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La Cagoule, de Bastien Fournier

Publié le 15 octobre 2018 par Francisrichard
La Cagoule, de Bastien Fournier

Visage mince, yeux bleus, sourcils clairs et épais. Guère davantage. La cagoule cachait tout, mangeait les traits, tassait, s'il y en avait, les cheveux et la barbe.

Autant dire que ce portrait-robot du prédateur n'avance à pas grand chose, que cela est bien insuffisant pour le reconnaître avant qu'il ne recommence à sévir.

Tout ce qu'on sait de lui, c'est que pendant une vingtaine d'années il a fait abstinence et qu'il ne se contente plus - si c'est bien lui - de violer, désormais il tue.

Son théâtre d'opérations, c'est la forêt alpestre. C'est d'ailleurs bien là, en ces lieux, qu'est découvert le corps d'une femme, victime du premier meurtre de La Cagoule:

La forêt tout entière avait l'air malade; et les squelettes nus d'arbres effondrés, foudroyés par l'orage ou morts de vieillesse, traçaient des axes obliques dans le peuple des troncs verticaux. Lichens et champignons étaient la pourriture de ce cimetière végétal.

On s'y croirait. On pourrait même frisonner. Car c'est la nuit. Il y fait certainement froid et humide, même si Bastien Fournier ne le dit pas expressément.

Arthur Millet, aidé d'Amandine Copt, enquête. C'est un homme rond, veuf. Qui a élevé son fils Arnaud tout seul. Il a quelqu'une dans sa vie. Elle s'appelle Victoire, mais ils sont assez discrets.

Dans ce récit le mal apparaît froidement sous la lumière crue du rapport d'autopsie: traces de coups au visage et au ventre, fractures portant témoignage d'une chute ou d'une lutte, viol avéré.

C'est le résumé.

Certains détails de cette vie interrompue font frémir, comme celui-là:

Ceux qui lurent l'intégralité du texte apprirent que l'estomac de la victime contenait, à demi digérés, du poisson de mer, du jus de citron, des pommes de terre et des carottes cuites à l'eau.

Une seconde femme est trouvée peu après, inanimée, toujours en forêt, victime du même prédateur:

Les résultats des analyses génétiques confirmèrent que le violeur d'Agata Carreira et l'assassin de Christine Hiltbrunner ne formaient qu'une seule personne, la même que celle qui avait sévi près de vingt ans auparavant et qu'on n'avait pas trouvée.

Pourquoi l'encagoulé ne persévérerait-il pas? Pourquoi, même, ne s'enhardirait-il pas, fort de cette impunité?

Mais tout a une fin, n'est-ce pas? Alors l'auteur en fait une... Et le livre s'achève avec cette petite phrase:

Aussitôt il se mit à neiger.

Un peu de blancheur bienvenue, après tant de noirceur...

Francis Richard

La Cagoule, Bastien Fournier, 84 pages, L'Aire

Livres précédents:

L'assassinat de Rudolf Schumacher, L'Aire (2014)

La suppliante et autres textes, Lansman (2015)


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