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Captain Marvel. Adieu au patriarcat, vive le combat

Par Balndorn
Captain Marvel. Adieu au patriarcat, vive le combat
Résumé : Captain Marvel raconte l’histoire de Carol Danvers qui va devenir l’une des super-héroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se révèle l’enjeu d’une guerre galactique entre deux races extraterrestres.
« Dis-moi comment tu te bats, et je te dirai qui tu es », écrivais-je en ouverture d’un article de 2016 consacré aux représentations des combattantes au cinéma. Ma conclusion était alors des plus déceptives :« La guerrière n'est bien trop souvent considérée que comme une bête de foire, un monstre certes sympathique mais qui ne peut être que l'adjuvant des hommes, et non pas la force motrice de l'histoire.La guerrière n'est que l'exception confirmant la règle de la domination masculine, un spectacle qui joue le rôle d'une soupape de sécurité pour faire croire aux femmes qu'elles sont les égales des mâles et ainsi les faire rentrer dans l'ordre au sortir du cinéma.La guerrière pourrait être un moyen d'émancipation des femmes, mais que celui-ci est toujours verrouillé par les barrières de l'altérité ».Il semble bien qu’avec Captain Marvel nous ayons trouvé cette guerrière tant attendue.{Attention : cet article divulgâche quelques éléments cruciaux de l'intrigue}
Une exception parmi les super-guerrières
Le film d’Anna Boden et Ryan Fleck s’inscrit il est vrai dans une tendance, au sein du genre super-héroïque, qui montre de plus en plus de super-héroïnes au combat. Après Wonder Woman, Okoye et Black Widow, voici Carol Danvers (Brie Larson), alias Captain Marvel, adepte du combat au corps-à-corps. Cependant, comme vous pourrez bientôt le lire dans une étude de votre loyal serviteur à paraître en fin d’année dans la revue Genre en séries, les super-héroïnes les plus puissantes apparues ces dernières années ont certes acquis une égalité physique avec les super-héros, mais demeurent encore assujetties à une inégalité symbolique dans la représentation de leurs corps guerrier.C’est là qu’innove la nouvelle super-héroïne Marvel. Non seulement sa force physique est posée d’emblée – l’histoire de son pouvoir surhumain étant renvoyée dans les flash-backs –, mais l’est aussi son égalité avec les combattant·es krees mené·es par Yon-Rogg (Jude Law). Contrairement à ses congénères soumises encore et toujours au diktat de la galanterie et de l’invisibilisation de la souffrance féminine – condition sine qua non de la puissance héroïque chez les super-héros masculins –, Danvers souffre ; et de sa souffrance, tire sa puissance.Fini également le temps où la super-héroïne – femme bien seule dans un monde d’hommes – sert davantage d’auxiliaire exotique à une troupe masculine que de tête de gondole. Témoins, Okoye, générale toute dévouée à la protection de son roi, ou Wonder Woman, enrôlée dans une armée d’hommes. Dans Captain Marvel, c’est l’héroïne qui dicte le tempo à un Nick Fury (Samuel L. Jackson) rajeuni et pourtant toujours à la ramasse. C’est elle aussi qui constitue son propre groupe, au gré des solidarités politiques : solidarité de genre avec Maria Rambeau (Lashana Lynch), de race avec Fury et Maria, d’espèce avec Talos (Ben Mendelsohn) et les Skrulls.
Que faire des pouvoirs féminins ?
Somme toute, Captain Marvel ne conte pas tant l’empouvoirement d’une femme – puisqu’au début du film, elle est déjà exceptionnelle – que sa mise en puissance, c’est-à-dire la prise de conscience de l’utilité de ses pouvoirs pour mettre à bas le patriarcat blanc, incarné dans toute sa superbe par l’élégant Jude Law. Faisons un détour par deux autres films de super-héroïnes, sortis la même année, pour comprendre l’importance de Captain Marvel. Prenons X-Men : Dark Phoenix pour commencer. Jean Grey/Dark Phoenix acquiert très rapidement des pouvoirs qui dépassent de loin ceux des autres mutants. Seulement, qu’en fait-elle ? Elle choisit de les détruire – et elle avec – pour suivre les conseils paternalistes du bon professeur Xavier qui, pour son propre bien assurait-il, souhaitait à tout le moins son emprisonnement, sinon sa mort. Regardons à présent Alita : Battle Angel. Voilà une super-héroïne (quoiqu’elle n’appartienne pas directement au genre qui nous intéresse) qui ne manque pas d’aplomb. Comme Danvers, elle possède dès le début du film d’une puissance surhumaine. Mais elle aussi cède aux sirènes du patriarcat ; et pour mieux protéger les hommes qu’elle aime, elle met à leur service – et à celui de l’ordre sexuel qu’ils incarnent – sa force extraordinaire. Alita, Captain Marvel, Jean Grey/Dark Phoenix : en 2019, les nouvelles super-héroïnes ne cherchent pas tant de nouveaux pouvoirs qu’elles ne se découvrent en posséder déjà. Maintenant qu’est résolu le problème d’une prétendue infériorité physique des femmes, se pose désormais la question de l’usage qu’elles font de leurs capacités. Les mettent-elles à disposition du patriarcat (Jean Grey) ? au profit d’une quête révolutionnaire lyrique, quitte à reproduire l’ordre sexuel (Alita) ? ou au profit d’elles-mêmes, dans une optique de (re)construction de soi et de sa mémoire intime (Captain Marvel) ? Espérons que dans les années à venir, les super-guerrières sauront tracer de nouvelles voies. Et encore mieux, leurs propres voies.
Captain Marvel. Adieu au patriarcat, vive le combat
Captain Marvel, Anna Boden et Ryan Fleck, 2019, 2h04
Maxime
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