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Miraï, ma petite sœur. L'enfance entre en éruption

Par Balndorn

Miraï, ma petite sœur. L'enfance entre en éruption
Résumé : Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalo-ma-gique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente !
Sorti le 26 décembre 2018, parmi les derniers films de l’année, Miraï, ma petite sœur n’a pas eu le temps de se glisser dans les palmarès et autres tops 10. Il serait temps de réviser ce jugement, à l’aune de la puissance émotionnelle et sensorielle que dégage le troisième long-métrage de Mamoru Hosoda.
Le fantastique au quotidien
Depuis Les Enfants loups, Ame et Yuki, son premier long-métrage sorti en 2012, Mamoru Hosoda trace des voies alternatives au studio Ghibli. Comme bon nombre de ses congénères, tel Hiromasa Yonebayashi, qui, avec Mary et la fleur de la sorcière, prenait ses distances avec le studio de Hayao Miyazaki, Hosoda rend hommage tout en se démarquant de l’emprise du géant des anime.Comme chez Ghibli, l’enfance est au cœur de la filmographie de Hosoda. Les Enfants loups exploraient l’adolescence, tiraillée entre socialités humaine et canine ; Le Garçon et la Bête(2015) la pré-adolescence d’un garçon déchiré entre frustration et brutalité ; avec Miraï, ma petite sœur, Hosoda remonte encore plus loin, jusqu’à la petite enfance. Dans un scénario qui n’est pas sans rappeler Mon Voisin Totoro, l’œuvre la plus jeune public de Miyazaki, Hosoda questionne avec tendresse les secousses familiales que peut provoquer l’arrivée d’un nouvel enfant dans le foyer d’un enfant unique – a fortiori un garçon de quatre ans. Bien des parents et d’anciens enfants se reconnaîtront dans les drames domestiques : la jalousie du grand frère, qui croit perdu l’amour de sa mère ; le père croulant sous les tâches ménagères ; le chien qui ne sait plus où donner de la tête…Comme Mon Voisin Totoro et les studios Ghibli, le fantastique s’immisce dans le quotidien le plus trivial. Non pas, dans une optique à la Pixar, pour l’arracher à son prosaïsme et l’entraîner vers d’exaltantes aventures ; mais, au contraire, pour en souligner la beauté des rituels du jour le jour. Dans Mon Voisin Totoro, le fantastique prenait l’apparence de la famille Totoro et du Chat-Bus ; dans Miraï, celui d’un arbre généalo-ma-gique, un chêne planté dans la cour de la maison près duquel le jeune Kun se retrouve propulsé dans le passé de sa famille, ou bien c’est son avenir qui revient dans le passé.
Une mise en scène éruptive
Cependant, on note là une différence de taille. Dans Mon Voisin Totoro, fantastique et quotidien cohabitent dans le même plan. La forêt enchantée jouxte la maison de Mei et Sasuke, de même que dans Kiki la petite sorcière l’héroïne éponyme vit au milieu d’une cité populeuse. Dans Miraï, comme dans Mary et la fleur de la sorcière, le fantastique appartient à un autre plan. Séparés par une barrière – spatiale (l’espace onirique de Mary) ou temporelle (l’arbre généalo-ma-gique de Miraï), les deux mondes ne communiquent plus que sur un mode éruptif, au contraire des Miyazaki susmentionnés qui employaient un serein dialogue.Visuellement, c’est en effet le motif de l’éruption, ce jaillissement spontané et brutal d’une énergie, d’une matière, qui domine la mise en scène, là où précédemment coulait un long fleuve tranquille mêlant indistinctement en ses eaux fantastique et quotidien. Songeons, dans Miraï, aux magnifiques scènes en travelling où la Miraï de l’avenir transporte son petit grand frère du passé dans les mémoires familiales. Sur ce point, Miraï et Mary doivent beaucoup à un anime plus adulte, l’un des chefs-d’œuvre de l’année 2016 (lui aussi sorti en fin d’année) : Your Name. Avec une extraordinaire maestria, le cinéaste Makoto Shinkai saisissait des arrachements météoritiques allant de pair avec des arrachements à soi-même, métaphores d’âmes adolescentes jamais à leur place – ou plutôt, qui ont pour place le monde. Your Namelui-même empruntait au Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata et à Miyazaki – mais qui au Japon ne se mesure pas au regard des deux Maîtres ? Mais c’était le Miyazaki sombre et violent, celui de Princesse Mononoké, de Nausicaä de la vallée du vent, du Château ambulant et du Voyage de Chihiro auquel se référait Shinkai.
Un autre regard sur l’enfance au Japon
Et le fait que la nouvelle génération d’auteurs d’anime se revendiquent de ce versant de Miyazaki n’a rien d’anodin. Vingt ans après Totoro, l’enfance au Japon n’a sans doute pas changé du tout au tout. Mais son image, presque. Car désormais, c’est la violence interne aux êtres et aux familles, considérée aussi bien de manière négative (force de destruction), tel Kun frappant sa petite sœur à coups de trains miniatures dans la figure, que positive (force d’émancipation), et non plus l’innocence et la curiosité enfantines, que privilégient les cinéastes. D’autant que chez Hosoda se distingue un trait spécifique : sa fascination pour les animaux. Elle était explicite dans Les Enfants loups et Le Garçon et la Bête. Dans Miraï, elle transparaît à travers Yuko, le chien de la maisonnée, et des hirondelles qui virevoltent dans les rêveries temporelles de Kun. De manière quasi-animiste, Hosoda lie passage dans un autre monde et animalité. À chaque fois, c’est un animal qui est le déclencheur – et bien souvent, le passeur et la destination – du fantastique. Rêve de sauvagerie ? En partie. Mais aussi, éloge de la liberté et de l’indétermination ontologique. 
Miraï, ma petite sœur. L'enfance entre en éruption
Miraï, ma petite sœur, Mamoru Hosoda, 2018, 1h38
Maxime 
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