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Santé et alimentation : alerte aux perturbateurs endocriniens dans nos assiettes

Publié le 20 septembre 2018 par Bioaddict @bioaddict
Les Européens sont fortement exposés aux perturbateurs endocriniens via les pesticides contenus dans les aliments, a constaté l'ONG Générations. En effet, 6 pesticides sur 10 seraient des perturbateurs du système hormonal capables d'entrainer notamment des cancers comme ceux du sein ou de la prostate en plein développement. Les autorités estiment que les consommateurs sont protégés en raison des faibles doses retrouvées, ce que contestent les scientifiques. Santé et alimentation : alerte aux perturbateurs endocriniens dans nos assiettes ¤¤ L'ONG Générations Futures montre pour la première fois, dans son étude EXPPERT 10 publiée en septembre 2018, que 6 résidus de pesticides sur 10 quantifiés dans l'alimentation européenne sont des perturbateurs endocriniens suspectés.

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances d'origine naturelle ou artificielle étrangères à l'organisme. Elles peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire de nombreux effets néfastes sur l'organisme d'un individu ou sur ses descendants. De nombreux pesticides ou biocides sont des PE avérés ou fortement suspectés.


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Afin d'évaluer l'exposition des européens, la France disposant de peu de données, l'ONG Générations Futures a passé au peigne fin les résultats des analyses d'aliments (fruits, légumes, céréales, produits animaux et aliments pour bébés) effectuées par les Etats-Membres de l'UE pour rechercher les résidus de 881 pesticides. En juillet 2018, l'Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) a publié ces résultats pour l'année 2016, la dernière connue.

Les analyses ont quantifié 109 843 résidus de pesticides dans 41 722 échantillons. Il s'agissait de perturbateurs endocriniens (PE) dans 69 433 cas, selon la base de données TEDX* qui regroupe 1457 molécules ou familles de molécules PE (août 2018).

Parmi ces produits, le fongicide boscalid est le plus présent : il a été quantifié dans 6815 échantillons. " C'est un record ! ", souligne Générations Futures. L'ONG conclut que les aliments sont une source majeure d'exposition. En effet, un rapide calcul montre que près de 6 pesticides sur 10 ingérés par les européens sont des perturbateurs endocriniens.

Le coût des PE en Europe estimé à plus de 150 milliards d'euros par an

Pour autant, les autorités européennes se veulent rassurantes car elles estiment que 96,2% des échantillons analysés ont des concentrations très faibles voire inferieures aux limites maximales de résidus. Elles se basent sur un principe admis en toxicologie, qui remonte au 15e siècle, selon lequel la dose fait le poison et il n'y aurait aucun effet toxique en dessous d'un certain seuil. Mais les scientifiques constatent aujourd'hui qu'en matière de perturbateurs endocriniens, ce n'est pas seulement la dose mais également la période d'exposition qui est importante. Les foetus, les jeunes enfants sont particulièrement sensibles, même à très faibles doses. D'autre part, on sait maintenant que les doses se cumulent à travers de multiples aliments sans connaître pour autant les effets de ces " cocktails ". Enfin, l'effet des PE peut même être transgénérationnel, en ce sens ils sont des bombes à retardement.
Les perturbateurs endocriniens sont impliqués notamment dans les cancers hormono-dépendants comme celui du sein ou de la prostate.
Le coût de ces poisons a été estimé à plus de 150 milliards d'euros par an en Europe.

Une deuxième stratégie en préparation manquerait de mesures fortes

" Il faut donc mettre en place des actions prioritaires pour conduire à la disparition à terme de ces pesticides perturbateurs endocriniens de notre agriculture et de notre alimentation et mettre en place des mesures efficaces, tout particulièrement dans la future Stratégie nationale Perturbateurs Endocriniens, actuellement en discussion ", a déclaré François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

La France a déjà établi une première Stratégie Nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) sous le ministère de Ségolène Royal. Mais elle n'a pas obtenu les effets escomptés. En février de cette année, un rapport de l'IGAS, du CGEDD et du CGAAER sur les PE dénonçait son manque d'efficacité et la nécessité d'amplifier ses objectifs. Une deuxième SNPE est donc en préparation mais elle ne contiendrait pas ou peu de mesures fortes. Une action sera nécessaire pour la faire évoluer vers une meilleure protection des populations, estime Générations futures qui s'y engage. La deuxième SNPE devrait être soumise au public prochainement.

Anne-Françoise Roger

* TEDX est l'organisation créée par la scientifique Theo Colborn, à l'origine de la découverte des phénomènes de perturbation endocrinienne.

Pour en savoir plus sur les perturbateurs endocriniens : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/perturbateurs-endocriniens


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