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Le délire xénophobe de Macron - 652ème semaine politique

Publié le 10 novembre 2019 par Juan

Le délire xénophobe de Macron  - 652ème semaine politique

Les castors, qui croyaient être un barrage contre l'extrême droite, n'en sont que le marche-pied. C'est le constat de la semaine, sans doute l'un des plus importants du quinquennat.


Affairé à casser les digues, Emmanuel Macron a porté le sujet migratoire plus loin encore sur le terrain favori de l'extrême droite. Cette semaine, il a franchi "un pas important et longtemps inédit", restreindre l'accès au soins des demandeurs d'asile. C'est une diversion politique, une mesure contreproductive, et un rapprochement ignoble et calculé sur l'agenda politique de la droite xénophobe.
A l'Assemblée nationale, les député(e)s godillots vont voter sans rechigner la suppression de la prise en charge médicale, y compris d'urgence, pour les réfugiés, pendant 3 mois. Comme ils ont voté, sans rechigner pour 200 d'entre eux (sur 300), la réduction à 90 jours du délai de dépôt de demande d'asile, cette nouvelle carence permet de virer plus vite, même les malades et les blessés. Cette mesure fait partie des 20 propositions xénophobes présentées par Édouard Philippe après un "comité interministériel sur l'immigration et l'intégration", censé théâtraliser au mieux l'action gouvernementale.

Le délire xénophobe de Macron  - 652ème semaine politique

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Dans son texte, le premier ministre insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de "reprendre le contrôle" de l'immigration. Cette fois-ci, la novlangue macroniste est peu créative, elle est simplement le copié/collé de la bouillie xénophobe de l'extrême droite. "Reprendre contrôle" sous-entend évidemment que l'immigration est incontrôlée. "Marine Le Pen peut rire sous cape” résume le journal Tageszeitung, en Allemagne. Elle peut même éclater de rire, et applaudir. Le clan macroniste fournit l'habillage sémantique qui va bien pour chaque recul des droits: il veut "protéger" le regroupement familial "en luttant contre certains détournements". Il veut favoriser "l'intégration par le travail" en durcissant les définitions d'emplois pour justifier l'immigration économique.
"Il ne s’agit pas de faire des quotas de personnes venant d’Afrique, du monde arabe ou d’Asie, il s’agit juste de dire que c’est une question légitime de savoir combien on veut d’ouvriers agricoles, d’ingénieurs, d’informaticiens, de techniciens" Laurent Wauquiez, 2007
"Fixer des objectifs quantitatifs ou des quotas - les deux termes me vont - en matière d'immigration professionnelle." Edouard Philippe, 2019
Pour justifier la suppression de l'accès aux soins  pendant 3 mois, les castors comparent ce traitement à celui, identique, réservé aux expatriés revenant au pays qui sont quasi-exclusivement des cadres et dirigeants d'entreprises  (1% d'ouvriers, source: ministère des affaires étrangères, 2013), la plupart installés en ... Suisse, aux Etats-Unis et au Royaume Uni.
Tous les parallèles, même les plus odieux, sont donc possibles.
Le délire xénophobe de Macron  - 652ème semaine politiqueIls plaident également vouloir lutter contre le "tourisme médical", une odieuse expression selon laquelle ces réfugiés, dont quelques milliers meurent chaque année en tenant de rejoindre l'Europe, choisiraient la France pour le confort d'une auscultation médicale gratuite. Les traitements lourds étant de toutes façons proscrits de cette aide médicale, cette justification est inepte et honteuse. Le gouvernement pointe vers ses Géorgiens et Albanais qui afflueraient par milliers et "engorgeraient" nos hôpitaux. En 2018, d'après les chiffres de ce même gouvernement xénophobe,  la France a reçu (et non pas accueilli) 5100 demandes d'asile émanant de citoyens géorgiens, et 7200 d'Albanais, soit ... 10% des demandes de cette année là.
Une paille, mais un symbole pour caresser l'extrême droite dans le sens du poil. Les syndicats de médecins sont outrés. Les ONG révoltées.
Et les castors ? Où sont-ils passés ?

