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The Lost City of Z. Le fardeau de l’homme blanc

Par Balndorn

The Lost City of Z. Le fardeau de l’homme blanc
Résumé : L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle.
Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

Décidément, l’exploration plaît à James Gray. Pendant que le réalisateur new yorkais s’attaque avec Ad Astra, son nouveau film en salles ce mercredi, à l’espace, revenons à The Lost City of Z, son œuvre précédente, dans laquelle il définit son approche du cinéma d’aventure.
Une touche de progressisme…
La sublime photographie de la jungle amazonienne qu’en tire Darius Khondji renvoie aussitôt le spectateur à tout un imaginaire du cinéma colonial : de King Kong (Merian Cooper et Ernest Schoedsack, 1933) à King Kong (Peter Jackson, 2005), s’est joué dans ce sombre milieu tout un pan du cinéma états-unien. Comme le rappelle le philosophe Jean-Baptiste Vidalou dans Être forêts, la forêt a toujours représenté un obstacle au regard panoptique de l’État et un refuge pour celles et ceux qui en fuyaient l’emprise. Rien d’étonnant à ce que le lieu ait à ce point séduit le cinéma, art du visible et de l’invisible.À présent que la décolonisation est loin derrière nous et que le progressisme est à la mode à Hollywood, comment un cinéaste aux idées aussi libérales qu’un James Gray s’empare-t-il de l’énigme forestière ? En revenant sur la vie et l’œuvre de Percival Harrison Fawcett (Charlie Hunnam), explorateur britannique en butte à l’hostilité des scientifiques conservateurs au sujet de l’existence d’une société amazonienne hautement sophistiquée sur le plan technologique, Gray se démarque volontiers de la figure du conquistador néocolonial qu’on retrouve dans les King Kong et autres Tarzan. Par son souci de mettre sur un pied d’égalité civilisations amazoniennes et européennes, Fawcett fait figure de pionnier de la décolonisation culturelle, dans un premier XXe siècle marqué au contraire par l’hégémonie de l’homme blanc.
… n’efface pas le genre profond
Cependant, le progressisme de James Gray et de Percival Fawcett atteint rapidement ses limites. Pour mieux cerner celles-ci, comparons The Lost City of Zà un film d’exploration amazonienne sorti deux ans plus tôt, le magnifique L’Étreinte du serpent (Ciro Guerra, 2015). Dans The Lost City of Z, c’est une expédition d’hommes blancs, conduite par Fawcett et Henry Costin (Robert Pattinson), qui se met en quête d’Amérindiens éteints, passant comme des spectres au travers des horreurs que le commerce du caoutchouc inflige aux Amérindiens vivants. L’Étreinte du serpent met également en scène deux temporalités distinctes : une autour de 1910, avec l’expédition de Theodor Koch-Grunberg (Jan Bijvoet) emmenée par son jeune guide indigène Karamakate (Nilbio Torres) ; et une autre une trentaine d’années après, organisée par Richard Evans (Brionne Davis), parti sur les traces de Koch-Grunberg avec Karamakate vieillissant (Antonio Bolivar). Ici, à la différence de Gray, ce sont les Amérindiens – le même saisi à deux époques différentes – qui emmènent les Blancs dans les tréfonds de leur histoire, les obligeant au passage à quitter les chemins étroits de leur logique. L’Étreinte du serpent se fait à l’image de la jungle : mouvant, bruissant, impossible à démêler, là où The Lost City of Z plaque sur la vivante cohue amazonienne le classique chemin initiatique du mâle blanc. Bien sûr, The Lost City of Z reste un beau et bon film. Il n’en demeure pas moins que, loin de la révolution annoncée, il se contente de plaquer sur un genre largement entretenu par l’imaginaire colonial un vernis progressiste qui n’en change pas la structure profondément raciale. Même s’il y a peu de chances que le spatial Ad Astra reproduise le biais raciste – à moins que Brad Pitt ne tombe nez à nez avec des extraterrestres –, gardons cependant à l’esprit que, de même qu’en politique on parle d’un « État profond » survivant aux révolutions et coups d’État, il existe au cinéma un « genre profond » dont les fondations n’évoluent pas malgré les ravalements de façade successifs. Dans la jungle comme dans l’espace, c’est toujours du « fardeau de l’homme blanc » que chantait Kipling qu’il est question.
The Lost City of Z. Le fardeau de l’homme blanc
The Lost City of Z, James Gray, 2017, 2h21
Maxime
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