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La France au bout du rouleau - 649ème semaine politique

Publié le 19 octobre 2019 par Juan

La France au bout du rouleau - 649ème semaine politique

La France est-elle au bout du rouleau ? Depuis près d'un an, le mouvement des Gilets Jaunes a démontré un ras-le-bol contre les inégalités fiscales en général. Suicides, colère, ou grève, les signes faibles d'un ras-le-bol contre l'épuisement des gens et l'arrogance de la France d'en haut se multiplient. Macron lui-même semble avoir conscience de cette colère froide. Il calme ses ardeurs, moins celles de ses trolls.


Un TER avec 70 passagers percute un convoi routier arrêté sur la voie entre Charleville-Mézières et Reims. L'accident fait onze blessés, dont le conducteur, seul personnel qualifié à bord. Des centaines de conducteurs, principalement sur les TER et les lignes low-costs OuiGo utilisent aussitôtleur droit de retrait . Les syndicats réclament une concertation d'urgence pour remettre des effectifs dans les trains. La réaction du pouvoir est violente: les trolls macronistes raillent les cheminots. La direction de la SNCF, qui met en œuvre un plan de réduction des effectifs (2000 postes par an depuis 3 ans) dénonce plutôt une grève surprise et annonce porter plainte. Les médias dominants prennent le relais de ce mensonge. Les reportages figurent des gares envahies de passagers, et masquent la réalité du sujet - la réduction des effectifs, des lignes et des moyens du premier service public de transport du pays.

Et les suicides quasi-hebdomadaires à la SNCF.

La Macronie a besoin de cliver contre les cheminots. Il en va de sa survie politique ici comme ailleurs.

Autre service service public, pas encore privatisé, l'Éducation nationale. Une énième réforme du lycée, dont l'objectif affiché est d'insuffler davantage de sélection et d'élitisme à travers la réduction de l'enseignement scientifique et l'instauration d'un contrôle continu localisé et non national pour le Bac, déstabilise les profs, en sus d'une croissance des effectifs scolaires malgré la réduction du nombre de postes. L'attitude du ministre Blanquer, autrefois chouchou des médias, est du mépris. Quand une directrice d'école se suicide sur son lieu de travail après s'être plainte de conditions de travail, le sinistre ministre répond que "le fait d'avoir du surcroît de travail à certains moments, c'est le propre des fonctions de responsabilité." Blanquer est trop occupé à divertir l'attention sur le voile et le "danger de l'islam" dans les écoles. Il s'enferre dans ses mensonges sur ces prétendus cohortes de fillettes empêchées d'aller à l'école à cause de la pères islamistes. Il évacue d'une phrase le drame humain, refuse d'y voir le signe d'un épuisement plus collectif.


Autre signe de cette France au bout du rouleau, la grève des urgences ne faiblit pas - 264 services sont concernés, les causes sont les mêmes : "manque de place, patients sur des brancards, locaux vétustes, démissions en cascade, salaires", tout est sur la table... Le journal Les Jours consacre une série de reportages à une profession en crise de nerfs.

En 2018, 4200 lits d'hôpitaux ont été supprimés en France. Le ministère se félicite de "l'amélioration de l'hospitalisation partielle ou à domicile". A Paris, quelques 900 lits existants sont fermés faute de personnel.

Pour 2020, le gouvernement prévoit de réduire de 800 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitaux publics par rapport à la progression mécanique des dépenses de santé: "la proportion des personnes de plus de 75 ans va progresser deux fois plus vite d'ici 2040 que dans les vingt années passées" explique la Fédération Hospitalière de France. "

"Un jour, je suis arrivée dans mon service, je me suis dit: c'est là que je vais me pendre." Une infirmière citée par le Canard Enchaîné du 16 octobre.


En île-de-France, un tiers des services pédiatriques d'urgence vont manquer d'internes à partir du 4 novembre. Certains envisagent de fermer leur service au pire moment de l'année, l'automne puis l'hiver. On accuse une "erreur d'évaluation des besoins" .. mais aussi la liberté de choix accordée aux internes qui ont fuit les établissements de banlieue parisienne.

Cruelle coïncidence, le jour même de cette révélation, l'un des secrétaires d'Etat macroniste fait le spectacle à propos de la protection de l'enfance. Adrien Taquet est paraît-il l'inventeur du nom du mouvement présidentiel "En marche", ancien strausskahnien. Ce castor de la première heure utilise les verbes habituels de la novlangue macroniste quand il s'agit de masquer le vide. Ses mesures concrètes consistent à " repenser", " élaborer", " Rendre le quotidien des enfants protégés plus facile", " Soutenir". C'est creux, mais ça permet de prétendre d'avoir une stratégie avec "80 mesures", rien que ça.

La Macronie vide les caisses publiques à coups d'exonérations fiscales, comment être surpris par cet habillage ?

Pour cette grande cause nationale, Taquet a débloqué 80 millions d'euros sur trois ans. C'est à dire 10 jours d'exonération d'ISF.

