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Le Septième Sceau. Un classique est-il nécessairement un bon film ?

Par Balndorn

Le Septième Sceau. Un classique est-il nécessairement un bon film ?
Résumé : De retour des croisades, un chevalier rencontre la Mort en chemin. Il lui propose une partie d’échecs afin de retarder l’échéance fatidique et trouver des réponses à ses questionnements sur la foi. Entre-temps, le chevalier et son écuyer vont faire la rencontre de plusieurs personnages intrigants, entre une famille de troubadours et une horde de dévots fanatiques…
Ça fait partie des classiques du cinéma. Ça définit une cinéphilie qui rend bien. Ç’a laissé des images cultes dans l’histoire du septième art. Et pourtant, après en avoir entendu parler durant des années, j’ai trouvé Le Septième Sceau d’une mortelle chiantise.
Représenter l’ordre métaphysique avec des moyens physiques ?
Avec Le Septième Sceau, Ingmar Bergman se heurte à un problème esthétique de premier ordre : comment figurer ce qui relève de la métaphysique ? On connaît la réponse. Parmi les scènes les plus connues du cinéma, on trouve celle du chevalier Antonius Block (Max von Sydow) jouant aux échecs avec la Mort (Bengt Ekerot) au sourire narquois sous sa sombre capuche.La partie d’échecs se déroule dans le plus austère paysage : au milieu de rochers déchiquetés par les vagues, au bout d’une lande battue par les vents, finisterre d’une Europe rongée par la Peste. Un décor épuré, où les petits détails qui témoignent de la vie n’ont pas de place, scène de théâtre idéale pour la pièce métaphysiquement macabre qu’est Le Septième Sceau.C’est cette radicale austérité qui m’a heurté de plein fouet. Le cinéma, art de l’enregistrement de la vie foisonnante, réduit à saisir des abstractions métaphysiques personnifiées ? Si ce n’est qu’on change de décors et que la caméra s’autorise de rares mouvements, en quoi est-ce différent du théâtre ? Et puis, pourquoi dépouiller la vie pour interroger de manière théologique sa squelettique nudité ?En outre, pourquoi ce choix de la figuration directe d’une abstraction ? Celle-ci mène immanquablement à sa caricature. Ainsi de la Mort s’amusant à scier le tronc d’un arbre où s’était réfugié un malheureux qui la fuyait ; on en rit jaune… Pourtant, le cinéma ne manque pas de moyens pour représenter une abstraction. À commencer par tous les procédés métaphoriques, qui déplacent le champ de l’action dans le domaine de l’idéal, voire du rêve, et évitent au demeurant de verser dans le ridicule en ne révélant pas des personnifications en panne de costume.
Ni grotesque ni sublime
Bergman a bien conscience de l’aridité de son propos. C’est pourquoi il met sur pied un contrepoint : le grotesque. Les comédiens Jof (Nils Poppe) et Mia (Bibi Andersson), leur collègue coureur de jupons, le forgeron cocu Plog et l’écuyer Jons (Gunnar Björnstrand) charrient blagues paillardes, grimaces puériles et singeries ridicules. Le grotesque du Septième sceausouffre doublement. D’une part, son humour prête plus au désespoir qu’au rire tant il est suranné et plus triste encore qu’un clown de cirque. D’autre part, il ne raccorde aucunement avec les sublimes (au sens que lui donne Victor Hugo dans sa Préface à Cromwell) questionnements théologiques qu’endure Block. Deux univers complètement opposés, qui non seulement minent la cohérence globale, et en outre aboutissent à des dialogues de sourds aberrants, tel celui où Block, mangeant les fraises sauvages qu’a gentiment cueillies Mia, s’interroge sur le sens de la vie et de la mort. Plombage d’ambiance garantie.Est-ce que Le Septième Sceau aurait « mal vieilli » ? J’en doute. Premièrement, parce que j’estime qu’une œuvre ne vieillit pas « bien » ou « mal » : si elle dispose d’une esth-éthique cohérente et solide, elle passera les âges sans soucis, autrement on l’oubliera. Secondement, car je pense que déjà en 1957 le film faisait vieillot, du fait précisément de ses choix esth-éthiques. Représenter la Mort en grand costume de parade, des chevaliers en tenue de bric et de broc et globalement le Moyen-Âge comme on l’imaginait au XIXe siècle (alors que les recherches historiques contemporaines déconstruisaient largement le mythe d’un « âge sombre ») rappelle davantage le cinéma des origines, dans la veine de Méliès – mais sans son humour – que le cinéma des années 50.Bref, Le Septième Sceau évoque ces vieux barbons qu’on retrouve dans les universités : professant des vérités intangibles sur le cinéma et d’un ennui mortel.
Le Septième Sceau. Un classique est-il nécessairement un bon film ?
Le Septième Sceau, Ingmar Bergman, (1957), ressortie 2018, 1h36
Maxime
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