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Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

Publié le 06 septembre 2018 par Raphael57
Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

J'ai beaucoup écrit ces derniers temps sur l'économie internationale, comme en témoignent mes billets sur la crise économique en Turquie, la politique économique de Trump, le maillot de l'équipe de France de football et les liens financiers entre la Chine et les États-Unis. Aujourd'hui, je reviens pour ainsi dire en France, afin d'évoquer la perte de pouvoir d'achat que vont subir les retraités et les classes moyennes, qui résulte d'un programme politique assumé...

Qu'est-ce que le pouvoir d'achat ?

Je me contenterai de donner ici quelques éléments de compréhension pour le besoin de mon analyse. Mais le lecteur intéressé par les questions de pouvoir d'achat, d'inflation, de prix et de choix dans la consommation, pourra utilement se reporter à l'un de mes livres aux éditions Ellipses, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'économie ! ou Les grands mécanismes de l'économie en clair - 2e édition (chapitre 2 et 3).

Le pouvoir d'achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un ménage peut acheter avec ses revenus ; il dépend du niveau des revenus mais aussi de celui des prix. Dès lors, l’évolution du pouvoir d’achat correspond à la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution des prix. Tout un chacun comprend aisément que si la hausse des revenus est inférieure à celle des prix, alors le pouvoir d’achat diminue... ce qui correspond précisément à la situation actuelle des ménages français comme nous allons le voir !

Dans ses calculs de pouvoir d'achat, l'INSEE s'appuie sur le revenu disponible des ménages, c'est-à-dire les revenus d’activité (revenus du travail, revenus de la propriété) augmentés des prestations sociales reçues et diminués des impôts versés. Et pour mesurer l'évolution des prix, l'institut de statistiques utilise l'indice des prix à la consommation (IPC).

Évolution du pouvoir d'achat

Au final, l'INSEE publie l'évolution du pouvoir d'achat du revenu disponible brut (ici sur la période 1996-2018) :

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

[ Source : INSEE ]

On peut voir que le pouvoir d'achat est en berne depuis de trop longues années, mais qu'il entame une chute en 2018. Cela résulte d'une hausse trop faible des salaires (principal revenu des ménages) et d'une inflation qui, bien que modérée, grignote ce modeste supplément d'autant qu'elle provient essentiellement de la hausse des prix du pétrole :

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

[ Source : Le Monde ]

La politique économique de Macron

Certains politiques feignent de découvrir cette baisse de pouvoir d'achat et se confondent alors en explications fumeuses. En réalité, elle résulte d'une politique sciemment mise en œuvre par le gouvernement, qui a décidé de transférer du pouvoir d'achat des retraités (réputés être bien dotés, mais cela fut un choix dans les années 1970) aux actifs via la hausse du taux de la contribution sociale généralisée (CSG) et la baisse des cotisations sociales :

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

[ Source : France Bleu ]

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

[ Source : Le Télégramme ]

Combien vont perdre les retraités sous l'effet des mesures annoncées ?

Pouvoir d'achat : les retraités, les classes moyennes et les pauvres sacrifiés !

[ Source : Le Figaro ]

Le pari était que le pouvoir d'achat des ménages allait certes diminuer au début de l'année 2018 avec l'alourdissement de la fiscalité, mais que les autres mesures gouvernementales (baisse des cotisations sociales, suppression progressive de la taxe d'habitation...) couplées à une forte croissance et beaucoup de croyance dans la théorie du ruissellement (transformation de l'ISF en IFI, flat tax...) permettraient de relancer le pouvoir d'achat en 2019.

Hélas, on notait un coup de mou de la croissance française dès le premier trimestre 2018 en raison de la faiblesse de la consommation et du tassement de l’investissement... J'avais du reste expliqué dans ce billet pourquoi il ne fallait pas s'attendre à une forte croissance, malgré l'euphorie de 2017. Par ailleurs, et c'est là tout le problème, peu de gens ont compris que la politique Macron se faisait toujours à périmètre financier constant, ce qui revient au fond à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Ainsi, ceux qui se réjouissent du plan imminent censé sauver l'hôpital de l’explosion (mais qui ne réglera rien d'après les professionnels que j'ai consultés), devraient se demander quel autre ministère a pour ce faire été dépouillé... Quant au plan de lutte contre la pauvreté, on ne peut que craindre le pire dans un contexte où il s'agira surtout de refonder (couper ?) les aides sociales !

Soyons donc clairs, comme le gouvernement sait qu'il n'atteindra pas son objectif de réduction du déficit public avec une croissance si faible, il pratique le même sport que ses prédécesseurs : le coup de rabot sur les dépenses publiques ! D'où la très faible revalorisation des retraites, en l'espèce inférieure à l'inflation donc avec perte de pouvoir d'achat, les coupes dans les aides sociales comme les allocations familiales ou les APL, la piste de la dégressivité du montant des allocations chômage, le possible report du prélèvement à la source qui renforcerait le sentiment d'une baisse de pouvoir d'achat, etc.

Pour éviter l'explosion sociale, le gouvernement concédera quelques prestations sociales qui évolueront avec l'inflation, comme le RSA, la prime d’activité, le minimum vieillesse (ASPA) et l’allocation pour les adultes handicapés (AAH). Mais cela ne suffira pas à calmer le mécontentement, qui désormais se cristallise à la fois contre le gouvernement (justifié) et contre les plus pauvres tous soupçonnés de profiter du système (injustifié). Quant à la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires, voilà une vieille lune qui incitera les entreprises à ne pas embaucher au moment même où le gouvernement ne jure que par le travail...

En définitive, la politique économique d'Emmanuel Macron apparaît désormais pour ce qu'elle est véritablement, à savoir une politique qui privilégie les entreprises et les plus riches au détriment des pauvres, des retraités et des classes moyennes :

P.S. : l'image de ce billet provient d'un billet du blog http://cgtstgobainbatiment.blogspot.com/2018/


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