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La méditation enseignée au Centre Dürckheim ?

Publié le 16 novembre 2018 par Acouphene

La méditation enseignée au Centre Dürckheim ?
C’est l’exercice désigné au Japon par le Kanji zazen.
Quel est son but ? L’éveil de l’être humain à sa vraie nature ; l’expérience de notre état de santé fondamental dont les symptômes sont ces qualités d’être qui manquent le plus à l’homme contemporain : le calme intérieur, la sérénité, la confiance, vivre l’âme en paix.
Lorsque l’homme vit dans l’ignorance de sa vraie nature il tombe dans l’angoisse et les états qui l’accompagnent : état d’être soucieux, inquiétude latente, peur souterraine et un cortège de symptômes parmi lesquels l’agitation intérieure, le stress, la dépression ou le burn-out.

Zazen. Est-ce un moyen pour atteindre ce but ?
Oui. A condition de ne pas pratiquer zazen pour après, pour plus tard. Ne pratiquez pas en vous appuyant sur une illusion du genre : « Si je pratique bien, alors, dans trois ans je pourrai enfin vivre l’âme en paix ! ». La spécificité des exercices proposés dans le monde du zen est de pratiquer un exercice maintenant pour maintenant. Ce faisant, toute personne qui pratique zazen découvre que pratiquer sans autre but que celui de pratiquer - sans but -  n’est pas sans effet.
Que signifie l’expression japonaise zazen ?
Za — signifie s’asseoir (non pas être assis pendant 25 minutes dans une posture fabriquée et maintenue). S’asseoir est une action engagée par le tout corps vivant dans son unité ; le corps que l’homme est (Leib). Za, c’est s’asseoir selon les intentions du corps-vivant ; en évitant les contre-actions (crispation / dissolution) qui entravent le vouloir de l’être.
Zen — c’est l’action d’accueillir ce qui se présente à travers les sens. N’est-il pas avéré que tout ce qui se présente à l’être humain - comme à l’animal - se présente à travers les sens, la sensation pure (et pas la pensée). L’expérience de la sensation pure est ce qu’on appelle la contemplation : sentir (voir, entendre) ce qui est senti sans examen de ce qui est senti à travers les processus mentaux.
Zazen est donc un exercice indissociablement corporel et spirituel.
Comme l’écrit, très justement, André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique : « Zazen c’est jouer le “corps” contre l’ego, la “respiration” contre le mental, “l’immobilité” contre l’agitation, “l’attention” contre l’emportement ». (1)
Le corps ! Il ne s’agit pas du corps objectivé dans le domaine des sciences ; il s’agit du tout corps-vivant (Leib) dans son unité, le corps que l’homme “est”.
La respiration ! Il ne sagit pas de se concentrer sur quelque chose : la respiration. Il s’agit de sentir que, en ce moment et pour ce moment : « Je inspire … Je expire … ».
L’immobilité ! L’absolue immobilité du tout corps-vivant que je suis est une action qui permet de voir ce qui ne peut être vu que dans la parfaite immobilité.
L’attention ! Ce processus du tout-corps vivant ne doit pas être assimilé au processus mental qu’est la conscience “de”. Il s’agit ici de l’attention ouverte, inclusive, qui coule, d’instant en instant, comme le souffle coule. Zazen n’est donc pas un exercice de développement personnel qui aurait pour but ce qu’on appelle curieusement aujourd’hui : l’homme augmenté (un ego augmenté ?).
Zazen c’est, au contraire, faire marche arrière, revenir à ce que nous sommes au commencement, à l’origine de notre existence : un être de nature.
Zazen est une rupture avec notre manière d’être habituelle, notre manière de faire habituelle et cette singulière croyance : « Moi je suis ce que je pense que je suis ! »
Zazen n’a pas pour but un « + » pour l’ego.

Questionnant Graf Dürckheim sur son immersion – pendant une dizaine d’années (1938-1947) – dans le monde du zen, il me dit : « Au début de mon séjour au Japon j’étais, comment dire, désorienté ! C’est paradoxal, n’est-ce pas. J’étais sincèrement décontenancé, parce que ce qu’on appelle les chemins de la sagesse en Orient et en Extême-Orient sont absolument étrangers à notre approche philosophique, psychanalytique et scientifique en Occident ».
La tentation actuelle de vouloir remplacer la méditation ancestrale (zazen) par une méditation dite moderne (parce que laïque et scientifique) trahit le refus de l’homme occidental d’accepter d’être désorienté, décontenancé, dérangé dans son approche du réel qu’est l’entendement ; un mot qui désigne la faculté intellectuelle de comprendre, de concevoir, de saisir ce qui est intelligible. Zazen est le domaine de la connaissance sensorielle et intuitive.
« La méditation zazen est la rencontre avec soi-même d’une façon jusqu’alors refoulée ou inconnue » (K.G. Dürckheim).

Jacques Castermane (1) Dictionnaire philosophique –André Comte-Sponville — puf — page 620

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