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Le nouveau moma

Publié le 05 novembre 2019 par Aicasc @aica_sc

© artprice.com

Source : www.artprice.com

En remontant le temps à la fin des années 20, on constate que ce qui est devenu l’une des plus grandes institutions artistiques au monde est née de l’imagination de quelques riches bienfaitrices new-yorkaises, les célèbres Daring Ladies (Lillie P. Bliss, Mary Quinn Sullivan et Abby Aldrich Rockefeller) et d’un premier don de huit estampes et d’un dessin… Presque rien. Mais cet acte de naissance repose aussi sur une impulsion progressiste à contre-courant du climat largement conservateur des musées de l’époque. L’un des principaux objectifs de la rénovation du prestigieux musée a été de retrouver l’esprit réformiste des origines. Bien qu’il ait augmenté le prix de son billet d’entrée, le “nouveau” MoMA tient malgré tout à être plus accessible au public de sa ville via une extension permettant aux visiteurs d’entrer librement dans un certain nombre de galeries au niveau de la rue, lesquelles accueillent six installations de Yoko ONO.

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Yoko Ono

Le MoMA – qui a connu trois adresses différentes avant de s’installer au cœur de Manhattan en 1939 – ré-ouvre donc cette semaine, après des travaux (d’un coût de 450m$) pris en charge par Diller Scofidio + Renfro. La version 2019 de la prestigieuse institution ajoute 3 600 mètres carrés à sa précédente surface, un espace supplémentaire principalement dédié au remaniement de l’exposition de collections permanentes riches de plus de 200 000 œuvres d’art, tous média confondus. S’il demeure impossible d’exposer l’ensemble de cette manne artistique au public, l’expansion du musée permet de présenter près de 2 500 œuvres en permanence, contre 1 500 en moyenne avant travaux. Le potentiel de valorisation des collections s’en trouvent renouvelé, maximisé, et va impacter la perception des publics (plus de deux millions de visiteurs par an), et par rebond, certainement, du marché. Par ailleurs, une rotation du tiers des œuvres exposées est prévue tous les six mois, pour faire découvrir des œuvres généralement confinées à un espace de stockage surchargé.

Autre décision importante, l’accrochage prend des libertés avec la linéarité chronologique pour se faire plus thématique. Une transversalité nouvelle qui permet, par exemple, de faire cohabiter Les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso avec une grande toile de l’artiste américaine Faith RINGGOLD, positionnant d’emblée la nouvelle politique muséale dans une saine diversification de genres et d’origines. Dans cette dynamique, les expositions d’ouverture proposent The Legends of Black Girl’s Window de Betye SAAR et un focus sur les performances de William POPE.L. L’artiste coréenne Haegue YANG, dont le marché est en plein essor (son record absolu date de quelques mois, martelé chez Sotheby’s Hong Kong à plus de 57 000 $ pour Novice Clown – Manganese Carbonate sera également à l’honneur avec le solo show Handles.

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Faith Ringgold (1930) – Sleeping: Lover’s Quilt #2, 1986

Un leader institutionnel pour l’art africain

La diversification du musée passe par les acquisitions mais aussi par les dons privés, parfois très conséquents. L’un des plus important enregistré récemment est celui du producteur David Geffen, d’un montant de 100 m$. La famille Rockefeller, sans doute en mémoire de l’implication de leur aïeule dans la création du musée, a aussi versé une partie du produit de la vente historique (832 m$) de la collection de David et Peggy Rockefeller en mai 2018 chez Christie’s NY.

Les dons en œuvres sont par ailleurs essentiels dans une optique de diversification des collections. A cet égard, la donation faite par le collectionneur Jean Pigozzi au milieu de l’été 2019 devrait avoir un impact fort sur la connaissance et la perception de la création contemporaine africaine sur les publics du musée. Jean Pigozzi a en effet offert 45 œuvres d’art contemporain subsaharien au MoMA, faisant du musée new-yorkais un leader institutionnel unique du secteur. D’après le directeur du musée, Glenn D. Lowry, cette “donation va jouer un rôle très important dans le réaménagement de la collection permanente du MoMA” et “aura un réel impact sur les programmes d’exposition du MoMA”. De son côté, Jean Pigozzi s’est dit “fier” et espère que son don “ouvrira les yeux à des millions d’amateurs d’art sur une production importante, mais encore trop méconnue”. La donation comprend des œuvres d’artistes Africains parmi les plus célèbres, dont Romuald Hazoumé, Bodys Isek Kingelez, Moké, Chéri Samba, le photographe Seydou Keïta, Ambroise Ngaimoko ou Frédéric Bruly Bouabré.

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Chéri SAMBA (1956). Water Problem. 2004- The Museum of Modern Art, New York. CAAC – The Pigozzi Collection.

Photo courtesy CAAC – The Pigozzi Collection

Jean Pigozzi s’était déjà impliqué auprès du MoMA l’an dernier, apportant son soutien dans le cadre de la réaliser la première rétrospective américaine dédiée au sculpteur congolais Bodys Isek KINGELEZ (Exposition Bodys Isek Kingelez: City Dreams, 26 mai 2018-1er janvier 2019). La résonance d’une telle rétrospective au sein du prestigieux musée eut un effet immédiat sur la cote de l’artiste, dont le record personnel fut atteint lors d’une vente aux enchères chez Artcurial à Paris, dans les derniers jours de la l’exposition (Pacific Art, 1989, 81 000$ le 30 décembre 2018 chez Artcurial). Cette donation pourrait jouer un rôle important dans la montée des prix prochaines des artistes sub-sahariens qui suscitent un intérêt croissant auprès des collectionneurs internationaux, car les coups de projecteurs braqué par les musées de premier plan sur les artistes ont un effet vertueux sur la demande. L’accroissement du désir va toujours de pair avec l’accroissement des prix.


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