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619_ Le train d’Erlingen, Boualem Sansal

Publié le 10 septembre 2018 par Ahmed Hanifi

Le samedi 1° septembre, j'achetai le roman de Boualem Sansal, Le train d'Erlinger. Le lendemain, dimanche 2 septembre, eut lieu une importante manifestation de néo-nazis dans la ville de Chemnitz (ex RDA), en Allemagne, contre les « envahisseurs » (immigrés, réfugiés…), essentiellement musulmans.
« Si à nouveau des gens défilent aujourd'hui dans les rues en effectuant le salut nazi, notre histoire passée nous oblige à défendre résolument la démocratie » (Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, AFP 02 septembre 2018) --------
619_ Le train d’Erlingen, Boualem Sansal Dans son dernier roman, Le train d’Erlingen, Boualem Sansal développe une longue et profonde réflexion sur notre monde, « une chronique sur les temps qui courent », principalement sur les sociétés occidentales, naguère pourvoyeuses d’émigrants désirés par l’Amérique, et aujourd’hui cibles des immigrants du Sud majoritairement musulmans et de leurs « croyances pourries » et plus encore de l’islamisme (l’Islam ?) et sa « mainmise sur les zones fragiles de notre société ». L’auteur s’aventure – aussi – sur les terres opaques du questionnement de la liberté de conscience et donc de croyance, au risque d’alimenter la couche d’humus sur laquelle croissent l’amalgame et la stigmatisation. Le livre se clôt par plusieurs interrogations dont celle de savoir si le monde se dressera contre l’Islam ou s’il peut le soumettre, lui l’Islam (et non l’islamisme), dont « la mission est précisément de soumettre le monde » ? On est là autant dans de la littérature de témoignage « fondée sur une esthétique du vraisemblable » (Susan Rubin Suleiman, Le Roman à thèse) proche de La Soumission de Houellebecq, dans le développement d’une thèse – réitérée, une sorte de suite du précédent numéro –, que dans une fiction construite prodigieusement d’une main de maître. Ou peut-être dans un entre-deux.
La réflexion politique et philosophique, au centre de laquelle trônent côte à côte le transcendantalisme et la désobéissance civile de Henry David Thoreau ainsi que le discours-combat tenace désormais connu de l’auteur contre l’islamisme (l’Islam ?), est accompagnée ou portée par l’imaginaire complexe et enchanteur de l’auteur, qui non seulement invente « une terre nouvelle et un ciel nouveau » (G. Durand), mais aussi nous fait prendre la réalité pourun fantasme et inversement.
Boualem Sansal, empruntant d’une certaine manière l’exergue des deux parties du livre à Dante écrit : «  Toi qui entres dans ce livre, abandonne tout espoir de distinguer la fantasmagorie de la réalité ». Et toute la difficulté vient de là justement. Comment raconter l’intrigue d’un roman complexe où se croisent des personnages « du monde réel » et d’autres « d’une réalité métamorphosée » de sorte que notre lecteur n’abandonne pas à la cinquième ligne ? Cela n’est possible que par la simplification que voici.
Dans sa forme le roman est constitué d’un prologue, de deux parties contenant une vingtaine de chapitres, d’un épilogue suivi d’un dernier chapitre et d’un Post-Scriptum (cf. infra). Deux personnages-clefs, deux femmes, chacune dans son espace-temps, rédigent des lettres à leur parente et prennent des notes en vue d’un futur roman. Les personnages vivent en France, en Allemagne, ou en Grande-Bretagne. Le premier, Léa Potier, écrit à sa maman Élisabeth. L’autre se nomme Ute Von Ebert, elle écrit à sa fille Hannah. Les écrits de Léa occupent la seconde partie du livre, ceux d’Ute la première. Commençons par la seconde partie.
