionnelle épanouissante. Tous, nous devons faire de cette réforme un formidable défi collectif de la nation dans les années qui viennent. Dès cette année, les filières professionnelles et technologiques sont d'ailleurs nettement plus prisées par nos jeunes bacheliers.
C'est aussi pour cela que nous avons lancé, à destination notamment des chômeurs de longue durée et des jeunes décrocheurs, un plan d'investissement dans les compétences d'une ampleur inédite : 15 milliards d'euros sur cinq ans pour former un million de jeunes et un million de demandeurs d'emploi de longue durée. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
L'émancipation par le travail suppose, en effet, cet investissement dans les compétences. Encore faut-il savoir de quels emplois nous parlons. Là aussi, les inégalités sont profondes. À côté de ceux qui bénéficient de contrats stables, une part croissante de nos concitoyens, souvent moins qualifiés et plus fragiles, est de plus en plus condamnée à enchaîner des emplois toujours plus précaires, de toujours plus courte durée. Comment peut-on se loger, élever une famille quand on enchaîne perpétuellement des contrats de quelques jours ? Les règles de l'assurance chômage ont pu involontairement encourager le développement de ce que l'on appelle la permittence et de la précarité. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Or je crois qu'il y a, là aussi, une voie française : celle qui permet de conjuguer en même temps le progrès économique et le progrès social. (Mêmes mouvements.) C'est pourquoi je souhaite que les partenaires sociaux révisent les règles de l'assurance chômage afin que, dans cette période de reprise économique, nous puissions non seulement nous assurer qu'elles récompensent bien davantage la reprise d'activité, mais aussi qu'elles incitent à la création d'emplois de qualité. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel sera modifié en ce sens dans les prochains jours, et ces règles seront négociées dans les prochains mois par les partenaires sociaux afin qu'une telle réforme puisse entrer en vigueur au printemps 2019. Ce sont ces transformations et, plus largement, l'agenda des réformes attendues que je souhaite pouvoir partager avec les partenaires sociaux, que je recevrai le 17 juillet prochain. Le Premier ministre structurera ces discussions dès la rentrée.
Mais je veux, dans cette deuxième année qui s'ouvre, redonner corps à la République contractuelle à laquelle je crois, celle qui permettra de jeter les bases d'un nouveau contrat social pour ce siècle, par une discussion avec l'ensemble des partenaires sociaux mais aussi des élus. C'est à son élaboration comme au détail de sa mise en œuvre que je veux les inviter, dès le 17 juillet prochain, pour discuter des transformations de l'assurance chômage, comme je viens de le dire, mais également de la santé au travail et de tous les sujets indispensables à ces transformations, discuter dans l'esprit constructif avec lequel nous avons su mener, ces derniers mois, le dialogue entre le Gouvernement et les partenaires sociaux sur l'égalité entre les femmes et les hommes.
Nous voulons renouer avec une croissance durable, mais aussi promouvoir une croissance partagée. C'est pourquoi je recevrai, dans le courant du mois, les cent premières entreprises françaises, afin de solliciter leur engagement en vue de relever les défis qui nous attendent. J'attends d'elles qu'elles s'engagent en matière d'apprentissage, d'emploi dans les quartiers difficiles ou les zones économiques en souffrance, car il n'y aura pas de dynamisme économique sans mobilisation sociale de toutes les parties prenantes. Je leur demanderai non un engagement inscrit dans la loi, mais un engagement actif, immédiat, l'engagement de créer des emplois, d'embaucher des apprentis - un engagement visible, un engagement sur nos territoires. Je souhaite poursuivre ainsi dans les prochains mois cette nouvelle phase de mobilisation en faveur de nos territoires, avec l'ensemble des élus concernés, les principales entreprises et les investisseurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Nous avons besoin d'un nouvel aménagement économique, qui soit un aménagement de projets - vous le savez bien, vous qui êtes ici présents.
Je ne reviendrai pas sur les réformes territoriales ; le Premier ministre le fera dès demain et la Conférence nationale des territoires va se réunir dans les prochains jours. La politique territoriale à laquelle je crois, ce n'est pas une politique qui défendrait des intérêts particuliers ou des catégories, dans le cadre de laquelle il faudrait jouer telle collectivité contre l'État. C'est une politique au service de nos concitoyens, une politique qui vous évitera de perdre des mois, comme on l'a fait constamment au cours des dernières décennies, à délibérer des compétences qu'il faudrait transférer à l'un plutôt qu'à l'autre, pour revenir dessus lors du mandat suivant.
