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ma play-list de l'été

Par Richard Gonzalez

Mickey
Riez, Alpes-de-Haute-Provence, mai 2008


C'est magique ! La saison musicale est belle, riche et mérite plus qu'un coup d'oreille. Vous avez garni votre lecteur mp3 à ras bord avant d'aller rissoler sous le soleil introuvable? Inspirée par la tendance orageuse, le départ de PPDA et le prix effarant de l'autoroute à l'heure des fuites nucléaires, voici ma petite sélection d'albums. Parlez-moi de la vôtre !


Christophe : Aimer ce que nous sommes
C'est simple, je n'ai pas été touché à ce point par un album français depuis L'Imprudence de Bashung. Baigné d'une atmosphère impalpable, à la fois empesée et diffuse, ce millefeuilles en 13 tranches déroule la bande-son effroyablement belle et grave d'un été au bord de la mort - parfois la petite, parfois la grande. On y retrouve ici et là des bribes d'accords des Mots Bleus et de Senorita, mais concassés, déchirés, entre la résignation d'après l'amour et l'énergie du désespoir. Un grand disque, plein d'emphase désuète, sincère et féconde, le meilleur album de ce drôle de bonhomme attachant qu'est Christophe.


The Raconteurs : Consolers Of The Lonely
Rock'n'roll, baby ! Avec Jack White des White Stripes, ça ne pouvait que le faire. J'avais raté leur première livraison, je me console avec cet album fantastique, charnu, épileptique, héroïque, lyrique aussi ("Carolina Drama", ça me couic). Avec de vraies chansons dedans, ce qui ne gâte rien - à part les molaires.


The Tin Tings : We started nothing
Nostalgiques des B 52's, rangez vos mouchoirs! Voici de la pop électro-nique, babillarde et chic, funkylastique et jamais toc (ou alors juste pour rire), embrigadée par une chanteuse aux frais hoquets. Mon cher Bertrand, je suis moins keynésien que toi, mais là, on est bien d'accord.


Beck : Modern Guilt
Le blond génie scientologue confirme son retour dans les étoiles, après l'excellent The Information de 2006. Sa pop kaléidoscopique mord cette fois sur du blues cosmique, évoquant les Flaming Lips (que je vénère), badine avec un peu d'electrofunk aussi. Souvent assez proche, dans le fond, de son gainsbourien Sea Change (il y en a, du vague à l'âme, chez Beck, depuis six ans!) mais avec un sens retrouvé de la bricole qui nous ramènerait presque aux belles heures (inaccessibles désormais) d'Odelay.


Gonzales : Soft Power
Lui, je l'adore et pas seulement parce qu'il est mon quasi-homonyme. Gonzales est un magnifique entertainer aux talents protéiformes, boulimique de musique à tel point qu'incapable de sortir deux albums qui se ressemblent. Celui-ci, le cinquième, combine pop de plage, disco disney, slows de la-mort-qui-tue et refrains gorgés de miel de lavande avec une classe musicienne à faire pâlir d'envie cet eunuque de Mika.


The Fleet Foxes : Fleet Foxes
Chemises à carreaux not dead. Dans la famille Midlake, voici les bûcherons, une bande de barbus américains élevés au malt et au sirop d'orgeat, qui tricotent au crochet des chansons folk-pop bucoliques et chaudement embrumées. On en a la confirmation, les Beach Boys auraient pu chausser des pataugas : une splendide découverte harmonique, à défaut d'être très hormonale.


Coldplay : Viva La VidaOr Death And All His Friends
Un album produit par Brian Eno est forcément intéressant. Oui oui, j'aime bien le dernier Coldplay. Ca vous étonne?


The Nits : Doing The Dishes
Bientôt sexagénaires, les Nits ont livré en avril un CD gorgé d'énergie, de caisses claires et de guitares florissantes, la fleur aux dents et l'orteil dans le ruisseau. Leur album le plus dylanien dans l'âme (plus de la moitié de l'album s'acharne, sur un mode faussement badin, sur la guerre et la violence), aux mélodies simplifiées en apparence (à siffloter en faisant la vaisselle, d'où le titre) mais toujours pleines de chausse-trapes poétiques - pour qui sait encore les entendre...


The Wolf Parade : At Mount Zoomer
Le Canada sait y faire avec le rock depuis quelques années. On compare souvent Wolf Parade à Arcade Fire (même goût de l'envolée Bowienne), mais je les préfère à ces derniers : plus rustres, plus épiques aussi. Capable de pondre des morceaux de plus de dix minutes farcis de guitares et de voix et de breaks sans tomber dans l'épouvante, The Wolf Parade renoue avec un esprit seventies tamisé au grunge et griffé de branches de sapins. Le loup y est, oui.


The Dodos : Visiter
C'est fou tout ce qu'on peut créer avec une guitare acoustique et une batterie dès qu'on est Californien! Les Dodos sont fauchés et ne paient pas de mine mais ils ont l'art de faire brinquebaler avec une classe folle le peu qu'ils touchent. C'est fragile, ça s'ébrèche au moindre souffle, mais quelle lumière dans la voix, quelle énergie dans les méandreuses mélodies ! Allez, tous aux Dodos, ça nous réveillera!


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