Léa Potier
Léa est une jeune trentenaire qui vit à Londres. D’emblée elle nous apprend que sa mère, Élisabeth, est morte « bonjour ma maman chérie qui est (sic) au ciel ». Elle est morte un mois après sa sortie du coma à la suite d’une agression. Deux années auparavant elle prenait sa retraite, après avoir enseigné l’Histoire durant trois décennies dans un lycée de la Deuxième chance, « lycée Kaboul » ou « lycée Sing-Sing » dans le 9.3., département de la Seine Saint-Denis où elle habitait, dans un pavillon. Son agresseur, Laaziz, était un de ses anciens élèves. Léa a quitté la France où elle ne se considérait plus dans son pays. Il était interdit de parler des Serviteurs et de leurs croyances. « Par décret divin, ils ont nationalisé la Cité et lancé un puissant programme de soumission… Ils voulaient savoir si j’étais baptisée, si je portais une perruque… il y a eu du charabia derrière le voile… je suis née ici quand même, je ne suis pas un envahisseur… adieu la Seine-Saint-Denis, le cher 9.3 ! Étrangère pour étrangère autant l’être à l’étranger. »
Pour ne pas s’ennuyer et bien occuper sa retraite, Élisabeth répondit à une offre d’emploi en Allemagne pour « accompagner une enfant de onze ans dans son éducation », la jeune Cornélia (ou Nele) fille des riches Von Hornerberger. Léa suit avec bonheur la nouvelle vie de sa maman qui semble se plaire dans son nouveau travail. Lors d’un week-end, elle s’est rendue dans le port de Bremerhaven, au Musée des émigrés, puis un mois plus tard au musée de Hambourg. C’est pour la petite Cornelia qu’elle effectua ces déplacements. Il fallait à Élisabeth voir le port de Bremerhaven « cet endroit mythique d’où plus de sept millions d’Allemands embarquèrent pour l’Amérique au cours des 18 et 19° siècles. » Parmi ces émigrants, Victor Tamas Von Horneberger, l’arrière-grand-père de son employeur. Il embarqua en décembre 1831 sur le « Die neue Hansa ». Il fera « fortune dans la peau de castor », plus tard « dans l’exploitation des indigènes » en Amérique du Sud, avant de s’installer définitivement en Afrique du Sud où il devint Africaner, chef de police puis ministre des Mines. Ses descendants s’installeront à Londres et à Bremen.Toutes ces familles qui ont traversé l’atlantique pour le Nouveau Monde « ont vécu le mystère bouleversant de l’Exode, de l’Égypte vers la Terre promise, porteuses d’une espérance que rien ne pourra infléchir ». « Poussée par une force, Élisabeth s’arrêta devant un personnage de cire, un jeune homme petit, râblé, l’air rusé et entêté… qui s’appliquait de toutes ses forces à écrire une lettre ». Elle prit plusieurs photos du jeune homme et de la lettre qu’elle traduisit. L’émigrant s’adressait à ses parents, ses frères, sa sœur Ute, pour leur dire que tout allait pour le mieux. Cet homme de cire représente Ernst Hans-Günter Von Ebert qui avait embarqué sur le même bateau que l’aïeul des employeurs d’Élisabeth. Il était accompagné de son épouse Iris Wilhelmine Dana Rolf. Lui aussi fera fortune. Grâce à l’argent qu’il envoyait à sa famille, sa sœur Ute ouvrit une petite biscuiterie. Élisabeth voulait écrire une notice biographique sur l’arrière-grand-père de l’enfant et sur son voisin de voyage, qui, lui aussi, fit fortune en Amérique, sur sa femme, sur sa sœur Ute... Élisabeth « avait besoin de ces informations pour alimenter ses travaux pratiques », pour expliquer à Cornelia « qu’avec les autres il faut avoir des liens qui s’inscrivent dans l’histoire des siens et du monde. » 
La famille Von Ebert, du sommet à la base de la pyramide, et particulièrement Ute, la descendante et mystérieuse Ute responsable d’entreprise, a fait « une intrusion magique dans la vie de maman » écrit Léa qui veut comprendre ce qui lui est arrivé. En fait, deux histoires, l’une ancienne, l’autre inscrite dans notre temps, vont « converger vers Élisabeth et la prendre dans leur cours tumultueux ».