La réforme constitutionnelle qui vous est soumise promeut une décentralisation de projets par la différenciation. L'aménagement auquel je crois vise au lancement de nouveaux projets et à un rééquilibrage des territoires par l'installation d'activités économiques conçues en liaison avec l'ensemble des élus locaux et accompagnées par le Gouvernement et par les services de l'État dans le cadre de ces projets. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) Là aussi, nous avons le droit de proposer à nos concitoyens mieux que le bégaiement de querelles que nous ne connaissons que trop. (Mêmes mouvements.)
Le progrès social, s'il découle de l'émancipation individuelle et de la capacité de chacun à se hisser au sein de la société grâce à l'école, au mérite et au travail, passe aussi par un élan collectif qui vise à assurer la dignité de chacun. C'est cela, la solidarité nationale. Telle est l'intuition fondamentale qui a présidé, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à la création de notre sécurité sociale.
Soixante-dix ans plus tard, nous pouvons en être fiers, mais nous devons aussi regarder en face les échecs et les insuffisances, et examiner avec lucidité ce qu'il faudrait améliorer. La Sécurité sociale devait être universelle, et nous voyons partout des pans entiers de notre population trop peu ou trop mal couverts, qui renoncent aux soins ou qui n'y ont pas accès. Elle devait répondre aux angoisses les plus profondes de l'existence, et nous sommes aujourd'hui laissés seuls, ou presque, face à des risques majeurs, comme celui de la perte d'autonomie, et des retraites incertaines. Elle devait susciter la confiance, et nous voyons, au contraire, complaisamment agitée par ceux qui n'ont que le mot " assistanat " à la bouche, la défiance la ronger.
La priorité de l'année qui vient est simple : nous devons construire l'État providence du XXIe siècle. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Ce sera un État providence émancipateur, universel, efficace, responsabilisant, c'est-à-dire couvrant davantage, protégeant mieux et s'appuyant sur les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous.


Un État providence universel, d'abord. L'État providence du XXe siècle était conçu pour une société du plein-emploi. La détention d'un travail - et d'un travail continu, permanent, pérenne - est ainsi devenue le sésame pour accéder à la solidarité nationale. Dans une société frappée par le chômage de masse et par l'intermittence des parcours professionnels, ce sésame a perdu de sa valeur ; il est devenu une redoutable barrière. Notre solidarité, dans son fonctionnement, est devenue statutaire. Elle s'est attachée aux carrières, aux secteurs d'activité. Elle ne répond plus aux règles d'une économie de l'innovation et de la compétence. (Applaudissements sur quelques bancs.) Nous devons protéger nos concitoyens non selon leur statut ou leur secteur d'activité, mais de manière plus juste, plus universelle.
Dès cette année, nous avons étendu l'assurance chômage aux travailleurs indépendants et aux démissionnaires, selon des modalités préalablement négociées par les partenaires sociaux.
En 2019, nous refonderons notre régime de retraite, pour mieux protéger ceux dont les carrières sont hachées, instables, atypiques - bien souvent des femmes, d'ailleurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) À cet égard, faire croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine qui ne vise qu'à faire peur. (Vifs applaudissements sur de nombreux bancs.) Je le dis clairement : rien ne changera pour les retraités d'aujourd'hui. (Exclamations sur plusieurs bancs.- Vifs applaudissements sur plusieurs autres.) Rien ! Et cela, pour une raison simple : pour la première fois, on n'a pas choisi de réaliser des économies sur le dos des retraités d'aujourd'hui ou de ceux qui s'apprêtent à partir à la retraite, on a choisi de refonder un système de retraite, un système qui soit juste, unique, transparent, un système qui viendra progressivement remplacer la quarantaine de régimes existants. (Vifs applaudissements sur plusieurs bancs.)
Qui ne croit plus au système de retraite aujourd'hui ? Ce sont les jeunes, parce qu'ils pensent que ce système ne permettra pas de financer leur propre retraite. Tout le monde semble oublier que notre système de retraite, auquel je tiens profondément et qui sera au cœur de cette réforme, est un système par redistribution, c'est-à-dire qui repose sur la solidarité entre les générations. La retraite n'est pas un droit pour lequel on a cotisé toute sa vie ; la retraite est ce que les actifs paient pour les retraités. (Vifs applaudissements sur de nombreux bancs.) C'est sur la mise en place de ce système unique, transparent et juste que vous aurez à discuter, travailler et voter au cours de la prochaine année.
