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660_ Périple 2019_ 8 _ Trabzon, Mardi 16 juillet 2019

Publié le 16 juillet 2019 par Ahmed Hanifi

  660_  Périple 2019_ 8 _ Trabzon, Mardi 16 juillet 2019  
Nous sommes stationnés dans le petit port de Trabzon. Nous y sommes depuis avant-hier. Nous avons quitté Amasra au km 5110. Le jeune homme du Han Cafe nous a dit deux choses, la première est que ce que nous entendions des haut-parleurs, et que d’autres entendaient ailleurs, en d’autres rues et places, était des annonces destinées aux résidants de la ville diffusés par la mairie « baladiyesi » de Amasra ; ce type d’annonces nous l’avions constaté dans d’autres villes comme à Safranbolu et cela nous avait étrangement plongés dans la Chine coco, la deuxième chose est que la météo prévoyait pour le lendemain une journée extrêmement pluvieuse pour toute la région, un véritable déluge. Cela tombait bien, nous avions prévu de ne pas y rester.

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20190710 port de Amasra

Dans la journée nous avons fait quelques courses. Le pain rond est très bon et pas cher (2 TL. 1€ = 6.23 TL), plus encore le Simit (sorte de bretzel, mais peu salé) qui se prend avec le café ou le thé. Nous avons également acheté des fruits et légumes, mais pas ces sortes de boudins pas très ragoûtants

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- Saucissons halal-sur la route de Cide

… Sur la grande place trônent les portraits d’Attaturk (on le voit souvent), images immenses tout comme la statue de bronze.

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A AMASRA COMME PARTOUT, ATTATURK


Nous avons pris la route côtière en direction de Sinop. Malgré les nombreux virages en lacets, les montées et descentes à 10% (ici on écrit « % 10 »), la route est correcte. Les paysages sont saisissants de beauté. La Turquie n’a rien à envier aux magnifiques espaces autrichiens ou allemands. J’y ai personnellement retrouvé un identique à l’environnement oranais de Aïn Franin et Kristel. Mais comment le décrire ? Les montées et descentes nous ont donné des sueurs froides, et le souvenir autrichien (la route à 18%) nous revenait sans cesse. À la première ville en bordure de mer, nous nous installons pour y reprendre nos esprits. Et comme souvent en Turquie, nous y avons trouvé un espace réservé aux sorties, pique-niques… Nous nous sommes installés à Cide.

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- A Cide - aire de pique-nique

Le temps a finalement tourné en une massive pluie d’orage durant une bonne heure. Des chiens allaient et venaient autour des véhicules en stationnement. Les gens leur offraient des gamelles d’eau, des morceaux de nourriture. Certains chiens sont badgés à l’oreille, nous a-t-on expliqués, indiquant ainsi qu’ils sont suivis par des équipes vétérinaires, et stérilisés. Au Bled, les chiens errant sont le plus souvent hélas, battus, chassés par des gamins oisifs, et détestés par les adultes (enfin, pas tous heureusement). Nous avons laissé Cide à la prévision météorologique, telle que nous l’avait avancée un garçon de café pour aller à Amasra. Mais la prévision se renouvelle ici.

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 Nuages vers Seydiler

Nous nous sommes dirigés vers Seydiler, à l’intérieur du pays par une route large, sans rapport avec celle de la veille. Au sommet Dagü, à 950 mètres, nous avons fait une halte sous les nuages accrochés aux montagnes. Nous avons bénéficié, si vous le permettez, d’une déclinaison de 10% sans avoir chaud, largeur (et double voie avec possibilité éventuelle de manœuvrer large) oblige.

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Petite mosquée sur la route

 De temps à autres sont disposés, sur le bord de la route, de petites mosquées (une pièce d’environ 10M2) avec minaret proportionnel. Non loin d’Agli nous avons échangé avec la personne en charge de l’entretien. Le mot « échange » est abusif, nous avons à peine dit quelques mots, chacun dans ses gestes et sa langue, même si, depuis notre arrivée nous savons dire Bay (homme), Bayan (femme), evet (oui), günaydin (bonjour), Tesekkür ederim (merci) anlamiyorum (je ne comprends pas) – merci le Routard ! En direction de Taskoprü, des bottes d’ail (aulx) sont ramassées dans les champs et vendus à proximités (10 TL, 1. 50 € pièce) à l’intérieur de cabanes toutes colorées de rouge appuyées par un inévitable drapeau turc. Le nombre d’étendards tendus aux fenêtres, plus ou moins grands, concurrence ceux de la Croatie. Peu de circulation depuis que nous avons quitté Cide jusqu’à Gerze. Il a plu au sommet des montagnes jusqu’à Kastamonu. La pluie a repris de plus belle à Hanonu jusqu’à Gerze sans discontinuer. L’hiver en été. Le lendemain nous avons quitté Gerzepour le camping de Ünye où nous nous sommes installés sur un sol trempé. 

