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612ème semaine politique: comment Macron veut pulvériser le débat politique

Publié le 26 janvier 2019 par Juan
612ème semaine politique: comment Macron veut pulvériser le débat politique

Emmanuel Macron continue son show, une tournée baptisée Le Grand Débat, que l'on rebaptisera Grande Campagne puisqu'il s'agit de cela, pour les prochains scrutins, en faveur de la propagande macroniste. 


#1 Succès médiatique
Nul ne sait encore si la Grande Campagne est un succès populaire mais tous les médias dominants assurent qu'elle en sera une. On annonce 800 meetings, peut -être plus, les premières tenues attirent entre 80 personnes (à Paris, dans la belle salle du Conseil de Paris, vendredi 25 janvier) et 300 personnes, rarement plus.  Soyons généreux, prenons 300 participants en moyenne par débat, soit au final 300 000 personnes, peut être 500 000.
Pourtant, les moyens médiatiques sont démesurés:
  • Tous les éditocrates multiplient les commentaires sur l'exercice, la forme et pas que le fond. Ils applaudissent des deux mains.
  • Les chaînes d'informations accordent une antenne disproportionnée à cette Grande Campagne - BFMTV diffusait en direct les images du premier ministre en écoute silencieuse dans une salle à Sartrouville.
  • Les réponses de Macron sont sur-relayées que les commentaires critiques des anonymes. 
  • Emmanuel Macron lui-même fournit le show et nourrit la bête - Le 25 janvier, les caméras élyséennes sont encore là pour filmer la "venue surprise" de Jupiter à Bourg-de-Péage. 
  • La veille, le service public se plie à l'agenda présidentiel et consacre une émission entière à la Grande Campagne. 
Au final, c'est bien une overdose biaisée: des louanges à la tonne sur le Grand Débat, les grands ébats. Et des attaques en règle sur le mouvement des Gilets Jaunes.
#2 Le moment Hanouna
Le summum du ridicule n'est pas loin avec cette émission spéciale co-animée par l'animateur le plus condamné de France pour dérapages sexistes et homophobes, Cyril Hanouna et la secrétaire d’État à l'égalité Femmes/Hommes Marlène Schiappa, sur C8, vendredi 25 janvier. Cette dernière, peu avare en bêtises, s'exclama, joyeuse: « Un atelier du #GrandDebat, ça peut être n’importe quoi. » Et effectivement, ce fut le cas.
"Marlène Schiappa sera derrière moi avec un paperboard et elle notera toutes les idées qui nous seront soumises."  Cyril Hanouna, animateur de soirée.
Dès le lendemain, la presse dominante s'empresse de titrer sur les 7 propositions que l'émission a "fait émerger". Les mêmes qui raillaient, moquaient les propositions des Gilets Jaunes car elles n'émaneient pas de la représentation nationale ni du programme présidentiel s'extasient devant cet exercice télévisuel pour une raison simple: il est contrôlé à la source.
L'émission est un semi-flop: 1 million de téléspectateurs, mieux que la moyenne de la chaîne, mais un score deux fois moins élevé que l'émission de la veille sur France 2 pourtant considéré comme un échec. 98% des Français ont choisi une autre activité que de regarder ce cirque.
Sur le fond, on devrait se réjouir puisque la plupart de ces propositions heurte la doxa libérale de Jupiter,  mais en même temps Mme Simplette n'a rien promis. Et pour cause...
  • La suppression de la TVA sur les produits de première nécessité ou le réexamen des niches fiscales? La loi de Finances est votée. 
  • Une peine plancher pour l'évasion fiscale ? Mais l'évasion fiscale est ... légale. Contre la fraude fiscale, des durcissements similaires ont été rejetés par le gouvernement. 
  • Une révision des "cycles horaires" de la police ? Castaner, comme ses prédécesseurs se sont tus sur les heures sup non payées des forces de l'ordre depuis 2002. 
  • Une limitation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) aux TPE et PME ? On attend avec impatience la réaction du président des riches et des grandes entreprises. 
  • Le rétablissement de l'ISF ? Emmanuel Macron a déjà répété qu'il n'en serait pas question. 
  • L'augmentation de 2 à 4% du budget des hôpitaux ? Ce gouvernement a prévu de réduire d'un milliard par an le budget courant des hôpitaux.

