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Critique Ciné : Douleur et Gloire (2019)

Publié le 11 juin 2019 par Delromainzika @cabreakingnews

Douleur et Gloire // De Pedro Almodovar. Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia et Leonardo Sbaraglia.


Cela faisait un bout de temps que Pedro Almodovar n’était pas repassé derrière la caméra (depuis Julieta en 2016) mais Douleur et Gloire a un arrière goût complètement différent, comme celui d’un film testament avant de mourir. C’est une sorte d’apogée de sa propre carrière qui permet de nous plonger dans un escalier émotionnel étonnant mais qui rend service au cinéma d’Almodovar comme je l’aime. C’est d’ailleurs probablement pour cela que ce film est pour moi l’un des meilleurs du réalisateur, où Antonio Banderas (La Pile que Habito, Attache Moi) brille par sa prestation d’homme au bout de sa propre vie, épuisé par le temps et un corps qui est en train de le lâcher. En vain, derrière cet homme détruit se cache quelque chose de riche. Oui, car Douleur et Gloire est un film riche en émotions et en idées qui viennent constamment nous replonger dans ce constat déprimant que plus l’on vieilli et plus on est moins jeune. Confronter le héros, Salvador, à cet ancien acteur qu’il a renié par le passé, permet aussi de faire un film testament sur la réconciliation. Je ne sais pas si Almodovar cherche à faire passer ici une métaphore mais c’est une aventure brillante, pleine de beaux moments d’amitié et de retrouvailles qui changent.

Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

Antonio Banderas mérite amplement son prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes tant sa façon d’incarner le personnage est brillante. Il vole la vedette à tout le monde, même à une Penelope Cruz rayonnante (mais aussi peu présente). On retrouve tout ce qui est cher au cinéma d’Almodovar, notamment cette façon de filmer les corps, à la fois ici broyés par le temps, mais aussi dans leur plus simple appareil de jeunesse (la scène du peintre et la façon de mettre en scène la nudité à ce moment rend le truc aussi érotique que touchant). Après Julieta qui était déjà chargé d’émotions, Almodovar confirme ici sa volonté de nous plonger dans un univers plus sombre mais teinté malgré tout d’une certaine forme de joie dans cette façon que le personnage principal a de reconstruire ses propres souvenirs. On retrouve aussi les couleurs vives qui viennent finalement apporter un peu de lumière dans une histoire pas toujours joyeuse tout en rendant hommage à tout un tas de chose notamment le désir. Les plus belles obsessions d’Almodovar sont toutes présentes dans Douleur et Gloire et j’en redemande rapidement.

Note : 9/10. En bref, un film essentiel dans une filmographie déjà bien remplie avec un Antonio Banderas brillant.


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