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 COOOOOL....Camping Uzunkum- Ünye- 20190712

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  _ Camping Uzunkum- Ünye- 20190713

Un seul client, un Estonien perdu. Et nous. Puis sont arrivés des Allemands. Alors que nous, nous nous orientons vers l’Est, eux en arrivent et trouvent que la région frontalière turco-georgienne, n’est pas attirante. Nous souhaitions prendre une photo-clin d’oeil au niveau de l’entrée du village Ahmetoglu, mais nous l’avons raté. La plupart des cônes des minarets sont de couleur verte avec plusieurs de ses nuances, ils sont aussi de couleur bleue, blanche, grise, or… Entre Bafra et Samsun sur les terre-pleins de la route qui traverse plusieurs villes, sont accrochés à des lampadaires, des dessins figurant des volatiles, parfois des photos. Notre vocabulaire local s’est ainsi enrichi des mots d’oiseaux (très convenables) : Sütre yöukkuztgen, Saza horozu, Bymamhibasten, Kara, Kiskuzu (Quiscale), Angit (Angiti, le plus répertorié), Kenakliklikli. Le nom exact de ce dernier n’est pas garanti.
Des transporteurs routiers oranais (Karsan…) ont de qui tenir. Les chauffeurs de petits véhicules de transport roulent comme des fous, s’arrêtent un peu n’importe où. Les immatriculations des voitures turques sont identiques à celles qui prévalaient (et qui prévalent encore un peu) en France : 14_BY_641… Sauf que le « 641 » turc n’est pas un département comme le signifient les derniers chiffres de l’immatriculation française précédente (en fait, c’est ce que je pense, en réalité je n’en sais rien). Depuis Ünye, la côte de la Mer Noire semble être plus riche. L’architecture des immeubles, la route qui longe les villes et le bord de mer, ainsi que les animations nous font penser, relativement et toute proportion gardée, à la Côte d’Azur. Dans certains longs virages, à proximité des villes, une quantité impressionnante de feux clignotant (20, 40, plus ?) nous indique la dangerosité de la zone et nous invite par conséquent à la vigilance, « Yavas, Yavas ! » ( le terme est porté en lettres majuscules et en format triple X sur la chaussée), mais peu de véhicules en font cas. Ils passent comme des bolides, chacun y allant de sa frime démodée ou inconscience puérile. Les enjoliveurs de certains camions, minicars… sont exorbitants, globuleux et nous renvoient aux jeux antiques, romains.
Nous nous sommes posés dans le petit port de pèche de Trabzon (anciennement Trébizonde). Le beau temps semble être revenu. La ville fut fondée par des colons grecs vers le VII° siècle av. J.-C. Elle fut souvent « un des centres commerciaux et politiques majeurs de la côte sud de la mer Noire. Au Moyen Âge, elle fut une étape de la Route de la Soie. » (Pub). Le sultan Mehmed II s'empare de la ville en 1461 Dimanche soir, nous étions à notre apéro lorsqu’on a entendu « bonsoir ! ». Ce sont des Turco-français en vacances dans la région. Nous avons passé un bon moment à écouter de la musique, à échanger nos expériences. Ils sont tous deux, Carole et Patrice B., parisiens. Leurs points de vue sur la Turquie, la politique locale, son histoire… sont tranchés : des laïcs anti islamistes, contre donc Herdogan et admirateurs « du père de la Nation », Kemal Attaturk qui vantait le peuple turc en 1922 : «  Peuple de la Turquie, uni par la race, la religion et la culture… ». J’ai introduit quelques nuances quant à ma perception du cavalier Attaturk. Nos points de vue sur les stratégies occidentales de domination en œuvre ici et dans le Moyen-Orient, Maghreb… se rejoignent néanmoins. Lundi nous sommes montés au monastère de Sumela. 

