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Allocution de Richard Ferrand, élu Président de l'Assemblée Nationale, le 12 septembre 2018 à Paris (texte intégral)

Publié le 12 septembre 2018 par Sylvainrakotoarison

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180913-richard-ferrand.html
Allocution de Richard Ferrand, élu Président de l'Assemblée Nationale, le 12 septembre 2018 au Palais-Bourbon à Paris (ainsi que retranscription de la séance publique associée).
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures trente, est reprise à dix-huit heures vingt.)
Mme la présidente. La séance est reprise.
Mes chers collègues, voici le résultat du scrutin pour l'élection du président de l'Assemblée nationale.
Nombre de votants : 505
Bulletins blancs ou nuls : 21
Nombre de suffrages exprimés : 484
Majorité absolue : 243
Ont obtenu :
M. Richard Ferrand : 254 voix (Mmes et MM. les députés du groupe LaREM se lèvent et applaudissent longuement, de même que de nombreux députés du groupe MODEM.)
M. Pierre Cordier. Pas terrible !
Mme la présidente. Mme Annie Genevard : 95 voix (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR. - Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
M. Marc Fesneau : 86 voix (Mmes et MM. les députés du groupe MODEM se lèvent et applaudissent longuement, de même que plusieurs députés du groupe LaREM. - Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur quelques bancs du groupe LR.)
Mme Ericka Bareigts : 31 voix (Applaudissements sur les bancs du groupe Socialistes et sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme Mathilde Panot : 17 voix (Applaudissements sur les bancs du groupe FI, sur plusieurs bancs des groupes Socialistes et apparentés et GDR ainsi que sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Autre : 1 voix
M. Richard Ferrand ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés, je le proclame président de l'Assemblée nationale et je l'invite à prendre place au fauteuil présidentiel. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent longuement. - Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR, UDI-Agir, Socialistes et GDR.)
M. Pierre Cordier. Petite majorité ! (Nombreuses exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Plusieurs députés du groupe LaREM. Jaloux !
M. Jacques Marilossian. Petite réflexion surtout !
(À dix-huit heures vingt-cinq, M. Richard Ferrand remplace Mme Carole Bureau-Bonnard au fauteuil de la présidence.)
Présidence de M. Richard Ferrand
M. le président. Monsieur le Premier ministre, monsieur le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, madame et messieurs les présidents de groupe, mes chers collègues, c'est avec une profonde humilité, mêlée de gravité, que je me suis présenté à vos suffrages. C'est avec la même émotion que je m'adresse à vous au moment où vous me faites l'honneur de me confier la charge de présider nos travaux et notre institution. Notre assemblée, première et plus ancienne institution démocratique dont s'est doté notre pays, est indissociable des principes universels des droits de l'homme fondés par les immortels de la Révolution française.
Je suis un enfant de la campagne aveyronnaise, devenu Parisien une décennie, puis Breton d'adoption, dans le sillon de Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'État de François Mitterrand et mon prédécesseur dans ma circonscription d'élection. Je ne savais pas alors que tout commencerait en Finistère, ce bout du monde où je me suis enraciné. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Je n'avais pas programmé de me trouver un jour dans de telles circonstances, devant vous, députés de la nation, issus de tous les territoires et de toutes les familles de pensée. Et c'est avec un égal respect que je salue Annie Genevard, Ericka Bareigts, Mathilde Panot et Marc Fesneau, en leur disant que j'ai parfaitement conscience que mon élection est plus le fruit de réalités politiques majoritaires que l'issue d'une compétition de talents. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)
En ce moment qui touche au plus profond le fidèle amoureux de la République que je suis, les joies comme les peines de la vie envahissent l'esprit et fabriquent une forme inédite d'émotion intérieure. Accéder au " perchoir ", comme on dit, résulte d'une élection. Se hisser à la dignité et à l'exigence de la fonction relève d'un défi singulier, que je m'attacherai à relever. Là où je suis à cet instant me viennent à l'esprit la hauteur de vue de Jean-Louis Debré, le verbe ample et généreux de Philippe Séguin, la force de conviction de Louis Mermaz et d'Henri Emmanuelli, comme la passion républicaine de Claude Bartolone. Et comment ne pas saluer Laurent Fabius, qui préside au respect de notre Constitution, et François de Rugy, placé face aux enjeux vitaux de sauvegarde de notre planète ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
J'ai parlé de " gravité " au commencement de mon propos parce qu'au-delà des sentiments, il y a la vie politique, qui donne à ce moment une intensité particulière. Chacune et chacun d'entre nous est ici par la confiance que le peuple français a placée en lui. Chacun, ici, représente à égalité la nation, et c'est pour moi un honneur tout particulier d'avoir reçu la confiance des représentants de la nation.
