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Outlaw King. Le roi de boue

Par Balndorn
Outlaw King. Le roi de boue
Résumé : L'histoire vraie et inédite de Robert Bruce, noble vaincu de l'Écosse médiévale devenu roi contre son gré puis héros hors-la-loi en l'espace d'une année. Contraint à se battre pour sauver sa famille, son peuple et son pays de l'envahisseur anglais, Robert Bruce s'empare de la couronne écossaise et rassemble une troupe de soldats hétéroclites. Avec eux, il devra affronter la colère de l'armée la plus puissante au monde, menée par le féroce roi Édouard 1er et son imprévisible fils, le prince de Galles.
Vingt-trois ans après le film de Mel Gibson, Netflix aurait-il produit la suite de Braveheart ? Oui et non. Certes, Outlaw King s’inscrit bel et bien dans la temporalité de Braveheart, en reprenant le récit à la mort de William Wallace, et multiplie les références à l’œuvre de Gibson. Et pourtant, c’est bien un contrepied que David Mackenzie tend à l’idéologie viriliste et populiste portée par Braveheart.
Du roi de boue au roi debout
Rappelons l’image que Braveheart donnait de Robert de Bruce. Un roi lâche, motivé par ses seuls intérêts (alors que Wallace incarne les aspirations d’une nation) et traître envers son peuple. Dans la lignée de l’American monomyth, Mel Gibson considère que son héros (lui-même, en l’occurrence) dépasse et court-circuite les basses querelles politiciennes pour donner chair à une entité collective : la nation écossaise. Aussi caricaturée et folklorique qu’elle soit.David Mackenzie renverse la proposition. Désormais, c’est aux élites, figurées par Robert de Bruce (Chris Pine) et ses frères, de revenir au peuple. Écho de la crise des démocraties représentatives ? Peut-être.Quoi qu’il en soit, Bruce, à l’image de l’homme biblique, retourne à la terre. Dans la glaise la plus sale. À la fin du film, une image forte en dit long sur ce qu’est le système représentatif idéal : un volontaire pour rejoindre l’armée écossaise ne distingue pas le prétendant à la couronne d’Écosse des autres travailleurs occupés à creuser à pleines mains dans la boue. Tirons-en cette maxime du pouvoir représentationnel : pour être un roi debout, il faut avoir été un roi de boue.
Utopie du système représentatifCela ne signifie pas pour autant verser dans la crasse physique, image de la déchéance morale. Tout au long du film, la mise en scène s’applique à séparer l’épreuve corporelle qu’éprouvent Bruce et ses alliés de leur noble vertu. De ce principe découle une photographie claire et lumineuse, en cela bien différente de la martialité brouillonne de Braveheart, où s’enchaînaient les plans courts et secs. Dans Outlaw King, la mise en scène se place sous le signe du premier plan. Un plan-séquence qui dessine nettement les relations entre les protagonistes, les enjeux de pouvoirs entre Anglais et Écossais, et les caractères des personnages. Certes, le film ne reprend pas par la suite le procédé du plan-séquence ; mais sa grande lisibilité narrative demeure matricielle.En somme, Outlaw King ne révolutionnera peut-être pas le genre du film historique, mais il apporte, à travers la tumultueuse histoire de l’indépendance écossaise au XIVe siècle, une solide réflexion esth-éthique à propos du caractère représentatif de toute institution politique. On est, il est vrai, loin d’une démocratie directe ; mais encore plus des « frais de représentation » monarchico-présidentiels de quelques dirigeants d’aujourd’hui. 
Outlaw King. Le roi de boue
Outlaw King : Le roi hors-la-loi, David Mackenzie, 2018, 2h01
Maxime
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