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La mouche et la glu de Maurice Okoumba-Nkoghe

Par Rambalh @Rambalh
J'aime voyager à travers mes lectures mais aussi découvrir d'autres pays, d'autres cultures et modes de vie. C'est quelque chose qui m'apprend beaucoup sur les autres, sur les différences et les autres visions m'ouvrent chaque jour un peu plus l'esprit. Là, des amies m'ont conseillé de lire ce roman, souvent étudié dans les lycées gabonais et je ne le regrette pas.
La mouche et la glu de Maurice Okoumba-Nkoghe

Quatrième de Couverture
« Crois-tu que Nyota acceptera d’aller chez cet homme qui a l’âge de son père, et qui en plus a pour maîtresses toutes les femmes du pays ?
– Ma volonté est sa volonté. Ma volonté est votre volonté à vous toutes. M’Poyo n’a d’égal que lui-même et c’est le beau-fils qu’il me faut, que toi et Nyota le vouliez ou pas… Tais-toi, femme à la bouche trop longue, Nyota est ma chose comme toi tu es ma chose. Je t’ai épousée avec une dot et non avec des mots…
– Tu dois être ta propre volonté, ma fille. Ton père veut cueillir le fruit vert que tu es pour remplir son panier d’avenir. J’ai été vendue par mon père et je ne voudrais pas que tu sois vendue toi aussi. »
La mouche et la glu est une histoire d’amour simple, forte et nue, entre deux adolescents, avec la complicité du vieillard et de l’enfant, de la mère, de la brousse et du marigot. Et peu importe dans un monde où « le goût du gain a ramolli les sentiments » et la soif du pouvoir dévoyé la coutume, cette histoire se termine dans la mort, avec la magie noire de Samabi et la torture de la milice de M’Poyo. Car l’auteur, en décrivant la sagesse et la révolte du peuple du village, nous transmet avec soin son message d’amour : « L’amour témoigne pour l’avenir, et a plusieurs renaissances, tout comme le soleil. »
Mon avis
La mouche et la glu est une tragédie, une histoire d’amour où la fin dans la mort est annoncée dès le départ, dans les présages mais aussi dans les mots du narrateur. Pourtant, de cette tragédie va naître une leçon, un vent de révolte et de courage que Nyota transmet aux gens qui croisent sa route tout comme l’auteur cherche à le transmettre à ses lecteurs.
Écrit en 1984, le roman n’a pas de repère temporel défini et le lieu lui-même n’est pas officiellement authentifié. Seulement, on se rend compte vite de deux choses : cette histoire est encore intemporelle dans le monde actuel et notamment au sein du pays de l’auteur, le Gabon. Quelques recherches permettent même de comprendre que Okoumba-Nkoghe situe clairement son histoire au Gabon à travers quelques indices. Si je ne connais pas suffisamment le Gabon pour affirmer cela de moi-même, je me permets la comparaison parce que ce livre m’a été prêté par une amie gabonaise qui m’a dit que ce livre était une critique de la société encore valable aujourd’hui, plus de trente ans après.
La mouche et la glu décrit une communauté où les femmes sont mal considérées, où les hommes les considèrent comme leur propriété : un père vend sa fille à son gendre lors d’un mariage. Les violences physiques infligées aux femmes y sont décrites, ainsi que le manque de reconnaissance au sein de leur travail ou encore la double utilité de la femme entre objet sexuel et machine à procréer. Nyota, elle, n’est pas prête à se laisser faire. Elle refuse qu’on lui impose un tel destin et la force de son amour pour Amando lui donne le courage nécessaire pour affronter son père. Elle inspire les gens autour d’elle par la profondeur de ses sentiments et par la pureté de son âme.
Mais ce n’est pas tout. Okoumba-Nkoghe décrit aussi le monde gangréné par l’argent et le pouvoir, par la cruauté dont font preuve les personnes du haut du panier envers ceux qui ne touchent que le fond et le raclent pour survivre. Il expose clairement le cercle vicieux induit par ces comportements : les abus des plus grands et l’envie perpétuelle des plus démunis d’atteindre ces hautes sphères et de finir par se comporter eux aussi de cette manière s’ils y parviennent. Il décrit un monde où la bonté d’âme et où l’amour ne font plus tourner le monde, où seuls les vices humains dominent.
Dans cette tragédie, l’amour ne suffit pas et les âmes pures meurent. Le père de famille avide d’argent finit aussi par s’en mordre les doigts mais pas l’homme riche et puissant. C’est une tragédie où ceux d’en haut n’apprennent rien. Cependant, le vent de révolte transmis par Nyota aux personnes autour d’elle, la prise de conscience qu’elle a insufflée et la colère naissante face à l’injustice sont à retenir. L’auteur cherche à éveiller les consciences. La mouche et la glu n’est pas un simple roman voué à être oublié avec une fin mignonne pour contenter les esprits, non, il s’agit d’un roman qui laisse un goût amer en bouche mais aussi une note d’espoir. C’est un roman qui souffle à l’oreille du lecteur de se lever contre l’injustice, de célébrer l’amour et d’en extraire la force de se battre.
Enfin, même pour moi, petite française, le message transmis par Okoumba-Nkoghe est chargé de sens : quand je vois qu’ici, on nous pousse à toujours produire plus, à travailler plus pour accumuler des richesses, richesses qu’on est prié de dépenser rapidement pour rendre aux grands investisseurs ce qu’ils viennent de nous donner… Je me dis que l’argent n’a pas fini de faire croître les injustices et le désespoir. Nous sommes à la merci de personnes qui se permettent de se soustraire à notre système judiciaire grâce à l’argent ou leur position et nous, pauvres pouilleux, ne pouvons que cravacher un peu plus pour la simple illusion d’une vie meilleure.
Nyota, par sa force de conviction, me donne envie de me battre plus encore pour les miennes, qu’elles soient du côté du féminisme ou du côté de mon engagement citoyen.
Les avis des Accros & Mordus de Lecture

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