La foi en l'avenir est une impérieuse nécessité face aux crispations du monde, à l'accélération des transitions et aux bouleversements qui génèrent doutes, guerres, souffrances, mais qui offrent aussi tant d'opportunités. Ce qui nous porte toutes et tous, je le sais, c'est la volonté de défendre une certaine idée de l'intérêt général et une conception du progrès et de la solidarité dans notre vie en société. Soyez certains, mes chers collègues, que je serai garant de cette pluralité de convictions et d'actions. Ne doutez pas, madame la présidente Valérie Rabault, messieurs les présidents Christian Jacob, Marc Fesneau, Franck Riester et Jean-Christophe Lagarde, Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne, de mon estime personnelle et de ma détermination à faire vivre les expressions démocratiques dans cet hémicycle. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur quelques bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)
Je suis fondamentalement attaché à des valeurs simples : le travail, la loyauté, le sens de l'honneur et le respect de la parole donnée. Ce sont là, à mes yeux, les traductions concrètes, effectives, dans la vie, de notre devise, " Liberté, égalité, fraternité " : liberté que rien ne peut entraver et que seule la loi peut encadrer, dans le respect de notre Constitution ; égalité qui donne à chaque citoyen le droit et les moyens de réussir sa vie, égalité entre les femmes et les hommes, qui implique qu'aucun citoyen ne soit entravé du fait de son sexe ; fraternité dans le rassemblement républicain. Rappelons aussi notre indéfectible attachement à la laïcité, qui garantit cette liberté intime et intérieure de croire ou de ne pas croire, et qui garantit la liberté des consciences comme la liberté des croyances, dans le strict respect des uns et des autres. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes MODEM et UDI-Agir.)
Mme Cécile Untermaier. Très bien !
M. le président. Notre institution est sacrée, et je veillerai de toute mon énergie à sa vigueur comme au respect qu'elle appelle, sans lesquels notre République serait mise à mal. Nos débats sont souvent passionnés, et nos comportements, généreux d'enthousiasme - disons-le ainsi. (Sourires.)
M. Pierre Cordier. C'est joliment dit !
M. le président. Veillons ensemble à ce que les passions légitimes qui nous animent ne dégradent pas l'idée que nos compatriotes peuvent se faire de nous collectivement. Veillons à ce que la pertinence soit toujours mieux entendue que la seule impertinence. Cherchons ensemble à éclairer plutôt qu'à briller, afin que le législateur que nous sommes trouve toujours ce qui répond le mieux à l'intérêt général. Nous savons tous que nous devons renforcer encore la confiance de nos compatriotes dans notre assemblée, non pas en nous justifiant en permanence sur telle rumeur ou telle caricature dont on connaît la violence, mais en faisant connaître la réalité du travail effectué et partagé, et surtout sa fécondité.
Au fond, nos compatriotes veulent comprendre pourquoi un gouvernement et une majorité portent tel projet, tiennent tel cap, et pourquoi tel groupe s'y oppose, tous légitimement, au nom de leur propre conception de l'intérêt général. Loin des arguties et des ergotages, nos débats doivent mettre en lumière, précisément, les réponses différentes que peuvent apporter les parlementaires à des questions concrètes. Comment doit-on produire et consommer aujourd'hui ? Comment va-t-on pouvoir se soigner, se loger, se transporter ? Comment raffermir le pacte républicain, reconquérir la promesse républicaine qui cimente notre société ? Autant d'interrogations qui, en vérité, font notre quotidien sans que cela soit toujours véritablement perçu, tandis que polémiques enflammées et joutes oratoires donnent l'impression de prendre le pas sur la réelle profondeur des débats.