L'État providence du XXIe siècle devra aussi être efficace. Ce devra tout particulièrement être le cas en matière de santé ; les premières réformes que nous avons engagées sur le reste à charge zéro ou sur la prévention seront complétées par la présentation, à l'automne, d'une transformation en profondeur de notre organisation de soins sur le territoire national, en vue de répondre aux nouveaux risques, aux nouvelles pathologies et aux transformations de notre santé dans une société qui vieillit et où les maladies chroniques sont beaucoup plus nombreuses. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Cet État providence devra, enfin, être plus civique et responsabilisant. La solidarité nationale est financée de plus en plus par l'impôt. Les dispositions que vous avez votées en matière d'assurance chômage ont ainsi supprimé toutes les cotisations salariales, qui ont été remplacées par la contribution sociale généralisée, la CSG. Mais il faut envisager la réforme dans son ensemble et ne pas considérer que l'augmentation de la CSG, en oubliant qu'il y a, de l'autre côté, une baisse de toutes les cotisations sociales salariales. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Cette réforme a permis d'accroître le pouvoir d'achat des travailleurs, tout en préservant la compétitivité et en garantissant le maintien des droits.
Elle conduit aussi à modifier la philosophie même de notre solidarité nationale, afin, en quelque sorte, d'en retrouver le sel. Cette solidarité est de moins en moins une assurance individuelle assortie d'un droit de tirage. Financée par l'ensemble des contribuables, elle implique des droits et des devoirs, car chacun est comptable de tous et tous de chacun. Par suite de la réforme que vous avez votée, l'assurance chômage n'est plus du tout financée par les cotisations des salariés, elle est financée par les cotisations des employeurs et par la CSG. De cette transformation il faut évaluer toutes les conséquences. Il n'y a plus un droit au chômage, au sens où on l'entendait classiquement, il y a un droit qui est offert par la société, mais dont on ne s'est pas garanti l'accès à titre individuel, puisque tous les contribuables l'ont financé. C'est là que se joue la véritable transformation, et c'est là que réside la véritable dignité : tout le monde doit être protégé, mais chacun a sa part de responsabilité dans la société. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) C'est en contribuant, chacun selon ses possibilités, que l'on devient citoyen.
C'est pourquoi nous allons transformer notre système de solidarité pour le rendre tout à la fois plus universel et plus responsabilisant, en accompagnant toute personne qui le peut vers une activité professionnelle, même à temps partiel, et en exigeant de chacun qu'il prenne sa part dans le fonctionnement de la société, à sa mesure. C'est ce système de droits et de devoirs qui est au cœur du pacte républicain, et non la stigmatisation odieuse selon laquelle certains bénéficieraient d'assistanat. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) C'est cette philosophie qui sera mise en œuvre dans le cadre de la réforme de l'assurance chômage et de la réforme des minima sociaux.
La solidarité nationale se traduit, enfin, dans l'aide que nous devons, de manière inconditionnelle, aux plus fragiles.
Les plus fragiles, ce sont d'abord les enfants. Quelle gloire peut-on tirer de politiques sociales qui ont condamné à la pauvreté un enfant sur cinq dans notre pays ? (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Nous investirons pour sortir les enfants de la pauvreté et de ses conséquences dramatiques. Nous déploierons en particulier une action à l'endroit des enfants en danger ou maltraités, si nombreux dans notre pays. Ces initiatives interviendront dès l'automne.
Les plus fragiles, ce sont aussi nos concitoyens qui sont en situation de handicap. Pour ces derniers, vous avez décidé une augmentation de cent euros de l'allocation aux adultes handicapés. La politique de réinsertion dans l'école et dans le travail sera poursuivie, avec des choix budgétaires clairs et un accompagnement renforcé. Nous engagerons aussi une politique de retour vers la citoyenneté pleine et entière, incluant un retour au droit de vote pour ces personnes, y compris pour celles sous tutelle. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Les plus fragiles, ce sont encore nos concitoyens qui vivent en situation de pauvreté. La stratégie de lutte contre la pauvreté sera présentée en septembre et mise en œuvre en 2019. Construite avec l'ensemble des acteurs, elle ne se contentera pas de proposer une politique de redistribution classique, elle engagera une politique d'investissement et d'accompagnement social. Ce ne seront pas de nouvelles aides pour solde de tout compte, ce sera un accompagnement réel vers l'activité, le travail, l'effectivité des droits fondamentaux : la santé, le logement, l'éducation. Je veux que cette action engage toutes les forces vives de la société, au premier chef celles et ceux qui vivent dans la pauvreté. Je ne veux pas d'une stratégie qui s'imposerait d'en haut, dans la torpeur de l'été, afin de régler un problème ou cocher une case. Je veux une stratégie qui sorte enfin de l'état de minorité civique ceux de nos concitoyens qui vivent en situation de pauvreté et qui veulent être les acteurs de leur propre vie et de ce changement. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Je veux une stratégie de lutte contre la pauvreté qui ne permette pas à nos concitoyens pauvres de vivre mieux, mais bien de sortir de la pauvreté, une bonne fois pour toutes !(Mêmes mouvements.)
