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Moins-disant

Publié le 14 mai 2019 par Jean-Emmanuel Ducoin
Moins-disant

Nathalie Loiseau, l’ineffable tête de liste LaREM, a provoqué une belle polémique en évoquant la possibilité d’un Smic européen, fixant son montant à la moitié du revenu médian… 

Les fausses bonnes idées sont vieilles comme le monde: elles cachent toujours quelque chose. Ainsi en est-il du Smic européen proposé par certains, pourtant censé devenir l’une des pierres angulaires de toute politique sociale qui se respecte dans l’UE, et que tout citoyen authentiquement de gauche rêve bien sûr de voir mettre en place… mais pas à n’importe quelle condition! Nathalie Loiseau, l’ineffable tête de liste LaREM, a provoqué une belle polémique en évoquant la possibilité d’une telle idée, fixant son montant à la moitié du revenu médian… Nous n’accuserons pas l’affidée de Macron de vouloir absolument diminuer du jour au lendemain le Smic des Français, mais l’intention avouée révèle l’état d’esprit. Rappelons que 50% du salaire médian représenterait, en France, un Smic à 900 euros par mois, soit l’équivalent du seuil de pauvreté. L’idée est là, posée sur la table, dans toute sa logique: un nivellement par le bas.

Souvenons-nous que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, proposait la même chose, en 2014, pendant la campagne électorale des précédentes européennes. Vu les résultats – nuls – obtenus sous sa présidence, la proposition de Mme Loiseau, qui s’inscrit dans sa stricte filiation, provoque la crainte. D’autant qu’il n’est pas vain – sans aucune démagogie – de rappeler que M. Juncker perçoit un salaire de 32 000 euros mensuels, soit deux fois plus que le salaire moyen annuel d’un travailleur européen!

Afin de permettre à chacun de vivre décemment de son travail, notons que les économistes de gauche arrivent à un consensus concernant ce fameux Smic européen : au minimum 60% du salaire moyen, auquel il conviendrait d’ajouter une clause de non-régression sociale permettant à un État membre de s’opposer à toute décision de l’UE qui dégraderait les conditions de vie et de travail. Telles seraient les conditions d’une vraie réforme. Rien à voir avec celle que proposent les amis d’Emmanuel Macron. Quand ces gens-là parlent de «réforme», c’est toujours le mot détourné pour dire contre-réforme, voire contre-révolution. À chaque fois, il ne s’agit que d’un déplacement de la répartition de la valeur au bénéfice du capital: dérégulation, austérité, baisse du pouvoir d’achat, recul de la solidarité et des droits des travailleurs. En sémantique, les libéraux aiment les faux amis…

[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 15 mai 2019.]


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