Lorsque le 13 novembre 2015, la France fut frappée par des attentats, Élisabeth quitta l’Allemagne pour rejoindre son pavillon. Il lui fallait faire quelque chose. Avec des amis elle se rendit à Paris pour se recueillir devant le Bataclan, cible d’un des attentats islamistes. Mais alors qu’elle revenait de ce rassemblement, elle a été violemment agressée dans le métro, place de la République, « par des malabars patibulaires, l’air de mauvais poil. Ils portaient la tenue réglementaire du moudjahid, blouson sur gandoura, pantalon parachute à mi-mollet, barbe en bataille, et une pastille nécrosée sur le front ». La France explosait sous la violence de ses islamistes, l’air était comparable à celui des années 40. Élisabeth fut hospitalisée. Elle plongea dans le coma durant quelques jours. Lorsqu’elle en est sortie elle « reprenait une figure humaine… elle parlait d’un monde que nous ne connaissions pas… elle s’adressait en allemand à des gens d’une autre vie… d’un ton fatigué, autoritaire même. » Élisabeth s’était-elle métamorphosée ? « Pour elle nous étions Hannah, Magda, Helmut ». Un autre monde, une autre réalité. L’infirmière dit « elle délire ». Puis elle revenait à la lucidité en remerciant ses amis d’être venus lui rendre visite, et sa fille d’avoir informé ses employeurs à Bremen. Elle avait mal à la hanche. Elle avait hâte de retrouver Cornelia. Léa dit avoir deux mamans en une. « Je lui téléphonais tous les jours et je me mettais à son diapason, je pouvais tomber sur maman et avoir une conversation bien familiale avec elle, comme je pouvais tomber sur Ute Von Ebert, mon autre mère en quelque sorte, et parler avec elle de toute autre chose, les menaces d’invasion et de fin du monde… » Sa conscience basculait sans que rien n’annonce le mouvement dit Léa. Et elle, répondait tantôt en étant Léa, tantôt en étant Hannah la fille d’Ute. « Hannah n’existait que comme rêve dans la tête d’un autre rêve nommé Ute. » Le médecin parlait d’oscillation de la conscience de soi non maîtrisée. Il y avait entre le monde d’Ute et celui d’Élisabeth « un lien par-delà le réel ». Léa n’a pas osé parler aux amis de sa mère, qui sont tous les jours à l’hôpital , car ils ne sont pas comme elle, elle Léa, dans la théorie mais dans la réalité. Léa intègre de plus en plus le monde d’Ute, celui de sa ville Erlingen (il existe bien une ville au nord-ouest de Munich qui porte ce nom, mais la première « une théorie inventée » par Ute n’a rien à voir avec la seconde.)
Ute Von Ebert
Ute Von Ebert, descendante d’Ernst Hans-Günter Von Ebert, est cette autre femme qui, comme Léa, rédige des lettres à un membre de sa famille – sa fille en l’occurrence, Hannah, qui réside à Londres – et des notes en vue d’écrire un roman. Ute est à la tête d’une grande entreprise de biscuits « mondialement connue ». La situation qui prévaut dans sa ville Erlingen qui est « infestée par les Ombres » (de la même engeance que celle qui hante – et pardonnez-moi – mon dernier roman, Le choc des Ombres) la panique. La ville est proche de l’anéantissement « la bombe n’est pas loin d’exploser ». Les jeunes fricotent avec l’ennemi, partagent ses idées. On dit « ennemi », mais le terme, une sorte de mot tronqué ou amalgame, « englobe toutes les hypothèses ». Ute est une radicale, elle est « pour le rentre-dedans et contre les services de déradicalisation » de ces gens, ces ennemis, ces « lâches et hideux » envahisseurs. Le malheur de la ville, « le début de la fin », a commencé lorsque le Conseil communal, incapable et veule, plutôt que de se mobiliser pour défendre la ville, prit la décision d’organiser la fuite devant l’ennemi « ce mystère archaïque surgi du néant… des envahisseurs dont la croyance regarde l’abîme plutôt que le ciel ». Ute accuse les pacifistes, ce sont eux les responsables de la situation. Eux qui, avec d’autres, préparent la fuite de la population, « la