Les plus fragiles, ce sont enfin les plus âgés, vivant en situation de dépendance. Là se niche l'angoisse des personnes âgées et celle de leurs familles. Nous l'avons laissée s'installer et nous avons permis que les familles trouvent par elles-mêmes les réponses, en dehors de tout cadre officiel, faisant de la dépendance une détresse inouïe : détresse des personnes qui vivent cette situation durant les derniers mois de leur vie ; détresse de leurs familles qui vivent dans l'angoisse, celle, souvent, de ne pas leur offrir la vie qu'elles leur devaient ; détresse des personnels soignants qui font face à une transformation, là aussi, de ce qu'est la dépendance. On entre dans les établissements de plus en plus tard et dans des situations de plus en plus difficiles ; et nous y laissons des personnels remarquables, mais avec des équipements et un taux d'encadrement qui ne permettent pas de faire face à une dépendance de plus en plus médicalisée et à une transformation du grand âge. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Ce que nous avons vu émerger ces dernières années, c'est un nouveau risque social, auquel nous serons tous et toutes confrontés. Une partie de l'angoisse que j'entends nos concitoyens les plus âgés exprimer n'est pas seulement de l'angoisse pour eux-mêmes et leur retraite, elle concerne aussi ce qu'ils vont devenir ou ceux dont ils ont souvent la charge.
Il nous faut donc construire pleinement le financement et l'organisation de ce nouveau risque social. Nous ne pouvons plus longtemps l'ignorer, faire semblant ! (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Nous devons venir au secours des familles, organiser les choses différemment, répondre aussi aux besoins des personnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, qui font le travail admirable que je décrivais. (Mêmes mouvements.) L'année 2019 y sera consacrée, et je souhaite que soit votée durant cette année une loi qui le permette. (Mêmes mouvements.)
Il est cependant certain que répondre aux peurs contemporaines n'impose pas seulement une action économique et sociale. Nous vivons dans un pays qui ressent sourdement la peur d'un effacement culturel, d'un déclin lent de ses propres repères, des repères historiques qui ont forgé notre nation. Le terrorisme, le fracas du monde, l'immigration, nos échecs en matière d'intégration, les tensions de notre société depuis plusieurs décennies s'entrechoquent, bien souvent dans la confusion, et font germer une peur culturelle, civilisationnelle, le sentiment sourd que ce monde qui advient imposerait de renoncer à celui d'où nous venons, avec ses fondamentaux et ses valeurs. (Applaudissements sur quelques bancs.)
C'est pourquoi il nous faut restaurer l'ordre et le respect républicains (Mêmes mouvements), c'est-à-dire restaurer cette idée que la démocratie n'est pas un espace neutre ouvert à tous les relativismes, mais d'abord la reconnaissance partagée des droits et des devoirs qui fondent la République même.
De cet ordre républicain, la sécurité est le premier pilier. Car l'insécurité frappe avant tout les plus modestes, les quartiers les plus populaires, les classes populaires et moyennes qui n'ont pas forcément choisi l'endroit où elles habitent et en subissent toutes les conséquences. La police de sécurité du quotidien reconstitue cette proximité de la population et de la police qui donne un visage à l'autorité et conjure le sentiment d'abandon ou d'oubli de populations livrées à des lois qui ne sont plus celles de la République. Ainsi avez-vous commencé à donner de nouveaux moyens à nos forces de l'ordre, et je vous en remercie. (Applaudissements sur quelques bancs.)
La réforme de la procédure pénale permettra d'aller plus loin, et d'alléger les charges inutiles pour nos policiers et nos gendarmes comme pour nos magistrats. Vous aurez ce texte important à discuter et à voter afin qu'il puisse entrer en vigueur au premier trimestre 2019.
Nous redéfinirons aussi le sens de la peine, car ce que nous voulons, c'est une autorité de la République qui fasse respecter les règles avec discernement et équité, afin que la prison, en particulier, retrouve toute sa signification en termes de punition, mais aussi de réinsertion. (Applaudissements sur quelques bancs.)
Pendant ces derniers mois, nous avons aussi mis fin aux occupations illégales du domaine public auxquelles nous nous étions trop habitués depuis des années, à Notre-Dame-des-Landes comme à Bure, et qui laissaient les habitants dans le désarroi. (" Bravo ! " et applaudissements sur de nombreux bancs.)
