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esclave

Publié le 14 juillet 2018 par Modotcom

esclave
jeudi à l'aube
après un rêve animé où je visitais mélodie
avec mes deux fils pour une fête d'enfants
et où cyrille revenait de travailler en hélico
je me suis levée j'ai enfilé mon maillot de bain
j'ai bu un citron pressé et me suis brossé les dents
puis j'ai pris le métro de la ligne orange
pour aller nager à six heures
à la piscine du centre-sud
sur le quai de la station beaubien
je lisais l'article sur la réaction
de lorraine pintal
face à la polémique du spectacle slav
et je me disais que l'on vivait à une époque extraordinaire
une où tous peuvent s'exprimer
et réagir à chaud à tout ce qui se passe
ce qui se dit
même si on a oublié de prendre le temps de réfléchir
et où tout était publié à la vitesse de l'éclair
nous illustrant des fois nos failles d'humains
notre émotivité notre imbécillité
le métro le matin j'adore ça vers huit heures
les gens se sont grimés
bien mis parfumés coiffés
habillés en costards et chemises
même en pleine canicule
quand j'y suis pour quelques stations
debout en équilibre sur mes pieds plantés au sol
j'aime cette promiscuité
des fois j'ai envie de pencher ma tête
et de l'appuyer sur l'épaule d'un voisin ou d'une voisine
je me sens proche à ce point-là
et je regarde toujours les gens avec le sourire
je sens une communion transcendentale
je sais
c'est rare que l'on définisse ainsi
sa ride de métro
à cinq heures trente-cinq un jeudi matin
pour le premier ou second trajet de la journée
la population est étonnamment dense dans les wagons
si le métro roule à cette heure
c'est parce qu'il y a des travailleurs à déplacer
eux
ils sont grimés autrement
et ils tiennent souvent une tasse de café
ainsi qu'une boîte à lunch rigide
ce jeudi il y a eu une bagarre à la station laurier
alors qu'un type voulait rentrer dans le wagon bondé
et qu'un autre le repoussait sur le quai
j'ai compris que la porte restait bloquée
car celui dehors tirait sur la boîte à lunch du passager
et ça criait de tout bord tout côté
jusqu'à ce qu'un passager du wagon s'écrie
shut the fucking door
le passager est sorti et il s'est retrouvé sur le quai
avec sa boîte à lunch dont un jus s'était échappé
il s'est mis à frapper l'autre avec sa boîte rigide
nous les regardions estomaqués
pendant que les portes se refermaient
et que le wagon reprenait enfin son chemin
vers la station mont-royal
ils se poussaient encore sur le quai
en marchant vers la sortie
peut-être allaient-ils régler des comptes
en plein air
aucun agent de sécurité
ne les escortait
il y avait un noir et un blanc
c'est comme ça qu'on dit
dans les journaux ces temps-ci
les noirs et les blancs
comme les pions dans le jeu de dames
ou encore dans le jeu d'échec
binaire
polarisé
chaud froid
noir blanc
moi je suis jaune
mais on ne parle pas encore des jaunes
si ça continue ainsi
dans quelques années il y aura le péril jaune à nouveau
je me suis retournée dans le wagon de métro
qui grouillait de rires en sourdines
et de rumeurs en créole
et me suis aperçue qu'à cinq heures quarante du matin
ce jeudi-là
mes copassagers étaient majoritairement
des québécois de couleur
ce n'est pas la même couleur qu'à huit heures
ça pourrait être un champ de canne à sucre
en louisiane
mais il fait moins chaud
et on roule sous terre
plus tard dans la journée
j'ai entendu l'histoire d'un gars
qui se faisait visiblement malmener par une dame
et ça le privait ainsi de vivre avec sa fille
et je me suis dit que là encore
il n'en tenait qu'à la volonté d'une personne
de vivre égoïstement
pour que la vie d'un autre en soi ainsi affectée
je vis avec des lunettes roses
depuis le temps que vous me lisez vous le savez
et même si je réfléchis souvent et m'informe
je suis entourée de si peu de misère
et de peu de malveillance
donc je pense que si chacun arrêtait de s'observer le nombril
et faisait preuve de sollicitude
si on faisait de la place dans le wagon
si on disait pardon et merci
si on faisait des sourires
et qu'on tendait l'épaule pour la tête fatiguée de quelqu'un
peut-être y aurait-il plus de paix
si on laissait les gens raconter des histoires
et qu'on en discutait
comme dans un cours de philosophie
pourquoi veut-on tout corriger
formater
revisiter les faits
refaire tout refaire
pourquoi ne peut-on pas juste ensemble
s'aider à marcher en avant
je ne sais pas des fois
mais j'imagine ...

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