Dominique A en concert à la Kulturfabrik Esch/Alzette

Publié le 24 février 2019 par Paulo Lobo

Il est 4h48 du matin. Je ferais mieux probablement de prendre un cahier et un stylo pour écrire. Mais je n’en ai pas sous la main. Et puis qu’est-ce que ça peut faire ? Dans ma tête, un air s’entête et se réentête, la poésie, chantée par Dominique A. Son concert hier soir. Ne m’a pas surpris. Si, un peu quand même, la dernière chanson « le courage des oiseaux » et l’étrange chorégraphie gesticulante de l’artiste, là il m’a scotché sur place. Il y a eu d’autres excellents moments. Le music-hall, l’océan, comment certains vivent, l’horizon, formidable horizon, il y a eu un déferlement de mots et un déchaînement de riffs, bon sang quand on m’a dit que ce serait un solo en scène acoustique, j’ai imaginé un long fleuve tranquille et suave, je ne m’attendais pas à tant de décibels, de rage et de tension, Dominique A est-il en guerre, non, il y a eu aussi le grand silence des campagnes, le chant fluide et lyrique, sur un tempo hypnotique, lancinant, un mix singulier de douceur et de hargne, une douce âpreté.

Très beau travail sur la lumière, les projections sur écran en arrière-plan, des paysages embarqués, des allers-retours entre le bitume et les champs. Le voyage. Dominique A nous fait ressentir les chemins et les espaces, les forêts et les parkings commerciaux, une France qui frémit, contemplative et planante, soucieuse et fugitive.

Les chansons démarrent comme un coup de fouet, nous plongent sans sommation dans un trip quasi psychédélique, la force des mots, le souffle du chant, on ferme les yeux et on se laisse emporter, on devient immortels le temps d’une comptine. Puis l’envoûtement s’arrête net, d’un coup brusque l’énergie et le son se fondent dans le silence, c’est ce que j’ai toujours aimé chez Dominique A, sa réinvention perpétuelle, il a beau chanter que tout sera comme avant, avec lui rien n’est jamais vraiment pareil, même ses airs les plus aimés sont réarrangés pour partir vers . Dominique A ne fait pas de concessions, il nous livre des pièces écrites/chantées qui ne caressent pas, c’est à prendre ou à laisser, il a l’art de manier les phrases, les textures, les images, avec lui on respire les rues, les places, les plaines, les plages, on respire le grand air gorgé de ciel vaste, il est dehors à regarder le temps qui passe sans lui, il laisse filer les choses et les gens, il laisse la fragilité nous happer, il laisse Éléor nous envahir. Par moments très électrique, sauvage, par moments un murmure à peine susurré, le chanteur et sa guitare dessinent des architectures à la fois complexes et d’une évidente clarté. 

Dans une salle comble, Dominique A savait qu’il n’avait que des amis fidèles dans le public, près de 300 âmes sensibles qui l’écoutaient religieusement et le gratifiaient de chaleureux applaudissements après chaque titre. Au revoir mon amour, d’une absolue pureté, je ne sais pas à qui je pourrais le comparer, unique, cérébral et émotionnel, Dominique A est un artiste majeur. Ok. Il est fort. On ne sait pas où ni quand, mais on sait qu’on le reverra.