déportation » par train. Les heureux élus « porteront un brassard jaune, les policiers les reconnaîtront et sauront les protéger… Où les emmènera-t-on, dans quels camps seront-ils entassés ? » Il est normal et juste pour Ute de faire disparaître les pacifistes comme tous les lâches. « On en est arrivé à penser que la défaite et la soumission sont une solution satisfaisante » devant l’ennemi qui approche d’Erlingen. L’humanité n’avait jamais rencontré un ennemi de cet acabit ». Son nom « Petit village 2084 bis ». Et nous suivons le regard ou le doigt de Boualem Sansal, dirigé vers La fin du monde. Un hameau métamorphosé, une sorte d’Abistan avant l’heure, devenu amnésique par la soumission imposée par le glaive, ou par la soumission adoptée. La métamorphose peut bien être aussi « un phénomène collectif. » Mais Ute est prise de remords. Elle compare les sournois envahisseurs d’aujourd’hui aux envahisseurs qui, comme ses aïeux, se sont jetés sur l’Amérique et sur ses peuples qui « furent dépossédés de leurs terres, de leurs cultures, de leurs âmes ». Elle dit « nous aussi nous avons été envahisseurs… chez les Ebert la religion et la vie c’est l’argent et la gloire… c’est dur pour moi d’être l’héritière d’Ernst l’esclavagiste et la gardienne receleuse de son immense fortune. » Mais des différences importantes semblent séparer les deux types d’envahisseurs. Comme le dit Ute « chez les Ebert la religion et la vie c’est l’argent et la gloire », or pour ces envahisseurs la gloire c’est « la soumission du monde » à leur vérité exclusive. Une autre différence, cette fois entre les Indiens et les Européens, tous deux « envahis », les Indiens n’ont, contrairement aux Européens, envahi aucun autre peuple, ni sont à l’origine des monstrueux drames humains passés et actuels liés au changement climatique (inondations, érosions, désertification, migrations…), à la mondialisation (extrême pauvreté, impérialismes, guerres…) Une vie souterraine faite de résistance s’est organisée dans Erlingen et sa banlieue. « Une bande d’excités – est-il écrit dans un rapport de police – se réunit dans une librairie libertaire et dans un parc à ferraille. Ute prend part à cette mobilisation contre les envahisseurs. Mais la confusion voulue par l’auteur, où se croisent « réalité » et « fiction », persiste. Ute n’est pas dans sa peau, elle est dans celle que son rêve ou la fiction dictent « vous n’avez pas encore compris que nous sommes dans une fiction, un roman, la réalité ne se laisse pas abuser comme ça. » Nous sommes à la fois dans le roman et dans la confusion donc. À partir du rêve un petit film décousu s’est formé dans sa tête. Elle a mal à la hanche, elle y voit des bribes d’images, un train, un tunnel, des images qui explosent, une sirène… » des visages surgissent, elle entend des noms, celui de Léa, c’est que nous sommes – peut-être – à deux doigts de la place de la République et d’Élisabeth un certain novembre 2015. La confusion est totale. « Ce qui m’angoissait, ajoute Ute, c’est que dans mon rêve j’avais la parfaite conscience d’être dans le réel… oui je le savais, dans nos rêves la conscience est toujours là, dans un coin, veillant au grain, pour empêcher le naufrage dans la mort, pour nous rappeler que nous sommes dans la fiction, pas dans le réel… C’est affreux, quelque chose tourne en rond en moi, le réel et le rêve n’appartiennent pas à la même personne… comment savoir qui vit dans le rêve de l’autre et quel réel est à l’une et à l’autre… » Et si l’une est l’autre ? Il y a chez l’une comme chez l’autre, «  une quête de vérité que certains affirment posséder en exclusivité et vouloir imposer au monde. »
Architecture et écriture
Le roman se présente sous la forme de deux parties contenant des chapitres d’inégale longueur, 12 pour la première, 11 pour la seconde. Il faut ajouter un prologue, unépilogue, un dernier chapitre et un Post-Scriptum.
