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Céleste Albaret

Publié le 06 août 2019 par Christophefaurie
Céleste Albaret a été la gouvernante de Marcel Proust. France Culture a diffusé des interviews d'elle.
En voila encore une qui bat en brèche la campagne de désinformation des féministes. Elle épouse, à 21 ans, un chauffeur qui travaille pour Marcel Proust. (Chauffeur est à l'époque un très bon métier, qui permet d'accumuler les moyens d'acheter un commerce.) Celui-ci est plein d'attentions pour sa jeune femme, qui, elle, n'a envie de rien, et ne sort pas de leur appartement. Elle était si heureuse dans sa famille à la campagne... Proust a alors l'idée, pour l'égayer, de lui proposer de porter sa correspondance. La guerre arrive, les hommes sont mobilisés, quoi qu'elle ne sache pas faire grand chose, elle va petit à petit en venir à s'occuper de lui, et à s'installer chez lui. En fait, elle devient indispensable pour son travail. L'asthme épuise Proust. Céleste Albaret devine ses désirs, et lui évite tout effort.
Monde à la fois proche et lointain. Quartier de la gare Saint Lazare, lycée Condorcet... lieux que je fréquente depuis toujours. Mais aussi luxe inouï. Un exemple. Proust a les moyens de louer une partie du dernier étage du grand hôtel de Cabourg. Le personnel est à son service. Il est chez lui. Il achète un avion à un de ses amants. Partout, Proust vit dans son lit, entouré de gens qui préviennent ses caprices. On le coiffe, on le rase. Lorsqu'il sort de son appartement, c'est pour une soirée. Céleste veille. Elle devance son arrivée. Elle ouvre les portes. Apparemment, il n'a jamais su qu'elles avaient des clés. Il passe ensuite des heures à lui compter ce qu'il a vu.
Petit monde de la culture aussi. Voilà qui ne confirme pas les idées modernes selon lesquelles c'est de la concurrence que naît l'innovation. Les intellectuels sont peu nombreux, et se connaissent tous. Ce qui peut avoir des effets inattendus. Quand Proust envoie Du côté de chez Swann à Gallimard, le paquet lui est retourné sans être ouvert. Gide le prend pour un dilettante, pas sérieux.
L'histoire de Céleste et de Marcel montre que la France du début du vingtième siècle a une culture qui nous est aussi impénétrable que celle des Pygmées. Pour l'approcher, il faut procéder comme les anthropologues, qui ne cherchent pas à juger, mais à comprendre.

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