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Les forestiers lancent l'alerte : "Les forêts françaises sont en danger"

Publié le 13 novembre 2018 par Bioaddict @bioaddict
Les forêts publiques vont-elles devenir des cultures intensives de bois destiné à l'industrie ou à l'énergie comme c'est déjà en partie le cas pour la forêt privée ? Des forestiers de l'Office national des forêts (ONF) le redoutent et ont organisé une marche à travers la France pour alerter sur les dangers que fait courir une mutation en cours, entrainée par des motifs économiques. Ils invitent les Français à agir pour protéger leurs forêts.

A voir absolument : le documentaire "Le Temps des forêts" de François-Xavier Drouet, sorti en septembre 2018.

Ce film dénonce l'exploitation abusive et démesurée de la nature, certaines forêts françaises étant devenues des "usines à bois", désertées par les animaux, traitées aux engrais et aux pesticides.

Synopsis : Symbole aux yeux des urbains d'une nature authentique, la forêt française vit une phase d'industrialisation sans précédent. Mécanisation lourde, monocultures, engrais et pesticides, la gestion forestière suit à vitesse accélérée le modèle agricole intensif. Du Limousin aux Landes, du Morvan aux Vosges, le film "Le Temps des forêts" propose un voyage au coeur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives. Forêt vivante ou désert boisé, les choix d'aujourd'hui dessineront le paysage de demain.

La bande-annonce est à découvrir sur le site www.kmbofilms.com/le-temps-des-forets.


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1/21 forestiers lancent l'alerte forestiers lancent l'alerte forestiers lancent l'alerte Du 17 septembre au 25 octobre 2018, les forestiers de l'Office national des forêts (ONF) ont marché à travers la France pour dire aux Français que leurs forêts sont en danger et qu'il faut les protéger.

Du 17 septembre au 25 octobre, ils ont marché à travers la France pour dire aux Français que leurs forêts sont en danger et qu'il faut les protéger. Des forestiers de l'Office national des forêts (ONF), réunis en intersyndicale, ont organisé une marche convergente de différentes régions de France, depuis Perpignan, Valence, Strasbourg et Mulhouse vers la célèbre forêt de chênes de Tronçais dans l'Allier, pour alerter et protester contre la " marchandisation " du patrimoine forestier. Des associatifs et de simples citoyens se sont joints à eux. En parallèle, une pétition en cours s'adresse aux ministères de l'Agriculture et de l'Ecologie.

Des plantations d'arbres désertées par les animaux et les végétaux

De quel danger s'agit-il ? Les forêts publiques qui couvrent 4, 6 millions d'hectares en France (et 6, 4 Mh en outre-mer) risqueraient de devenir peu à peu des productions intensives de bois. Nombre de forêts seraient remplacées par des plantations d'arbres serrées qui n'accueillent aucune vie. Celles qui existent en témoignent. On n'y entend aucun oiseau, on n'y voit aucun écureuil, aucun lapin, aucun chevreuil. Les plantes y sont rares. La vie du sol y est pauvre. Ces plantations sont l'ennemi de la biodiversité. Elles ne jouent plus leur rôle de filtration de l'air et de l'eau. Pire : elles polluent.

" Il s'agit de sylviculture intensive en monoculture, en cycle court, avec des traitements, des plans de récolte. Souvent une seule espèce est plantée et on court à la catastrophe en cas de maladie ", explique Patrice Martin, technicien forestier de l'intersyndicale qui a organisé la marche.

Un exemple : Le pin douglas en France, pour lequel la demande explose en raison notamment de sa croissance rapide, pourrait ainsi prendre peu à peu la place des autres conifères et des feuillus.

Des coupes rases qui laissent des espaces dévastés

Cette monoculture est adaptée à l'industrie du bois qui s'est équipée de machines de taille monstrueuse pour récolter et débiter les troncs d'arbre de plus en plus vite. Les scieries poussent à la production, surtout les plus récentes qui ont investi dans des équipements coûteux et doivent les amortir en débitant des volumes importants.

Comme pour les blés ou les maïs, les arbres cultivés sont traités avec des engrais et des pesticides avant d'être coupés tous en même temps, c'est ce que l'on appelle des coupes rases. Après ces coupes, de larges espaces sont dévastés, les sols durablement dégradés, l'eau n'y pénètre plus, elle ruisselle, emporte la boue et les polluants.