La sécurité recouvre également la lutte contre le terrorisme. Sur ce point, nous avons poursuivi les transformations indispensables et réarmé notre organisation à tous les niveaux, en particulier grâce à la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme, qui a permis de sortir de l'état d'urgence et d'instituer dans notre droit les instruments indispensables pour lutter contre le terrorisme contemporain.
Nous avons eu, à Marseille, à Trèbes, à Paris, à subir de nouvelles attaques d'un terrorisme islamiste dont les formes ont changé, qui ne s'appuie plus sur des organisations internationales fortement structurées, mais se love dans nos sociétés elles-mêmes et utilise tous les moyens contemporains. De nouvelles décisions seront prises et le travail doit se poursuivre, sans fébrilité, mais sans relâche. C'est celui d'une génération.
Sur ces sujets, le temps est à l'action déterminée, et je veux ici rendre hommage à l'ensemble de nos soldats qui combattent au Levant et en Afrique l'ennemi djihadiste (Mmes et MM. les membres du Congrès, hormis quelques-uns, ainsi que plusieurs membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement), comme à nos forces de sécurité intérieure qui, avec courage et calme, assurent la protection de nos concitoyens. (Mêmes mouvements.)
Au-delà de la sécurité, l'ordre républicain est fondé sur un système de droits et de devoirs dont chaque citoyen est le dépositaire et que nous devons réactiver. Les droits et les devoirs, c'est bien entendu à l'école que nous les enseignons de façon plus systématique. C'est pour cela que nous poursuivrons la formation et l'accompagnement des maîtres, en particulier sur la laïcité. (" Bravo ! " et applaudissements sur plusieurs bancs.)
Mais nous le ferons aussi par le service national universel, qui sera précisé d'ici à la fin de l'année, à l'issue d'une nécessaire consultation. Depuis quand n'avait-on pas ainsi sondé la jeunesse sur ses aspirations ? Je crois profondément dans ce service universel, car c'est en connaissant mieux son compatriote, que jamais peut-être on n'aurait croisé autrement, que l'on se met en mesure de le comprendre mieux, de le respecter et de sentir ce lien invisible qui fait la communauté de destin d'une nation. C'est aussi le moyen de comprendre ce qu'est l'engagement, le cœur de notre République, et je sais que notre jeunesse saura s'en saisir. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
La société républicaine que nous voulons est une société du respect et de la considération. Nous l'avons constaté pendant la campagne présidentielle, une forme d'irrespect, voire de violence, s'était banalisée à l'égard d'une catégorie de Français : les femmes. Qui aurait cru qu'en ce début de XXIe siècle, l'État devrait encore se battre pour que cessent le harcèlement du quotidien, l'inégalité des salaires, la violence physique et morale dont les femmes sont victimes ? (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Ce combat, souvenez-vous, a d'abord surpris. À certains, il avait même pu paraître dérisoire lorsque, dès avant mon élection, je m'étais engagé à en faire la grande cause du quinquennat. Une loi importante en ce domaine sera votée prochainement, et la mobilisation en matière de droits comme d'égalité salariale se poursuivra dans les mois et les années qui viennent. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Mais nous avons, ce faisant, précédé un mouvement mondial. La France, lorsque ce mouvement a surgi chez nous, était prête et consciente. De cela, nous devons être fiers. Nous n'avons pas suivi le mouvement : nous l'avons anticipé, parce que le respect et la considération ne se négocient pas dans une société républicaine ; et lorsqu'ils reculent, c'est toute la société qui recule. (Mêmes mouvements.)
C'est, du reste, ce qui s'est aussi produit dans des territoires entiers, enfermés dans le mépris et la condescendance. Notre politique pour les quartiers s'est ainsi fondée sur le retour de la considération et sur cette conviction que naître et vivre dans un quartier ne saurait être un stigmate. Les emplois francs, la généralisation des stages en entreprise, le retour des services publics, des programmes de rénovation urbaine accélérée, des réponses pragmatiques bâties avec les citoyens, une école adaptée permettront de sceller dans des territoires oubliés le retour d'une considération nationale qui, trop souvent, s'est confondue avec l'indifférenciation de plans dispendieux. (Applaudissements sur quelques bancs.)
L'ordre républicain, c'est aussi cette nécessité de ramener dans le giron de la République des pans de la société qui s'en sont éloignés.
La République n'a aucune raison d'être en difficulté avec l'islam, pas davantage qu'avec aucune religion. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) La laïcité, du reste, commande qu'elle n'ait pas à en connaître et veut simplement que soit garantie à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. (Mêmes mouvements.)
