Sérotonine de Michel Houellebecq

Publié le 09 février 2019 par Paulo Lobo
Au début, pendant un certain nombre de pages, je confesse que j’ai été agacé, enfin pas vraiment surpris quand même, par l’habituel cynisme de l’écrivain, quand il décrit avec sarcasme les vices et conformismes de notre société.
Je confesse que j’ai eu du mal à tourner les pages jusque plus ou moins à la moitié du roman. Puis soudain, il y a quelque chose qui change dans le ton, l’écriture est envahie d’une infinie tristesse, le narrateur de plus en plus se met à nu, se désarme de tout affect et artifice, admet de plus en plus ses remords et ses regrets, parle de plus en plus au conditionnel. Tout en portant un regard extrêmement lucide sur la situation sociale et économique de la France, de l’Europe et du monde. Au cœur du livre d’ailleurs, on plonge très distinctement dans le climat de révolte traversant les couches les plus sacrifiées de la philosophie libérale-capitaliste dominante actuellement.
Le roman devient très beau, en même temps extrêmement désespéré, sans aucune issue possible, l’ironie mordante et la misanthropie laissent la place à une vision désabusée, presque nihiliste de l’existence, jusqu’à ce que surgissent, au crépuscule de tout, des fragiles lueurs touchant à la spiritualité. Houellebecq avouerait-il son besoin, sa quête de rédemption, voire une sorte de romantisme jusqu’au-boutiste ? Sous ses dehors de vieux grincheux, serait-il en réalité un moraliste au regard de braise ?
Tout cela étant dit, ce n’est pas exactement le livre à l’eau d’rose qui vous mettra du baume au cœur. Âmes sensibles s’abstenir.