Nous devons ensemble nous attacher à mieux faire connaître et à mieux partager ce que nous faisons ici tous ensemble, en persévérant dans la modernisation de notre institution. Mieux co-construire nos politiques publiques, évaluer en amont et en aval les textes proposés puis adoptés, privilégier les débats de fond, veiller à la séparation des pouvoirs, dans le strict respect des prérogatives du Parlement, faciliter le travail des députés : ce sont là les engagements que je prends devant vous. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir, sur plusieurs bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe Socialistes et apparentés.)
La rénovation de notre règlement intérieur, sans attendre l'aboutissement de la réforme constitutionnelle, sera l'un des grands chantiers auxquels je souhaite associer tous les groupes et leurs présidents.
Mes chers collègues, notre assemblée est belle. Elle est belle parce que, tous ensemble, nous sommes la diversité de la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR et GDR.) Elle est belle parce que nous sommes des citoyens engagés, qui portons avec ferveur le désir de servir notre peuple et notre pays. Notre assemblée est belle quand elle se saisit de ce qui fera la vie des générations futures. Notre assemblée est belle quand elle s'engage pour l'Europe, espace de paix qui rompt avec la malédiction des siècles passés. Notre assemblée est belle quand elle débat et embrasse des sujets qui dépassent de loin le seul champ de la législation nationale. Notre assemblée est belle quand elle travaille à donner les moyens à chacun de nos compatriotes de maîtriser son destin et de ne pas subir les seules évolutions du monde ou du marché. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Faire vivre notre devise nationale, c'est considérer qu'il n'y a pas de fatalité liée aux déterminismes sociaux - j'en porte témoignage. Je veux ici dire en particulier à tous les enseignants, à tous les professeurs de France que la République et l'Assemblée nationale les aiment et leur ont confié la plus belle des missions : émanciper par l'instruction et la bienveillance chaque enfant de France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs des groupes MODEM, UDI-Agir et Socialistes.) Il faut qu'ils sachent, car nous ne l'exprimons que trop rarement, que tout républicain sait ce que notre pays leur doit, hier comme aujourd'hui. Ils sont les républicains en première ligne, qui permettent l'éveil des consciences, qui rendent aptes aux rencontres et aux opportunités de l'existence.
Aux enfants, aux jeunes, je veux dire que la France est terre d'espoir pour chacun d'entre eux, et que nous sommes là pour leur ouvrir les chemins qu'il leur reviendra de choisir avec l'énergie de leur jeunesse.
Plus personnellement, je veux exprimer une pensée pour tous ceux qui m'ont fidèlement accompagné dans les différentes étapes qui m'ont conduit ici. Ils se reconnaîtront, à commencer par celle qui partage ma vie et, bien sûr, mes enfants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Ils se reconnaîtront là où ils sont, ceux qui m'ont jadis tant appris, tant donné, et ceux, toujours là, qui me donnent, encore et encore, soutien et énergie.
Permettez-moi, à ce stade, d'évoquer aussi le souvenir d'une amie, notre regrettée collègue Corinne Erhel, trop rapidement arrachée à notre affection, ainsi que le souvenir de mon compagnon de route et collaborateur Hervé Clabon, qui nous a quittés la semaine dernière. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)
Permettez-moi enfin de vous dire que je ne renoncerai à rien pour servir avec dévouement et détermination la responsabilité que vous m'avez confiée, pleinement conscient, comme me l'ont enseigné mes maîtres, que c'est notre honneur d'œuvrer pour une tâche dont nous ne verrons jamais le plein accomplissement. Je vous remercie. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM ainsi que MM. les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement. - Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir et sur plusieurs bancs des groupes LR, Socialistes et apparentés et GDR.)
Suspension et reprise de la séance
M. le président. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-huit heures quarante, est reprise à dix-huit heures cinquante-cinq, sous la présidence de M. Hugues Renson.)
Source : Assemblée Nationale.
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