M. Emmanuel Macron. Mais il y a une lecture radicale et agressive de l'islam, qui se fixe pour but de mettre en cause nos règles et nos lois de pays libre et de société libre, dont les principes n'obéissent pas à des mots d'ordre religieux. Il faut que tout le monde sache qu'en France la liberté individuelle, la liberté de penser, la liberté de critique, l'égalité des femmes et des hommes, le respect des choix individuels, tant qu'ils n'attentent pas aux droits des concitoyens, sont des principes intangibles. (Applaudissements.) Il faut que tout le monde sache que nulle mise en cause de ces principes ne peut être acceptée sur le fondement d'un dogme religieux. (Mêmes mouvements.) La laïcité, c'est le respect réciproque : respect de la société et de l'État à l'égard des croyants ; respect des croyants à l'égard de la société et des principes d'un État qui appartient à tous. (Mêmes mouvements.) Je sais que l'immense majorité de nos concitoyens musulmans le savent, le partagent, l'approuvent et sont prêts à participer à cette affirmation de notre République.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. C'est pourquoi, dès l'automne, nous clarifierons cette situation, en donnant à l'islam un cadre et des règles garantissant qu'il s'exercera partout de manière conforme aux lois de la République. (Applaudissements.) Nous le ferons avec les Français dont c'est la confession et avec leurs représentants. L'ordre public, la civilité ordinaire, l'indépendance des esprits et des individus à l'égard de la religion ne sont pas de vaines paroles en France, et cela impose un cadre rénové, une concorde retrouvée. (Mêmes mouvements.) Cette démarche avait été différée au nom de cette idée que tout se vaut et qu'au fond notre pays n'est qu'un assemblage chaotique de traditions et de cultures. Sur ce terrain n'ont grandi que l'insécurité morale et l'extrémisme politique. Il est temps pour la République de se ressaisir de la question culturelle et de considérer de nouveau comme de son devoir de faire émerger non une culture officielle, mais une culture partagée.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Si l'école est le creuset de cette culture commune, la société en est la caisse de résonance, et nous devons œuvrer ensemble à rendre à la France cette voix, ce timbre, ce regard qui toujours a fait sa singularité, qui sont la confluence de mille rivières, mais qu'on reconnaît au premier coup d'œil. C'est pourquoi nous faisons tant d'efforts pour le patrimoine. C'est pourquoi nous nous battons pour la langue française partout à travers le monde. C'est pourquoi nous voulons une politique culturelle qui ose dire qu'il est des expressions plus belles, plus profondes, plus riches que d'autres, et que notre devoir est de donner le meilleur à tous nos compatriotes - cette politique de l'accès à la culture, par l'école, tout au long de la vie et sur l'ensemble de nos territoires. C'est pourquoi enfin nous devons prendre soin de nos auteurs, faire qu'ils soient rémunérés de manière adaptée et défendre leur situation en Europe, où des victoires ont été remportées, mais où le combat continue. Nous ne voulons pas une culture officielle, mais une culture française plurielle et vivante, qui puisse continuer à s'épanouir et à rayonner. Nous voulons continuer à produire un imaginaire français. (Applaudissements.)
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Cet ordre républicain, enfin, se construit dans la cohésion nationale et donc dans le rapport à l'autre : l'étranger. La peur que nous devons entendre, c'est bien celle-là. Je sais combien ces débats vous ont vous-mêmes préoccupés. Je pense que ce sujet ne peut être réglé ni dans l'émotion qui crée la confusion, ni dans la fermeture et le repli nationaliste qui ne permettent de régler durablement aucun problème. Nous devons, sur ce sujet encore, nous montrer fidèles à notre Constitution, qui protège de manière inconditionnelle ceux qui demandent l'asile, mais impose des règles précises à ceux qui, pour des raisons économiques, quittent leur pays pour rejoindre le nôtre.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. L'ordre républicain exige le respect des frontières, des règles pour rejoindre ce qu'est la nation - c'est le principe même de la souveraineté - et un devoir d'humanité que notre Constitution prévoit. C'est en respectant cette grammaire que nous devons faire face à nos défis contemporains. Il n'y a aucune solution de court terme, facile : ni celle de l'émotion, ni celle de la colère. (Applaudissements.) Il n'y a qu'une voix exigeante, celle de la République et de la coopération en Europe. Elle passe par une politique que nous devons repenser, à laquelle nous devons redonner de l'ambition : un partenariat refondé avec l'Afrique. (Mêmes mouvements.) Cette jeunesse qui quitte l'Afrique aujourd'hui pour prendre tous les risques et qui n'a pas droit, dans une large majorité, à l'asile, c'est la jeunesse du désespoir, la jeunesse à qui on n'a plus donné de projet, qu'elle vienne du Golfe de Guinée ou d'une bonne partie du Sahel. La France et avec elle l'Europe doivent rebâtir les termes d'un partenariat, car l'histoire contemporaine ne nous rappelle qu'une chose : nous ne sommes pas une île et nous avons destin lié. (Mêmes mouvements.)
