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La nature de l’addiction

Publié le 16 août 2019 par Amantes

La nature de l’addiction

L'addiction est une forme de distraction dans laquelle on se focalise sur un objet en tentant de nourrir certains désirs et besoins. En réalité, c'est une fuite de la réalité, de l'instant et de nos impressions intérieures.

Nous sommes tous addict. Tout le monde est addict à quelque chose. L'addiction n'est qu'un comportement de déni, cherchant à assouvir d'une manière simple et accessible des désirs et besoins dont la douleur de non réalisation est forte.

Derrière une addiction, n'importe laquelle, il y a un besoin, urgent, fort et irrésistible d'atteindre un état meilleur, et de fuir l'état présent. Pourquoi voudrait-on fuir l'état présent ? Parce qu'il est douloureux, qu'il est insatisfaisant, frustrant, emprunt de souffrance. L'ensemble des sensations, émotions, ressentis de cet instant présent nous montre parfois une sensation de vide, de déconnexion, de séparation, de manque. Ce sont ces sensations que nous fuyons, que nous n'osons pas regarder.
Alors, dès que celles-ci se montrent, d'une manière automatique un comportement addictif vient les couvrir, nous empêchant de les voir car la douleur est trop grande. Ces sensations sont profondes, existentielles même: incomplétude, dissociation, déconnexion, être perdu, ne pas avoir de sens... Autant de mots décrivant des sensations si profondes qu'on ne les discerne pas vraiment. Juste, on les ressent.

C'est comme s'il y avait des sensations que nous avions bannies de notre champs de sensations acceptées. Celles-ci, elles ne sont pas acceptées, elles ne le sont plus. Elles sont intolérables, inacceptables, inenvisageables même, parce que nous n'avons pas de solution, parce que les ressentir fait si mal, parce que l'on ne peut s'avouer " avoir " cela en nous.
Alors, un comportement de déni se met en place. Et pour ça, nous les hommes, sommes très (très) forts !

Une addiction est un comportement qui nous distrait de ce qui est important : à savoir la part de nous qui souffre à l'intérieur.
Plutôt que de la voir, de connecter avec elle, de la comprendre, de l'accompagner, de l'accueillir, d'accepter sa souffrance, de lui donner présence, nous faisons semblant de ne pas voir. Quoi de mieux qu'une distraction physique pour forcer une concentration ailleurs ?

L'addiction nous permet de fuir. Fuir ce qui est, en nous. Fuir cet état que l'on ne désire pas vivre.

Les comportements qui peuvent s'associer à une addiction sont très nombreux. Presque tout peut devenir une addiction à partir du moment où c'est utilisé pour fuir ce qui est. Voici une liste des " classiques " :

  • Manger
  • Boire de l'alcool
  • Fumer
  • les drogues
  • Le café
  • la TV / films ou séries
  • Les jeux vidéos
  • internet (réseaux sociaux, youtube, google...)
  • Le sexe (ou le porno)
  • Se faire du mal

Mais il peut aussi y avoir des activités ou comportements " normaux " qui deviennent une addiction :

  • L'humour, l'ironie, le sarcasme (par ex : je dévie)
  • le jugement (je parle des autres pour ne pas me connecter vraiment à moi)
  • la méditation (par ex : je développe la conscience de ci ou ça, pour ne pas avoir à regarder là où j'ai vraiment mal)
  • la pensée (je rumine pour ne pas avoir à ressentir ce que je ressens)
  • faire des choses (je fais plein de choses pour ne pas avoir à me poser et risquer de ressentir en moi)
  • la spiritualité (par ex : je fuis vers un idéal pour ne pas avoir à regarder mes parts en souffrance)
  • le travail sur soi (par ex : je règle mes problèmes pour ne pas avoir à accepter la souffrance en moi)
  • parler (par ex : je parle pour couvrir / ne pas voir ce qui est en moi)
  • le silence (par ex :je force le silence pour ne pas écouter la voix en moi qui est authentique)
  • aider les autres (par ex : je m'occupe des autres pour ne pas m'occuper de moi)
  • hygiène " trop " clean (par ex : je me donne ce qu'il y a de mieux et oublie les parts de moi en souffrance)
  • sociable (par ex : je connecte à tout le monde, je ne prends pas le temps de connecter à moi-même)
  • Une émotion (par ex : je me mets en colère pour ne pas voir la vraie raison de ma souffrance)
  • Une image de soi (par ex : je me définis comme " sage " pour ne pas regarder la part de moi en souffrance)

Bref...
A partir du moment où faire quelque chose permet à notre être d'éviter de connecter/être présent avec une certaine part de nous, c'est une fuite. Quand cette fuite est utilisée de manière répétitive voire automatique, c'est une addiction.

