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Les visages de Paris 1924, une déesse grecque nommée Diddie

Publié le 05 avril 2019 par Philostrate

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

   Si vous aviez demandé à un amateur de tennis des années 1920 son pronostic pour le tournoi féminin des Jeux olympiques à Paris, sa réponse aurait invariablement été : Suzanne Lenglen ! La diva des courts est alors au sommet de sa gloire, enchaînant les victoires dans son style aux inimitables arabesques aériennes. Tenante du titre remporté à Anvers quatre ans plus tôt, on ne voit pas trop qui pourrait l’empêcher de conserver l’or olympique en simple, qui plus est à domicile. Mais « La Divine », malade, doit finalement renoncer à la défense de son bien. Les regards des "sportsmen" avisés, habitués des cercles feutrés du tennis mondial, prédisent alors une finale entre l'Anglaise Kitty McKane, récente vainqueur de Wimbledon, et l'Américaine Helen Wills, double tenante du titre à l'US Open, lancée en 1924 à la conquête de l'Europe. C'était sans compter une jeune fille de 20 ans, que les amateurs ne vont plus désormais connaître que par son surnom.

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

   "Diddie", de son vrai nom Pénélope Julie Vlasto, a hérité ce curieux sobriquet de son père. Née dans une famille d'origine grecque installée à Marseille, elle n'est pourtant pas une inconnue des courts. Un an plus tôt, elle a en effet remporté à Cannes une première victoire de prestige face à Molla Mallory, Norvégienne naturalisée américaine, championne des Etats-Unis en titre. La jeune Diddie n'a pas de revers, ou presque, et ne peut compter que sur son coup droit pour remporter ses rencontres. Une lacune qu'elle va s'efforcer de combler grâce aux conseils d'Henri Darsonval, professeur respecté du Sporting club de Paris. Ses efforts sont récompensés en 1924 par un premier titre de champion de France. Mise en confiance par cette victoire, elle entame le tournoi olympique sur les courts en terre battue de Colombes par un succès en trois sets sur l'Américaine Eleanor Goss, une spécialiste du double. S'ensuit une autre victoire face à l'Anglaise Dorothy Shepherd, qui lui ouvre la porte des demi-finales. Là c'est une autre histoire : face à elle, une autre britannique, Kitty McKane, l'une des deux favorites pour l'or olympique, championne autrement plus expérimentée que la tendre Diddie. Menée 0-3 après avoir perdu le premier set sur une "roue de bicyclette" (0-6), la Française semble d'abord donner raison aux pronostiqueurs. Mais elle sert les dents, pour finalement s'imposer 7-5 dans la seconde manche. Bye, bye Diddie la débutante, bonjour Diddie la tornade ! Dans son élan, elle remporte le troisième set 6-1 et quelques semaines avant ses vingt ans s'offre en guise de cadeau une finale olympique.

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

   Sa belle aventure s'arrêtera là. En finale, elle ne peut rien face à l'Américaine Helen Wills, qui la bat sèchement 6-2, 6-2. Qu'importe, la médaille d'argent suffit à son bonheur. Avec Suzanne Lenglen, remise sur pied, elle va même former un double redoutable, qui remportera coup sur coup en 1925 et 1926 les Internationaux de France. Le magazine sportif "Match L'Intran" voit alors en elle une "grande championne du tennis français amateur, modèle de grâce esthétique et de charme". De quoi clouer la moustache au baron Pierre de Coubertin, qui mit si longtemps à reconnaître aux femmes le droit de briller sous le soleil olympique…

A découvrir aussi dans la série "Les visages de Paris 1924" : Pierre Chayriguès, Johnny Weismuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric.


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