Sur le plan écologique, c'est un désastre. On retrouve tous les problèmes rencontrés en agriculture intensive mais à une échelle beaucoup plus grande : celle qui fait la différence entre un blé et un arbre. Ces zones seront dessouchées et replantées de jeunes arbres à croissance rapide qui auront à leur tour besoin de l'arsenal d'engrais et de pesticides pour croître.

La monoculture du bois, qui concerne surtout les forêts privées, est désormais courante dans le Limousin, les Landes, le Morvan et gagne du terrain partout en France, selon les forestiers. Mais jusque-là, la plupart des forêts publiques, domaniales et communales, conservent leur fonction de forêt, avec une grande diversité de plantes, de champignons, d'insectes, d'oiseaux, de mammifères. Elles sont les derniers refuges de biodiversité entre les zones construites ou artificialisées et les zones agricoles. Elles sont également des aires de détente et d'activité sportive pour les humains et particulièrement pour les urbains.

Des subventions en baisse pour l'entretien des forêts publiques

Pourquoi la forêt publique devrait-elle suivre ce modèle de sylviculture intensive ? Depuis le début des années 2000, le budget de l'Office national des forêts (ONF) chargé d'entretenir les forêts publiques françaises, est en baisse. L'Etat a décidé de réduire les subventions, demandant à l'ONF d'accroitre ses recettes qui proviennent essentiellement de la vente de bois. Mais loin d'être en hausse, les recettes dégringolent. En cause : les cours du bois principalement. Aussi, l'ONF est en déficit depuis plusieurs années.

" En 40 ans, le volume récolté dans les forêts domaniales a augmenté de 29% mais la recette correspondant à cette récolte a baissé de 40%. En 2016, les recettes de bois domaniales (258 M€) ne représentent plus que 29% des produits de l'ONF ", expliquent les syndicats des forestiers dans un document commun.

" Depuis 1973, le prix des grumes (troncs d'arbres avec leur écorce NDLR) feuillues et résineuses en euros constants est en baisse régulière ", confirment les forestiers privés.

Les coupes de bois doivent augmenter pour compenser la baisse des aides

Le gouvernement évoque un autre problème. Selon un document officiel présenté lors de la Cop 21 à Paris, la forêt publique française connaît " une sous-exploitation certaine ". Conséquences : le gouvernement demande à l'ONF d'accroitre les coupes à 80 millions de mètres cubes par an à l'horizon 2020 contre 60 millions en 2016. Cette décision s'est appuyée sur un calcul reconnu depuis comme erroné, qui évaluait l'accroissement de la matière " bois " (la croissance de la forêt) à 103 millions de m3 par an alors qu'il est proche de 90 millions de m3, alertent les forestiers de l'ONF. L'ONF annonce sur son site une production biologique nette inférieure, à 76 M de m3 par an.

" La forêt est désormais considérée comme un gisement purement économique ", regrette Patrice Martin.

Les forêts publiques sont-elles sous-exploitées ? Non, selon les forestiers. Bien qu'elles couvrent seulement 27% de la surface forestière française, elles produisent 34% des volumes de bois mis sur le marché. (lire le document de l'ONF, "La commercialisation des bois en six questions")

Des forêts sacrifiées pour satisfaire la demande du marché

Sacrifier des forêts entretenues avec soin depuis des décennies voire des siècles pour certaines comme celle de Tronçais, et planter des rangées d'arbres identiques sur des centaines d'hectares taraude les forestiers qui ont souvent choisi leur métier par vocation. Beaucoup résistent comme ils peuvent. Mais le malaise est profond, une quarantaine d'entre eux ont mis fin à leurs jours depuis le début de la réforme. Ils font également face à une politique managériale brutale pour imposer cette nouvelle philosophie forestière, qui s'accompagne de licenciements et de suppressions de postes dans un contexte de hausse de la charge de travail. L'ONF a perdu 20% de ses effectifs entre 2002 et 2014, elle compte aujourd'hui 9500 salariés (6300 fonctionnaires et 3200 ouvriers privés) contre 15 000 salariés en 1986. Des personnels hors ONF sont embauchés faisant penser à une privatisation rampante des services forestiers.

En marchant en octobre à travers la France, les forestiers ont dénoncé cet état de fait et signifié aux Français qu'ils devaient désormais agir pour protéger les forêts françaises. " La qualité première de la forêt est de filtrer l'air et l'eau, d'offrir des habitats biologiques, de jouer un rôle d'amortisseur dans le changement climatique par évapotranspiration et régulation de la température, et d'accueillir le public. Modifier la forêt serait une catastrophe environnementale ", prévient Patrice Martin.

Anne-Françoise Roger


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