#3 Faux Débat
612ème semaine politique: comment Macron veut pulvériser le débat politique La Grande Campagne est une initiative d'Emmanuel Macron, nul ne le conteste. C'est écrit sur la page d'accueil du site. Cet exercice de riposte fut contraint par la crise des Gilets Jaunes et est dénoncé comme tel par Chantal Jouanno. L'ancienne "écolo de droite", sarkozyste des débuts fustige la manipulation. Et pourtant, elle en a de l'expérience, en matière de déébats publics. C'est même son boulot que d'en piloter 80 par an. Elle en voit des débats publics depuis la Commission nationale du débat public qu'elle préside. Pourquoi une manipulation ? « Le principe d’un débat public, ce n’est pas de poser des questions aux Français, ce sont les Français qui vous posent des questions, eux qui s’expriment, eux qui disent ce qui leur tient à cœur » explique-t-elle. Macron choisit, arbitre, anime un débat censé le confronter aux doléances du peuple.
Les citoyens peuvent se poser trois questions: combien de temps peut-on participer ? Deux minutes. Combien de propositions seront retenues ? Aucune si elles contredisent la politique décidée par Macron.  Combien de thèmes sont possibles ? Quatre, quatre seulement, sélectionnés par l'Elysée. Le débat est encadré par des "fiches" et des "kits" préparés par la communication élyséenne.

#4 One-man-show Macron
Emmanuel Macron lui-même se pointe dans une réunion de la Grande Campagne. Jupiter avoue son renoncement à interdire le glyphosate. Trahison écologique ? Cette substance néfaste, principe actif du Round up récemment condamné aux États-Unis, est tellement utilisée par l'agro-industrie que Macron recule. Deux jours plus tard, Corinne Lepage rappelle à Jupiter sa responsabilité qui sera pénale: "nul doute que les juges français auront donc à se poser la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans cette inaction sanitaire."
Macron répète aussi la même formule-choc de sa tournée provinciale. Interrogé sur le rétablissement de l'ISF, comme lors de ses 2 rencontres filtrées avec les maires la semaine précédente, le jeune monarque réplique avec arrogance et raccourci: "Est-ce qu'il y a deux ans, quand il y avait l'ISF, on vivait mieux et il y avait moins de SDF ? Non." La réponse, qui ne vint pas puisque le droit de suite aux élucubrations présidentielles est interdit lors de ces shows ultra-contrôlés était simple: Est ce qu’il y a 2 ans, quand il y avait l’ISF, il y avait plus d’argent dans les caisses de l’Etat pour financer la solidarité ? Oui.
#5 Divisions de l'opposition
La campagne macroniste s'appuiera aussi sur l'irruption d'une liste "Gilets Jaunes" menée par une infirmière au chômage, un ex-référent macroniste de l'Oise et le soutien de Bernard Tapie, une liste contestée par des Gilets Jaunes. La division était inévitable. Mais cette récupération fait assurément le jeu du parti présidentiel tant elle divise encore davantage l'opposition.
Le macronisme est d'abord une opération de fragmentation politique à répétition. Sociologiquement minoritaire, cette über-classe ne s'en sort qu'en pulvérisant l'opposition en de multiples parties braillardes et apparaître ainsi seule en tête, par défaut. Une vingtaine de pourcent des foyers suffisent ainsi à tenir le pays, par défaut.
 

