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Méditer, ne rien attendre avec Dominique Durand

Publié le 16 juillet 2018 par Acouphene

Méditer, ne rien attendre avec Dominique Durand La pratique nous offre l'opportunité de mesurer à quel point l'attente nous met à distance de la réalité du moment. Je ne parle pas de ces attentes irréalistes, non, pas du tout, je parle de ces petites attentes insidieuses qui nous placent invariablement dans une perspective d'avant et d'après, de plus et de moins, de début et de fin ; ces attentes d'un après que l'on espère meilleur, d'une solution qui viendrait d'une situation extérieure. Je me suis vue ainsi attendre que mes enfants quittent la maternelle pour aller en primaire, puis attendre qu'ils aient le bac, parce que ce serait toujours mieux... après. 
Mais il y a cette attente encore plus pernicieuse et irréaliste, cette attente à l'égard de soi-même qui repose sur l'illusion d'une acquisition : un certain nombre de retraites, un certain nombre de méditations, devraient, selon notre logique toute cartésienne, venir à bout de nos problèmes existentiels. Nous voilà prêts à espérer le meilleur de nous-mêmes. Un écueil se présente, et notre réaction n'est pas à la hauteur de ce que l'on espérait. Nous voilà déçus. Nous transférons sur la voie notre logique interne or « méditer ne se situe pas dans le champ de notre conscience ordinaire » (Jacques Castermane). Alors, penser que cela ne va pas assez vite, que l'on a « encore » cédé à ses pensées, tout cela devient superfétatoire.
La déception fonctionne comme une sorte de marqueur de l'écart que vous mettez entre vous et la pratique, vous et là... où vous voulez arriver. Plus cet écart se creuse, plus vous risquez de céder à vos désillusions et d'abandonner la pratique parce que vous désespérez d'atteindre le bel idéal spirituel que vous vous êtes promis.
Asseyez-vous donc avec ce que vous êtes, avec votre colère, votre tristesse, votre désespérance, englobez-les dans votre pratique, ne les excluez pas, elles ont leur place, mais certainement pas celle que vous leur donnez. Plus vous rentrez dans une dialectique, plus vous vous éloignez du zen. Le zen, c'est la vérité du moment, telle qu'elle se présente au moment où elle se présente. Cessez de croire que le zen va annuler toutes vos réactions, revenez à l'événement du moment présent pour constater que tous vos débordements émotionnels n'excluent pas les sensations qui vous arrivent, n'excluent pas le fait que vous respirez, que vous vivez.
Méditer, ne rien attendre avec Dominique Durand Il arrive un moment où l'expérience vécue, l'expérience « être » prend le pas sur les affects et les tourments sans pour autant les annuler.
Vous ne viendrez pas à bout de vous-mêmes par la force, soyez patients avec votre moi, il est tenace, rebelle ; simplement asseyez-vous coûte que coûte au milieu des larmes, de l'agitation, de la colère. Vous verrez, zazen viendra à bout de vous, malgré vous. C'est cela notre nouveau rapport à la réalité : « Faire de ses oppositions une tache à accomplir sur le chemin » (Jacques Castermane). Plus on réduit l'écart, plus on annule les questions que l'on se pose sur le sens de la vie, sur les raisons qui font que l'on fait ceci ou cela. La vraie vie spirituelle là où le moi ne cherche plus à devenir conforme à l'image qu'il s'est fait de lui-même.
Lorsqu'on cesse d'être déçus, on pratique vraiment, parce qu'au lieu de se projeter dans l'illusion d'un moi parfait qui nous situe dans un différé, on lâche toute prétention et on revient à soi tel qu'on est. Cela annule toute forme de plainte et de procrastination et nous engage dans une activité immédiate : accepter ce qui est, se voir tel qu'on est et surtout « reconnaître notre façon d'être là ». Cette activité de reconnaissance préconisée par Dürckheim exige de nous la vérité.
Cette façon d'être là s'accompagne d'une véritable immobilité, non pas celle qui attend quelque chose, mais cette véritable immobilité sans attente, celle qui nous place en-dehors d'un temps qui s'écoule, dans l'éternité du moment présent et dans notre essence. Cette non-attente nous permet de réaliser qu'au milieu de nos conditionnements réside notre état naturel.
Un fruit piqué par la grêle est toujours dans son essence de fruit, vous viendrait-il de dire qu'une pêche talée n'est plus dans sa nature de pêche ?

« Seul l'homme identifié à la conscience humaine qui fait de tout un objet, envisage l'absolu opposé à lui. » (K.G.Dürckheim, 1972). 
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