Son plan est creux, comme souvent en Macronie. Le décalage entre les constats, les ambitions et les moyens publics réellement consacrés est abyssal. Même les mesures en faveur des enfants pris en charge par l'aide sociale à l'enfance apparaissent comme des gadgets (*** "élaborer d'ici 2022 un référentiel national de contrôle des lieux d'accueil de protection de l'enfance, doté de critères communs objectivant la qualité des prises en charge" *** " repenser le rôle d'assistant familial" *** etc ... ). Pire, "toutes les mesures ou presque sont soumises au bon vouloir des départements" dénonce l'un des membres du Conseil National de la Protection de l'Enfance. " L'approche des élections aidant, le secrétaire d'État préfère organiser l'impuissance de l'État plutôt que de mettre les départements face à leurs responsabilités."

La France au bout du rouleau n'a que faire des élucubrations racistes de Zemmour, les diversions islamophobes des fascistes français soutenus par des macronistes ou la surenchère de faits divers . Elle cherche à bien faire son boulot, ou à joindre les deux bouts. Ou à gagner quelques économies pour sécuriser son avenir.

Elle subit cette guerre de la classe d'en haut contre les gens d'en bas.

Des millions de gens sont simplement fatigués. Le nombre d'allocataires du RSA ne baisse plus depuis deux ans. Les associations accusent la suppression de nombreux contrats aidés à l'automne 2017 et l'échec économique de cette politique de l'offre qui file 40 milliards d'exonérations de cotisations sociales aux entreprises alors que la Sécu en a besoin.

Le plan pauvreté annoncé par Macron était une aumône. Près de 3,8 millions de ménages vivent avec les minima sociaux, quasi-gelés par Macron depuis 2018. Un enfant sur 10 vit dans la pauvreté. L'augmentation des interventions pour impayés depuis le début de l'année " inquiète" le médiateur de l'énergie. L'an dernier déjà, les coupures de gaz et d'électricité pour factures impayées avaient augmenté de 4,2%.

La France au bout du rouleau ? La Macronie le sent, elle se fait plus modeste. Le jeune monarque submerge les médias d'hommages (Chirac, les 4 policiers tués par le terroriste de la préfecture), beaux discours (Europe) et grands débats (retraites). Il calme le jeu sur ses réformes les plus inégalitaires comme celle des retraites: aucun effet avant 2025 promet-on désormais pour rassurer les retraités d'aujourd'hui. Pourtant, on connait le futur système, un système à points où le niveau des ressources des retraites sera gelé malgré l'allongement de la durée de la vie. Donc les pensions vont baisser. C'est mathématique.

La discrétion jupiterienne est également de mise pour les travaux présidentiels: le jeune monarque cache la dizaine de millions d'euros supplémentaires pour rénover le palais (5 millions ponctionnés sur le budget de la Culture, six millions sur un compte spécial du Trésor réservé à la gestion patrimoniale de L'État).

Lui qui promettait transparence et évaluation de son action politique dans le Nouveau Monde tait soigneusement les premiers bilans de son échec. L'un de ses proches conseillers, exfiltré de l'Elysée quand il fut admis qu'il avait balancé des videos pirates et trafiquées pour défendre le garde du corps Benalla en juillet 2018 a été recruté par le milliardaire Arnault. Macron sait placer ses plus proches.

Où sont les célébrations ?

Où sont les cris de joie et l'allégresse dans les rues devant l'action réformatrice du jeune monarque ?

L'INSEE publie un bilan des inégalités en 2018 que l'on qualifie rapidement de provisoire: ont-ils si peur de leur caractère définitif ? EUROSTAT confirme la dégradation. On y lit que le taux de pauvreté a augmenté de 0,6 point en 2018, première année pleine et entière du Nouveau Monde macroniste, pour atteindre 14,7 % de la population. Les deux tiers de l'aggravation de la pauvreté sont à cause d'une mesure de Macron, explique l'INSEE, la diminution des allocations logement dans le parc HLM en 2018. Et les inégalités ont également progressé en 2018, principalement à cause à la hausse des revenus financiers, ceux-là même dont Macron a réduit la contribution fiscale et sociale. Le ralentissement économique qui frappe désormais l'économie occidentale ne sert pas (encore) de prétexte.

La Macronie s'effraye quand des éruptions de colère troublent le spectacle de la Start-up nation. Après des centaines de blessés, des milliers d'arrestations, des familles brisées par des procédures judiciaires iniques, le mouvement des Gilets Jaunes s'est essoufflé pendant l'été. Et pourtant la rage macroniste n'a pas cessé dans sa répression. La police agit encore et toujours de manière disproportionnée. Quand 10 000 pompiers manifestent contre le manque d'effectifs et de reconnaissance de leur profession, une"pluie de lacrymogènes" leur tombe dessus ce 15 octobre.

La police charge les pompiers... il faut l'écrire pour le croire.

La peur du soulèvement est l'alpha et l'omega du régime.

Ami castor, où es-tu parti ?


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