#6 Macron à droite
Macron progresse dans les sondages. La Grande Campagne lui fait du bien... à droite et au PS. L'effondrement de Laurent Wauquiez, clown sarkozyste propulsé par défaut à la tête des Républicains, profite à Macron. Les commentaires de la presse dominante font croire que ce réveil sondagier tient aux mesures sociales. "Manifestement, les annonces de décembre n'ont pas laissé les Français insensibles" commente un éditorialiste de RTL. Dans le détail, Macron ne progresse que dans les 6% de sympathisants socialistes et chez les sympathisants LR, plus nombreux.
#7 Le ruissèlement en échec
La publication du bilan du chômage en 2018 suscite des commentaires enthousiastes au flash de 19h de la radio publique France inter, vendredi 25 janvier. Alléluia ! De quoi se réjouit-on ? D'une baisse du chômage au dernier trimestre. Vraiment ?
Au 31 décembre 2018, le nombre d'inscrits à pôle emploi s'établit à 5 605 000 personnes en France métropolitaine (6 millions si l'on ajoute les DROM-POM-COM), en baisse de 0,3% sur 12 mois (-15 000). Dans le détail, le nombre de sans-activité baisse de 50 000, mais celui des travailleurs à temps partiel (catégories B et C) progresse de 35 000, pour l'essentiel chez les femmes et les plus de 50 ans. Sur un an, 544 000 personnes sont sorties des catégories A,B et C de pôle emploi (chômeurs en recherche active) au dernier trimestre, soit 0,3% de moins que l'année précédente. Pire, ce résultat masque que le nombre de radiations pour défaut d'actualisation a bondi de 5% sur un an (+2,8% au dernier trimestre). Radier pour faire baisser les statistiques, la méthode est connue.
Ces résultats sont aussi à, mettre en rapport avec le coût du "ruissèlement": la réduction des cotisations sociales (qui a déstabilisé les comptes sociaux) a été entamée voici 5 ans, et amplifiée par Macron, pour un coût total avoisinant les 120 milliards d'euros sur la périodes (100 milliards entre 2014 et 2017, puis à nouveau 20 en 2017): 120 milliards pour laisser filer le chômage de plus de 800 000 inscrits entre 2014 et 2018. 
Au bout de 4 ans, a-t-on le droit de parler de fiasco ?
#8 Payé au chômage ?
Dans son one-man show, Macron répète avec gourmandise cette mauvaise formule: le chômage indemnise trop bien, et cela décourage l'emploi. N'est-ce pas plutôt le faible niveau des salaires en France qui est en cause ? Mais qu'importe. L'argument lui-même tient mal la réalité: il faut deux années de cotisations chômage sans interruption pour être indemnisé pendant deux années maximum. Et 44% des chômeurs ne touchent aucune indemnisation.
Le nombre de chômeurs de plus d'un an a progressé de plus de 140 000 sur 12 mois, pour frôler les 2,9 million.
Alléluia!
#9 Le Pen ment
Quand Macron n'est pas sur l'estrade de sa Grande Campagne, il signe un traité à Aix-La-Chapelle avec la chancelière Angela Merkel. Ce fut l'occasion d'un concours d'intox. A l'extrême droite, Marine Le Pen raconte n'importe quoi, avec l'aplomb qu'on lui connait: " Je n’ai pas envie de partager le siège de la France au Conseil de sécurité [de l’ONU] (…). Nous faisons par ce traité un pas supplémentaire vers cela ." Le traité dit au contraire l'inverse. Il ne s'agit pas de partager le siège de la France, mais de consacrer "l’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies" comme "une priorité de la diplomatie franco-allemande." Un sous-fifre de l'équipe de Dupont-Aignan renchérit avec un autre mensonge en déclarant que l'Alsace et la Lorraine allaient "repasser sous gestion allemande" et que "la langue administrative serait l’allemand". Faux et archi-faux... L'extrême droite se retrouve, aveuglée par sa xénophobie, vomissant ses mensonges.
#10 La supercherie européenne
En face, Macron n'est guère mieux. Il en fait des tonnes sur ce micro-traité. Le jeune monarque fait de grandes déclarations sur le manque de démocratie en Europe. Mais il s'accommode fort bien de cette Constitution pyramidale de la Vème République qui l'autorise à signer des traités qui engagent la France. Et justement ce traité engage la France dans une autre bêtise qui est aux antipodes des gargarismes macronistes en faveur de la revalorisation démocratique de l'Union européenne. En effet, le traité d'Aix-La-Chapelle fige la politique diplomatique des deux Etats: France et Allemagne agiront de concert au sein de l'Union Européenne. N'est-ce pas sympa pour les 25 autres Etats membres ?
#11 Macron applaudit un putsch
Au Venezuela, l'un des leaders de l'opposition, président de l'Assemblée nationale, s'auto-proclame président avec le soutien de l'administration Trump. L'autocrate Maduro est mal en point, l'armée semble le lâcher. Mais Emmanuel Macron est l'un des premiers dirigeants, après Trump, à reconnaître le putchiste. Finalement, les putschs ont du bon en Macronista.
#12 Protection de l'enfance
Macron enrichit son gouvernement d'un secrétaire d'Etat à la protection de l'enfance. L'heureux élu, Adrien Taquet, était député macroniste et vota avec joie et fierté l'enfermement des mineurs migrants lors de la loi Asile et immigration. Il parait qu'il est spécialiste des questions de handicap. Tellement spécialiste qu'il a été enfariné par deux représentantes de l'association Handi-Social en novembre dernier à cause de la loi Elan (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique) qui prévoit la réduction de 100% à 20% de logements accessibles aux personnes handicapées dans la construction neuve.
612ème semaine politique: comment Macron veut pulvériser le débat politique #13 Ficher les Gilets Jaunes
Jolie révélation du Canard Enchaîné, l'Elysée a enjoint les forces de l'ordre de ficher les Gilets Jaunes les plus visibles, les plus actifs. L'instruction est venue début janvier au Service Central du Renseignement Territorial. Le ministère de l'intérieur a démenti tout fichage ciblé, avant de reconnaître que les leaders le seraient.
Un ex de la DGSE témoigne sur la répression. Un policier également mais il est rapidement convoqué en conseil de discipline.
#14 Acte XI: le débat interdit.
Les Gilets Jaunes rebattent le pavé partout en France, samedi 26 janvier. Le gouvernement annonce une manifestation en baisse, avec un pic à 69 000 (contre 84 000 la semaine précédente), mais les moyens pour décourager étaient nombreux: à Paris, l'accès au parcours des manifestations était difficile voire impossible. Place de la République, la police n'attend pas la fin de la manifestation officielle pour chasser les manifestants. Au final, six blessés graves à Paris parmi les Gilets Jaunes. Des Black Blocs viennent attaquer la police, dérapages comme d'habitude. La police tire à, la grenade, et crève un œil, à l'une des figures pacifistes du mouvement.
 Ami.e macroniste, où es-tu ?

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