Qu'est-ce que l'on cherche, au fond ?

On cherche de la connexion, de l'amour. Un sentiment d'être porté, supporté, nourri, soulagé. Derrière l'addiction, Un besoin fondamental cherche à être nourri.
Ces sensations que nous cherchons à fuir manifestent dans notre être une terrible envie, un désir irrésistible, une attraction tellement forte.
Un désir de quoi ...?
D'obtenir une chose, un objet de désir, parce que la promesse qu'il nous soulage est déjà un réconfort gigantesque. Cet objet peut-être n'importe quoi.

L'objet du désir a remplacé le désir initial. Dans notre esprit, nous ne voyons plus le désir, nous voyons seulement l'objet. Car le désir est un désir insatisfait, contrarié, et le voir fait mal. Alors cela a été occulté, et remplacé par l'automatisme de l'assouvissement par l'objet du désir.

Imaginons que nous avons un sentiment de solitude. Il est grand, tellement grand que nous en avons peur (mais ne le savons pas). Nous savons peut-être intellectuellement qu'il existe, mais n'avons jamais pris la peine de le connecter vraiment, par notre conscience et notre présence. Il se manifeste souvent à nous, mais nous ne le reconnaissons pas. A la place, une envie terrible et irrésistible de **mettez ce que vous voulez ici (exemple : boire, fumer, ...)** se présente à nous. C'est fort, c'est puissant. Notre mental ne voit plus que l'objet, et plus le désir initial.

Pourquoi ?

Parce que le désir initial est un désir de connexion. Si ce désir est contrarié et frustré, alors notre être a un conflit : " je veux X " et " je ne peux pas avoir X " sont deux affirmations inconscientes qui, combinées ensemble, sont irrésolvables.
Alors notre être s'efforce de se donner une solution pour soulager cette sensation, et même la faire taire et disparaître (car c'est insoutenable). La meilleure manière que l'on connaisse est probablement un comportement d'addiction.
Oui, cela ne résout pas le problème, mais ponctuellement si. La part de nous qui souffre disparaît. Comme si l'on donnait une tétine à un enfant qui en fait, pleure pour avoir de l'amour, du vrai, de la présence.

Car derrière chaque addiction il y a une part de nous en souffrance. Et ces parts de nous en souffrance, la seule chose dont elles ont besoin c'est de notre présence. Elles ont besoin d'être reconnues, touchées par notre présence.
Leur donner un objet ne les assouvira pas. Ce qui peut le faire, c'est de reconnaître ce puissant manque ou besoin, de reconnaître l'émotion et les sensations associées, de plonger dedans et d'être inconditionnelement présent avec.

On n'a jamais besoin de l'addiction, on a besoin de quelque chose de beaucoup plus profond : de la connexion, de l'amour, de la présence, de l'unité, de la sécurité...
Et notre être, quand il n'a pas ça, il a mal, très mal. C'est quelque chose de courageux, mais aussi nécessaire, d'être capable de s'observer dans le manque, dans l'incertitude et le doute. C'est inconfortable, voire même insoutenable. Mais si nous sommes capables, plutôt que de céder, d'observer cette émotion insoutenable, elle se calmera.

Derrière une addiction qui se manifeste comme une envie irrésistible et inarrêtable, il y a toujours une part de nous qui souffre, certaines sensations que l'on fuit. Lorsque l'on accepte (enfin) de sentir la douleur, la souffrance, on connecte à cette part de nous, qui n'attendait que cela.
Ce n'est pas facile, cela demande du courage, de la volonté. Cela demande d'être vulnérable, et de toucher des parts que l'on a occulté, pour lesquelles on ressent parfois de la honte.
Mais il est important de comprendre qu'il ne s'agit pas de se changer, de changer sa vie et ses habitudes tout d'un coup, mais simplement de s'apporter un peu plus de présence et de conscience. Ne serait-ce qu'un petit peu.

L'addiction cache de la souffrance. Et la souffrance ne peut qu'être résolue par la conscience, par l'acceptation, par la présence véritable.
Encore plus si l'instant présent et notre état présent est insoutenable, inacceptable, intolérable. La présence à celui-ci est la solution ultime.

Je vous invite à observer vos comportements. Que faites-vous machinalement, sans réfléchir ? Quelles sont vos addictions ? Comment vous distrayez-vous de ce qui est (vraiment) important ?

Quelle est le besoin, la souffrance derrière ? Pouvez-vous accepter l'inconfort d'être présent avec ? Pouvez-vous offrir quelques instants à cette part de vous ?


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