Dans la première partie du livre, celle d’Ute, intitulée « La réalité de la métamorphose », on compte 12 chapitres : quatre notes pour la prévision d’un roman qui portent chacune un titre comme « Le début de la fin », « La vie secrète des Ebert »…, deux notes de lecture elles aussi portant un titre, cinq lettres à sa fille dont le début commence par des mots écrits soit en italien soit en français,et un « chapitre additif »
Dans la seconde partie du livre, celle de Léa, dont le titre est « La métamorphose de la réalité », il y a 11 chapitres : six notes en prévision d’un roman à écrire ( la première est « Le temps des migrants », les quatre autres portent ce même titre « Au croisement de deux histoires » suivi de sous-titres différents, sur les six notes trois sont suivies d’extraits bibliques), deux notes de lecture, trois lettres à sa fille. À la suite de cette seconde partie, il y a un épilogue, un chapitre à propos du roman (interne au roman) et un Post-scriptum. Celui-ci est un e-mail de la jeune Cornelia/Nele adressé à Léa.
Dès l’exergue du roman, celui de Boualem Sansal, en page 11, l’auteur adresse ses « pensées reconnaissantes » à nombres d’auteurs, tous ceux qu’il a convoqués pour étayer son « discours » comme Kafka à propos de la métamorphose, Henry David Thoreau (et par conséquent Emerson) concernant le transcendantalisme (un barbarisme !), Dino Buzzati avec Le désert des Tartares ou la recherche/l’attente inassouvie, Buridan et le paradoxe de l’âne, Dante et l’Enfer (Divine Comédie), Virgil Gheorghiu et Les immortels d’Agapia (Boualem Sansal se fourvoie-t-il ? car enfin cet auteur prêtre orthodoxe radicalement anticommuniste, fut diplomate sous le règne du premier conducator roumain – extrême droite – et antisémite dans les années quarante), mais aussi Charles Baudelaire, Albert Camus et Sisyphe qu’il faut imaginer, « pourquoi pas heureux dans son enfer », Prévert, La Fontaine, Voltaire, Proust, Dumas, Beaumarchais… et jusqu’à des auteurs anonymes comme ceux ou celui qui écrivit « Le Traité des trois imposteurs », livre qui exista bel et bien !
Boualem Sansal ne nous déçoit pas, tant s’en faut. Ni par son discours radical ou si l’on préfère celui d’Ute ou même d’Élisabeth, ni par son style toujours aussi pétillant quoique je trouve qu’il n’y a pas suffisamment de nuance entre les narratrices. Leur langage est proche, que ce soit dans les lettres à la mère/ à la fille ou que ce soit dans les notes pour l’écriture du roman dans le roman… Les interventions d’Ute ne sont pas égales. Tantôt elle s’exprime en chef d’entreprise, tantôt comme une citoyenne ordinaire, tantôt en utilisant un jargon improbable. On retrouve l’écriture de Boualem Sansal, mais peu ses grandes embardées comme dans certains de ses précédents romans caractérisés par l’emphase et l’amplification. Voici un extrait du roman :
« Je n’ose penser à ce qui a pu se commettre en ces terres d’islam, Mahomet est la prunelle des yeux d’Allah, les fidèles tueraient leurs enfants dans le ventre de leurs mères pour un seul de ses cheveux. Des rumeurs terrifiantes remontaient du Bosphore, le calife aurait envoyé des séides en Europe, à Amsterdam, Kiel, Oslo, Paris, Bâle, Genève, Lyon, partout où des éditeurs perfides se sont fait l’habitude de dénigrer la vraie religion et de moquer son prophète. Une liste de présumés coupables fut dressée, ils étaient voués à être enlevés et conduits devant le Grand Turc qui promettait de leur arracher le foi et de le dévorer cru, selon une certaine tradition arabique qu’il souhaitait actualiser et imposer sur les champs de bataille, tant pour le pouvoir d’excitation qu’elle exerce sur les troupes que pour le potentiel de terreur qu’elle exerce sur l’ennemi, et sur laquelle je me suis documenté tant elle m’a paru extraordinaire. »
Une perle, au-delà du discours.
Ahmed Hanifi, auteur. Marseille, 10 septembre 2018
LE TRAIN D’ERLINGEN ou La métamorphose de Dieu Boualem SANSAL_ Ed Gallimard- 2018. 248 pages.

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