M. Emmanuel Macron, Président de la République. La deuxième de nos réponses passera par un renforcement de nos frontières communes en Europe - un investissement assumé que la France porte, un investissement voulu, cohérent - et par une politique de responsabilité et de solidarité au sein de l'Europe. Aucune politique nationaliste de court terme ne réglera en rien la situation migratoire (Vifs applaudissements) ; elle sèmera la division en Europe. Toute politique qui voudrait mélanger toutes les situations et ne pas voir qu'il existe aujourd'hui des situations différentes, selon que l'on vient d'un pays en guerre ou selon que l'on n'en vient pas, oublie aussi cette cohésion nationale indispensable que nous devons préserver. Mais jamais la France n'acceptera les solutions de facilité que d'aucuns proposent, qui consisteraient à organiser des déportations à travers l'Europe, pour aller mettre dans je ne sais quels camps, à ses frontières, en son sein ou ailleurs, les étrangers qu'on ne voudrait pas. (Mêmes mouvements.)
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Cet ordre républicain, auquel nous croyons, est le fondement d'une nation d'hommes et de femmes libres. Il repose sur une tension éthique permanente, celle même de la République, qui nous impose de ne céder à aucune facilité contemporaine. C'est cela aussi, une puissance du XXIe siècle, et c'est la vocation de la France d'enraciner sa force dans cette liberté civique, quand trop d'observateurs voudraient nous faire croire qu'il n'est de puissance que par la sujétion des individus, par le recul des libertés et par l'affaiblissement des droits.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Pour faire face à la peur de l'effacement, à cette insécurité culturelle et civilisationnelle que j'évoquais, nous avons aussi besoin de porter le projet français pour l'Europe, qui est de retrouver le sens et la substance de notre coopération face à tous les défis que nous pouvons relever uniquement ensemble, en tant qu'Européens. Cet engagement, ce projet français a d'ores et déjà permis des avancées réelles que d'aucuns pensaient impossibles jusqu'alors. Nous avons progressé vers une Europe qui protège davantage : par une politique de défense, dont l'idée même était abandonnée depuis soixante-dix ans ; par une meilleure régulation du travail détaché assurant la protection des salariés européens ; par la défense de nos intérêts communs sur le plan commercial ; par la conclusion, voilà quelques semaines, d'un accord franco-allemand de moyen terme, ce qui n'avait pas été fait depuis plus de vingt ans et qui a permis de jeter les bases d'un budget de la zone euro. (Applaudissements.) Depuis quand n'avions-nous pas attendu les crises pour avancer concrètement ? Cette Europe-là n'est pas incantatoire ni éloignée. Elle prend en charge le quotidien des Européens et leurs intérêts vitaux.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Toutefois ces avancées réelles pour lesquelles la France s'est battue ne doivent pas faire oublier les doutes et les divisions. L'Europe est encore trop lente, trop bureaucratique, trop divisée pour affronter la brutalité des changements politiques, sécuritaires, migratoires et technologiques. Notre plus grande erreur serait cependant de brandir les spectres du passé et de redouter la répétition de l'histoire ou je ne sais quelle fatalité européenne du conflit. Ce n'est pas cela qui nous menace. La vérité est que nos combats d'aujourd'hui requièrent l'Europe ; car nous ne pourrons être à la hauteur des enjeux contemporains qu'en unissant nos forces avec les nations dont l'Histoire a fait nos partenaires naturels. (Applaudissements.) Ni les défis commerciaux, ni les défis du climat, ni les défis de la défense, ni les défis économiques et monétaires ne peuvent se relever dans l'isolement, et encore moins le défi migratoire que j'évoquais à l'instant. En ces matières, la solution véritable ne peut être que dans la coopération européenne. (Mêmes mouvements.)