660_  Périple 2019_ 8 _ Trabzon, Mardi 16 juillet 2019

 Monastère de Sumela 20190715

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 Monastère de Sumela 20190715

C’est à une cinquantaine de kms d’ici. Et ça grimpe (6 à 8% environ). Malgré la pluie incessante, les touristes (beaucoup de turcs et du Moyen-Orient) était très nombreux. Au-delà d’un point précis,

660_  Périple 2019_ 8 _ Trabzon, Mardi 16 juillet 2019

Monastère de Sumela 20190715_ La route dangereuse

les véhicules sont interdits. Il nous a fallu dont prendre un transporteur (minicar). Il ne me viendra jamais à l’idée de prendre la place du chauffeur, tant la route n’est pas une route, mais un chemin chaotique impressionnant tels ceux des montagnes d’Afghanistan ou d’Hymalaya que nous montrent avec jouissance et perversion les responsables de la télévision. Mais encore, nous avons dû grimper près de deux cents marches glissantes, pour enfin atteindre le monastère… vide de ses moines. Il est en rénovation. Un patrimoine inscrit à l’Unesco. Creusé à même la roche, il fut construit au temps de Théodore 1°. Dans la région montagneuse de Trabzon vivent les Lazes, c’est une importante ethnie géorgienne musulmane à la présence très ancienne. Le soir, sur la place principale

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TRABZON_ la fête  Lundi 20190715

une sorte de fête mêlant jeux, sport et politique, se tenait devant des centaines de personnes et plus encore de drapeaux turcs. Plus près de nous, sur le petit port, nous avons assisté à une autre fête avec danses et musiques locales. Nous n’avons pas eu le temps de Visiter le mondialement connu magasin de couteaux Sürmene et oublié de visiter l'ancienne église byzantine Sainte-Sophie (aujourd’hui musée). Ce matin un vent d’ouest s’est levé. Il rafraîchit l’atmosphère et cela fait du bien. Nous nous apprêtons à quitter Trabzon en direction toujours de l’Est. J’ai parcouru la presse algérienne, les pages FB… Je retiens que le Mouvement populaire continue. Plus que jamais. Le Quotidien d’Oran (samedi 13) écrit : « Le slogan-phare de cette 21ème action est « Etat civil et non militaire ». Et ce, en réponse au dernier discours de Gaid Salah. Les manifestants tenaient à l'édification d'un Etat civil « Non à la gestion de la République à partir des casernes », « primauté du civil sur le militaire » pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les protestataires. Les acteurs de ce mouvement populaire ont appelé à la libération des détenus et des manifestants emprisonnés : « libérez nos enfants », « libérez Lakhdar Bouragâa », « libérez les prisonniers d'opinion ». D'autres ont brandi les portraits des martyrs qui ont sacrifié leur vie pour l'indépendance de l'Algérie. Les familles de disparus étaient parmi les manifestants en train de réclamer une justice indépendante ainsi que la vérité et rien que la vérité sur la disparation de leurs enfants, lors de la décennie noire. » El Watan vendredi 12 juillet note : « Les manifestants scandent « Etat civil, non militaire », « Y’en a marre des généraux » et « Maranach habssine (nous ne nous arrêterons jamais) ! » et bien d’autres slogans très virulents ciblant particulièrement le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaid Salah. » La veille, jeudi, Lahouari Addi s’interroge sur sa page FB : « Comment interpréter le dernier discours de Gaid Salah?C'est peut-être le discours le plus agressif et le plus mauvais de Gaid Salah depuis le 22 février. Traiter de traîtres ceux qui demandent un Etat civil contredit de façon flagrante les différentes déclarations selon lesquelles l'ANP accompagne le hirak… De mon point de vue, le blocage va perdurer jusqu'à septembre-octobre. Si les manifestations du vendredi ne baissent pas en nombre, l'EM va céder du terrain pour discuter des prérogatives constitutionnelles du futur chef d'Etat à élire qui n'aura pas cependant d'autorité sur l'armée. Ce serait un compromis qu'une grande partie de la population accepterait. Ce serait un pas vers la construction de l'Etat en Algérie… »
Nous avons enlevé (depuis le premier jour) l’antenne parabolique, aussi, nous ne regardons pas la télé (française, ni aucune autre). La lecture du soir se referme avec les formidables pages de Sylvain Tesson. Je note concernant la télé dont certains journalistes (et leurs patrons) considèrent « qu’une phrase de plus de douze mots est trop longue pour l’attention du téléspectateur ». Cette télé où : «  … Des débatteurs écoeurants se harponnaient dans des cases, le nombre de morts d’une émeute arabe défilait dans un bandeau et les cours du Nasdaq clignotaient dans le coin gauche. Tout le fatras du monde se résorbait en chiffres… » (in Les amants).
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Il me semble vous avoir demandé de l’indulgence pour l’écriture trop rapide, peu soignée, c’est une gageure de reproduire convenablement nos sentiments, impressions et gérer le quotidien… et trouver un moment, un lieu avec du Wifi à débit correct. Ici, je vous renouvelle la demande.

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