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Le Grand Bain. Histoire d’Ô

Par Balndorn

Le Grand Bain. Histoire d’Ô
Résumé : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie...
Le Grand Bain, dernier film de Gilles Lellouche, pourrait porter comme sous-titre : « Histoire de mecs paumés en mal de virilité à l’ère du travail à la con ».Mais la fable de l’équipe de natation synchronisée masculine fonctionne mieux, car elle charrie un ensemble de valeurs positives utiles pour penser une société d’après la nôtre.
Les ronds et les carrés
Tout commence par des ronds et des carrés. Dans un générique qui s’amuse à retrouver ces formes dans une série d’objets, la voix-off de Mathieu Amalric constate amèrement que les froids et autoritaires carrés broient l’ingéniosité et la vitalité des ronds, et que ces deux mondes – celui des dominants, celui des dominé·e·s – demeurent résolument incompatibles. Toute la fable qui suit tend vers la maxime finale : « Oui, des ronds peuvent rentrer dans des carrés ».Est-ce à dire que, comme bon nombre de success stories, Le Grand Bain met en scène la transformation de dominé·e·s en dominants, de losers en winners ? Pas le moins du monde. Au contraire, Gilles Lellouche prend ces mythes libéraux pour ce qu’ils sont : de belles histoires qu’on se raconte collectivement, qui n’ont rien de vrai, et auxquelles on peut opposer d’autres histoires, qui, elles, laissent la part belle aux êtres humains.Qui sont-ils, ces dominés ? Des mecs de tous âges et de milieux sociaux divers : un chômeur de longue date dépressif (Mathieu Amalric), un chef d’usine dont l’autoritarisme ruine la famille (Guillaume Canet), un quinquagénaire (Jean-Hugues Anglade), cuisinier à la cantine scolaire du lycée de sa fille (Noée Abita, vue dans Ava) le jour, rock star dans les lotos la nuit, un patron (Benoit Poelvoorde) d’une PME de piscines géantes qui accumule les dettes… Bref, un kaléidoscope de ratés du modèle viriliste dominant. Des gens à qui des types imbus de leur personne rappellent que la natation synchronisée, même portée au rang de la compétition internationale, « c’est plutôt pour les filles », « ça fait pas très viril ».
Une aventure collective, un destin partagé
Tout ça pourrait virer à la revanche masculiniste d’un Fight Club. Lellouche se garde bien d’un tel massacre. Si ses personnages « réussissent » à leur manière, c’est collectivement, en tant que groupe où les forces de chacun se coalisent, plutôt qu’individuellement. « L’union fait la force » l’emporte sur le « You can do it ».Et les femmes, dans tout ça ? Sont-elles reléguées au rôle d’adjuvantes ou de miroirs des héros masculins ? Certes, elles occupent moins l’espace que leurs congénères en maillot une pièce. Mais symboliquement, elles tiennent le haut du pavé : ce sont deux entraîneuses qui mènent l’équipe masculine aux championnats du monde, c’est une épouse (Marina Foïs) qui tatane Amalric pour qu’il sorte de sa léthargie dépressive, et c’est une fille (Noée Abita) qui force son père à remettre en question son confort. Sans être fétichisées. Les entraîneuses sont elles aussi brisées : l’une (Leïla Bekhti), en fauteuil roulant, physiquement ; l’autre (Virginie Efira), alcoolique, moralement. Des êtres humains, en somme.Aussi, Le Grand Bain est un film résolument opératique. Il multiplie évidemment les traits d’humour, laisse également toute latitude aux acteurs et actrices pour déployer leur jeu, et culmine finalement dans une chorégraphie aquatique de grande beauté. De l’humour, on passe à la joie. Et c’est l’une des plus belles réussites du film : transformer des êtres pitoyables en sujets égaux (et non pas supérieurs) aux autres. Réintégrer des exclus dans la communauté morale au moyen de sentiments partagés.
Le Grand Bain. Histoire d’Ô
Le Grand Bain, Gilles Lellouche, 1h58, 2018
Maxime
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