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Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à la Bavaria.

Publié le 23 septembre 2018 par Luc Roger @munichandco
Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à  la Bavaria.
Le 26 août 1869, le quotidien français Le National publiait la 12ème note de voyage de son chroniqueur Catulle Mendès qui se trouvait à Munich au moment des répétitions du premier Rheingold à Munich. Catulle Mendès profita de son séjour munichois pour découvrir la capitale bavaroise et relate son étrange expérience de la Wiese. Ce séducteur impénitent et farceur voulut visiter la gigantesque statue de la Bavaria :
"NOTES DE VOYAGE

XII  DANS UNE TÊTE
— Par l'orteil?  —  Par l'orteil. 
Nous entrâmes. Après une assez longue promenade dans le pied gauche, nous suivîmes la courbe du mollet, l'évasement de la cuisse, la concavité ronde des parties postérieures, et, obliquant vers la gauche, nous nous insinuâmes sous le renflement du nombril. Il faisait très chaud; nous crûmes opportun de nous reposer un instant. Nos forces reconquises, nous entreprîmes l'escalade périlleuse des vertèbres. La caverne pectorale nous sembla capable d'abrite plusieurs bêtes fauves: nous nous hâtâmes prudemment, et, rampant à l'intérieur du cou, franchissant la gorge, nous atteignîmes les mâchoires. Là, nous nous mîmes à rêver. Il faisait de plus en plus chaud; force nous fut de quitter notre redingote. Embarrassé par notre canne, notre parasol, nous fourrâmes le tout dans les narines, et, délivré d'un lest inutile, nous grimpâmes sans trop d'encombre dans les prunelles, où il nous parut bon de nous asseoir, les jambes pendantes hors de la pupille.         
Admirable spectacle! Munich groupait au-dessus de nous ses maisons rigidement alignées, les tourelles pesantes de ses églises, les galeries polychromes de ses édifices ; par delà la ville, se bossuaient dans l'azur chaud, lointaines et gracieuses, les montagnes confuses du Tyrol; et ce paysage immense, brûlé par le soleil de midi, crépitait de lumière. 
La chaleur devenait intolérable. Nous nous mîmes à l'abri sous la boîte osseuse, en tournant nos regards vers la nuque. Par une fente où nous appliquâmes instantanément une excellente lunette d'approche, il nous fut donné de distinguer le Panthéon, vaste monument semi-circulaire aux colonnades doriques. Là sont rangés, sur des piédestaux bas, les bustes des plus grands hommes de l'Allemagne. La tête de Hans Sachs, l'illustre cordonnier, rappelle celles de Gutemberg et de Jean de Leyde ; le baron de Cornélius est voisin du comte de Platen ; on n'oublie plus, quand on l'a vue une seule fois, la tête carrée et sublime du métaphysicien Wilhelm de Schelling. Mais il faisait décidément trop chaud. Nous descendîmes aussi rapidement qu'il nous fut possible, et par le chemin même qui avait vu notre ascension, avec cette seule différencie qn'entré par le pied gauche nous sortîmes par le pied droit. 
Le moment est-il venu de révéler aux lecteurs que le corps complaisant à l'intérieur duquel nous nous étions sournoisement introduit est une épouvantable statue de bronze, auprès de laquelle le colosse de Rhodes aurait l'air de la princesse Félicie? C'est la Bavaria elle-même, vaste femme qui brandit une couronne, pendant que veille à ses pieds un lion pacifique. 
Dans notre précipitation, nous avions oublié une de nos bottes dans l'une des narines de la Bavaria. Nous attendîmes pendant quelques instants, espérant que la statue éternuerait. Elle se garda bien d'en rien faire, et ce fut piteux et boiteux que nous nous traînâmes vers une voiture qui passait. "
Notre  commentaire
Peu de visiteurs de l'Oktoberfest savent que l'Allégorie de la Bavière, la grande statue qui domine la Theresienwiesen, se visite aussi de l'intérieur. Pour quelques euros, on peut pénétrer dans le corps de la BAVARIA, faire un peu d'escalade, et voir l'Oktoberfest comme peu de gens l'ont vue: au travers des yeux de Madame Bavaria elle-même!
L'histoire de la statue est fascinante. Un article bien documenté sur l'histoire de la statue se trouve sur Wikipedia.
La Bavaria se visite d'avril à la mi-octobre, de 9 à 18 H. 
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Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à  la Bavaria. La gueule du lion, vue de l'intérieur
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Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à  la Bavaria. Un angle intéressant sur la couronne de glands brandie par la Bavaria
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Anecdote munichoise: un Français sur la Wiesn. Quand Catulle Mendès rendait visite à  la Bavaria. Le regard intérieur de la Bavaria
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Crédit photographique: Luc Roger

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