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604_ Jerada, la ville minière marocaine

Publié le 16 avril 2018 par Ahmed Hanifi

Autour de JERADA, la ville minière du nord-est marocain.

604_ Jerada, la ville minière marocaine

604_ Jerada, la ville minière marocaine

604_ Jerada, la ville minière marocaine

Nous avons assisté mercredi 11 avril, à La Casa Consolat (1 rue Consolat, Marseille 1°), à la projection d'un documentaire poignant réalisé par Ouahib Mortada et Lo Thivolle sur la condition ouvrière dans la ville minière de Jerada, et à la présentation du livre de Abdelkader Benhar (traduction de Ouahib Mortada) " Jerada, ce lieu " (Ed Incipit en W, 2017), avec des lectures.

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Lire ci-dessous l'article de La Casa Consolat sur cette événement.

604_ Jerada, la ville minière marocaine

604_ Jerada, la ville minière marocaine

Préface du livre, signée Ouahib Mortada :

" Jerada est une ville minière située dans le Maroc oriental, à 60 km au sud de la wilaya d'Oujda, près de la frontière algérienne. La région a hérité des charbonnages d'un patrimoine d'une valeur inestimable. La ville elle-même est témoin d'une histoire industrielle et sociale particulière qui remonte au protectorat français.

604_ Jerada, la ville minière marocaine

Au début des années 1950, Jerada était divisée en quatre parties distinctes : la cité européenne, le quartier des ingénieurs, la cité des agents ou " cité des évolués " (chefs porions, contremaîtres, ingénieurs assimilés...) et le village ou " cité marocaine ", celle des ouvriers et des mineurs. Jerada est composée de petites maisons cubiques et uniformes, alignées le long des rues tracées au cordeau.

Selon qu'ils étaient mariés ou célibataires, zoufria (1), les ouvriers logeaient dans la zone qui correspondait à leur statut familial.

Les mineurs et les ouvriers marocains venaient de différentes régions du pays.

604_ Jerada, la ville minière marocaine

À la jonction des quatre zones est fondée la "cité indigène" à côté des bâtiments des Affaires indigènes ou zai(2) et des Kissaria, des galeriesdans lesquelles s'organisait l'espace commercial.

Les Européens - encadrement et maîtrise - habitaient une résidence à part, avec ses pavillons et ses immeubles aux toits à doubles pentes en tuiles rouges rappelant l'architecture et l'urbanisme des villages européens.

Cette juxtaposition des quartiers renforçait leurs caractères différenciés, ce qui en faisait des villes dans la ville.

En 2000 la mine fut fermée et la cité ouvrière entièrement démolie. Frappée par la crise Jerada s'est peu à peu vidée de sa population (environ 60.000 habitants). Parmi ceux qui n'ont pu quitter la ville, beaucoup sont astreints à des pratiques dangereuses de survie comme l'exploitation clandestine du charbon.

1_ Zoufria : pluriel de Zoufri, ouvrier célibataire.

2_ : zone des Affaires indigènes. L'expression désigne d'anciens bâtiments administratifs sous le protectorat français destinés à abriter les affaires courantes : état civil, autorisations diverses...

"Jerada recèle une mémoire de grande valeur. Sa mémoire ne peut être niée sous peine d'un conflit identitaire.

Ce passé a été très douloureux. Mais, quelle que soit sa couleur, on ne doit pas être tenté de le refuser, de le nier ou de le transgresser.

Chaque lieu regorge d'images et de faits qui sont des documents historiques de grande importance scientifique, touristique...

Ce qui est certain c'est qu'une société sans mémoire est une société sans Histoire.

Est-ce par préméditation que l'on tente de l'oublier, ou est-ce simplement une omission, " un trou de mémoire ", comme on le prétend parfois ?

Une communauté sans mémoire est une société handicapée dont l'avenir est à craindre... même si elle se transforme, son développement peut l'entraîner dans une chute irrévocable.

La question de la fermeture de la mine a soulevé de grandes inquiétudes durant les années quatre-vingt-dix. Le gouvernement voulait faire en sorte que cette ville puisse tracer sa voie, évoluer sans le charbon...

Par contrainte ou par dépit, la société civile était convaincue que la décision de fermeture allait faire germer dans un futur proche de grands changements tous azimuts. Après la fermeture de la mine, on espérait continuer à vivre dans Jerada sans la silicose.

604_ Jerada, la ville minière marocaine

Les ouvrages industriels et tous les bâtiments de la société qui devaient être sauvegardés et entretenus sont abandonnés. Ces ouvrages représentent l'histoire industrielle de Jerada, son âme.

Le recel et la dilapidation des biens de l'entreprise sont une sombre affaire. C'est ce qui s'est avéré clairement durant les premières années de la fermeture. Cette dépravation s'est installée à l'encontre des lois, de la réflexion et du bon sens.

En amont de la fermeture de la mine il eut fallu négocier un accord général de développement intégrant l'intérêt de la société civile et les biens de l'entreprise, à l'évidence témoins de toute une histoire.

Ces ouvrages sont par ailleurs source d'inspiration culturelle, que ce soit pour le roman, la poésie, le théâtre...

On ne peut faire de lien entre le présent et l'avenir en niant le passé, la vérité du passé, celle des hommes, leur culture et la société dans laquelle ils vivent avec leur histoire et toute une économie...

À cause de ces actes malveillants qui portent atteinte à la mémoire et à son rayonnement, la ville ne peut envisager de se frayer un chemin dans un avenir prospère.

Celui qui a su bâtir un village artisanal, ériger un palais somptueux pour l'administration de cette province et édifier un nouvel hôtel de ville, deux mosquées monumentales et un hôpital départemental... ne pourrait-il envisager dans une moindre mesure la construction d'un musée minier, désigner un conservateur, des chercheurs, des gardiens pour assurer la surveillance et la protection des biens de l'entreprise, du patrimoine de notre ville et de son histoire ?

Un musée minier devait voir le jour en 2013. Nous attendons toujours la réalisation de cette promesse et tant d'autres. Jerada attend toujours un projet d'avenir... avant que ce qui reste ne soit saccagé, vandalisé sous le regard insouciant de ses dirigeants... Doit-on attendre encore que ces lieux soient vendus et transformés en lotissements à scandale ?

Il n'est pas d'existence pour l'homme sans lieu. Jerada en est un, unique.

Celui qui détruit un lieu aussi riche enterre son peuple."

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