M. Emmanuel Macron, Président de la République. C'est au cœur de ces interrogations que se joue l'Europe de demain. Elle sera nécessairement une Europe des peuples. Peut-être les vingt-huit peuples qui composent l'Union n'avanceront-ils pas tous au même rang, au même pas, mais ils se montreront capables d'agir ensemble dans des circonstances exceptionnelles face à des défis qui nous confrontent au plus vif de ce que nous sommes. Au sein de cette Europe, la France fait entendre sa voix, avec un projet clair, celui que j'ai présenté en octobre dernier à la Sorbonne, celui d'une Europe plus souveraine, plus unie, plus démocratique, celui d'une Europe qui sera portée par une coalition de volontés et d'ambitions, et non plus paralysée par l'unanimisme et capturée par quelques-uns. Mais il faut aussi le dire clairement : la frontière véritable qui traverse l'Europe est celle aujourd'hui qui sépare les progressistes des nationalistes. (Applaudissements.) Nous en avons pour au moins une décennie. Ce sera difficile, mais le débat est clairement posé. Il sera au cœur des enjeux de l'élection européenne de 2019, qui appartient à ces scrutins qui sont aussi des tournants.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Et comme au cœur de toute menace naît une grande opportunité, c'est sur cette crise que nous fonderons les clés de la puissance européenne, de l'indépendance européenne, de la conscience européenne de demain, après soixante-dix ans de paix qui nous ont trop souvent conduits à perdre de vue le sens même de l'Europe. (Applaudissements.) La crise que nous traversons nous dit une chose : l'Europe des assis, l'Europe des assoupis est terminée. (Mêmes mouvements.) Un combat est en train de se livrer, qui définira le projet de l'Europe à venir : celui d'un repli nationaliste ou celui d'un progressisme contemporain.
M. Emmanuel Macron, Président de la République. La France porte sa voix. Elle est écoutée, parce que c'est une voix forte. C'est la voix de la raison, mais aussi, parfois, la voix de ceux qui n'en ont pas ou qui n'en ont plus, qui parle pour la défense des biens communs. Je m'attacherai à ce combat. C'est à ce titre que nous nous sommes engagés dans d'autres luttes et que la France a fait entendre sa voix, lorsque les États-Unis se sont retirés de l'Accord de Paris. C'est pour cela que nous sommes intervenus sur le nucléaire iranien ou dans la crise syrienne. C'est pour cela que la France aujourd'hui est à l'initiative pour réinventer un multilatéralisme fort, dont le monde contemporain a besoin. La France de nouveau est cette médiatrice, ce tiers de confiance, qui tente de tenir ensemble les équilibres du monde et de trouver les voies d'avenir. C'est ce rôle nécessaire, tout à la fois pour notre sécurité et la défense de nos valeurs, qu'aujourd'hui nous menons. Je crois dans la possibilité de défendre une démocratie forte et respectée. Je crois dans la possibilité de défendre une Europe forte et souveraine. Je crois dans la possibilité de défendre les valeurs universelles qui nous ont faits à travers ce multilatéralisme fort contemporain. (Applaudissements.)
M. Emmanuel Macron, Président de la République. Tel est, mesdames et messieurs, le cap que je fixe à la France. Vous l'aurez compris, je souhaite renouer avec ce projet français que nous avons perdu de vue trop longtemps par frilosité ou par confort intellectuel. Il suppose, je l'accorde, de vouloir s'affranchir des querelles où nous nous sommes, en quelque sorte, confondus ou auxquelles nous nous sommes longtemps habitués. Ce projet ne peut se déployer que si nous en finissons avec ce renoncement où nous nous sommes enfermés depuis quarante ans, qui voudrait que la France ne soit qu'une puissance moyenne. Cette idée nous a étouffés et meurtris. Je crois, moi, que la France a les moyens de devenir de nouveau une puissance du XXIe siècle. (Vifs applaudissements.)
Pour mener ce projet, nous partons du réel. Nous ne nous alourdirons pas d'idées préconçues, de clivages recuits, d'idées surannées. Le progrès, la dignité de l'individu, la force juste de la République sont nos boussoles et nous suffisent. (Applaudissements.) Notre seule idéologie, c'est la grandeur de la France, quoiqu'en pensent certains (Mêmes mouvements) et ce que nous construisons, n'en déplaise aux adeptes de l'immédiat, nous le faisons pour aujourd'hui, mais aussi pour demain, c'est-à-dire pour la jeunesse (Applaudissements prolongés), pour qu'elle grandisse dans un pays où elle puisse choisir sa vie, ressentir pleinement cette appartenance qui fait la force d'un peuple et contribuer librement à ce projet qu'on appelle une nation. C'est en somme un patriotisme nouveau, réinventé, vivifié que nous sommes en train de construire. Il ne se fait pas en un jour, ni en un an, mais c'est à cela, mesdames et messieurs, que je vous appelle. Vive la République, vive la France ! (Mmes et MM. les membres du Congrès et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement.)
Emmanuel Macron, le 9 juillet 2018 à Versailles.
Source : www.assemblee-nationale.fr/
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180709-discours-macron-versailles.html


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