Le délire xénophobe de Macron  - 652ème semaine politique

Une expulsion de mineure, novembre 2019

La traque des migrants n'est pas chose nouvelle en Macronie: à peine élu, Macron ferme les frontières et refuse aux bateaux humanitaires l'accostage. Le si centriste Gérard Collomb, alors ministre de l'intérieur, publie en 2017 une circulaire qui prévoient que des « équipes mobiles » feront le tri des réfugiés dans les centres d'hébergement d'urgence. Puis en avril 2018, la fameuse loi "asile et immigration", réduit les droits des réfugiés, soulevant l'indignation de plus de 400 associations humanitaires et partis politiques en France.  Et maintenant, pour replacer le débat xénophobe au cœur de l'actualité et taire son échec social et économique, Macron lance une nouvelle salve: "amélioration" du tri par métier créé par Sarkozy en 2008, et carence de 3 mois pour l'accès aux soins.
Cette mesure est aussi xénophobe que symbolique. Elle est l'une des premières marches vers la mise en œuvre intégrale d'exclusion des étrangers de la sphère nationale défendue le Rassemblement National.  
Macron n'est pas un barrage contre Le Pen, mais un marche-pied.
Reprenons l'ensemble des mesures annoncées cette semaine:
  • Macron accepte d'augmenter de quelques millions l'aide au développement, "et en même temps", il cible une partie de cette aide sur "la gestion des flux migratoires". Autrement dit, c'est un chantage, "aide contre fermeture des fermetures" à l'encontre des pays les plus pauvres.
  •  Création d'une "commission stratégique des visas", un machin administratif pour prétendre "reprendre le contrôle".
  • Fermer davantage les frontières européennes avec une augmentation des effectifs de FRONTEX de 1000 à 10 000 postes en 5 ans et une révision du Code Frontière Shenghen
  • Réduire l'accès aux soins pour les réfugiés (délai de carence pour l'Aide Médicale d'Etat; réduction de 12 à 6 mois l'accès aux soins pour les déboutés)
  • Supprimer le versement en liquide de l'allocation aux demandeurs d'asile (ADA: 6,8 euros par jour).
  • Supprimer le cumul RSA / ADA 
  • Augmenter les effectifs d'étudiants étrangers, et "promouvoir l'intégration au travail" "et en même temps" durcir les quotas d'immigration économique;
  • Élever le niveau de maitrise de la langue 
  • Renforcer la dématérialisation des procédures (plus excluante pour les personnes en précarité)
  • "Évacuer les campements insalubres", et y "associer une mise à l’abri humanitaire, un examen de situation administrative et une orientation conforme au résultat de cet examen." 
  • "Améliorer la fluidité de l’hébergement d’urgence et renforcer l’accès au logement", mais taire la baisse des crédits pour ces mêmes hébergements d'urgence.
  • Surtout, la "fluidité" revendiquée consiste à trier, pour évacuer plus vite. Pour améliorer le tri, le gouvernement demande aux centres de "transmettre à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration les informations relatives aux demandeurs d’asile et aux réfugiés présents dans l’hébergement d’urgence."
Les "castors" voulaient faire barrage contre l'extrême droite. Ils ont simplement décidé de se décaler un peu plus vers elle pour mieux occuper le terrain politique. La presse étrangère ne s'y trompe pas: Voilà des années que la droite en parlait. Nicolas Sarkozy en avait rêvé. Emmanuel Macron l’a fait." (Le Soir, Belgique). “la classe médiatique et politique en France ait passé une bonne partie de l’automne à débattre de sujets tels que le voile et la laïcité, quand ce n’était pas l’immigration”, alors même que ces thématiques “ne figuraient pas parmi les préoccupations essentielles de la population?” (El Pais, Espagne).
Islamophobie-mania
Mais Macron prend un risque calculé: la quasi-totalité de l'opposition de gauche, à l'exception surprenante d'un Yannick Jadot (EELV) qui approuve la mise en place de quotas, est vent debout contre cette énième génuflexion servile à l'égard de la droite furibarde et de ses extrême. Même ce qui reste du parti socialiste pilonne (enfin) la Macronie avec vigueur. Mais l'occasion d'une manifestation initialement consensuelle contre les agressions dont sont victimes les musulmans en France est l'occasion de caricaturer l'opposition, de cliver à nouveau sur un sujet proche. Les plus forts soutiens à la politique xénophobe de Macron sont à droite, les mêmes défilent contre un appel à manifester contre l'islamophobie.
Les discriminations dont sont victimes les musulmans sont un fait: même les islamophobes les plus rageux doivent reconnaitre que les musulmans sont l'objet d'une attention politique, sociétale, judiciaire et policière hors normes depuis la montée de l'islamisme radical et la multiplication des attentats islamistes en France et en Europe. En ricochet, une majorité des musulmans en France se déclare avoir subi une discrimination: "les discriminations et les agressions visant les musulmans en France sont minoritaires au quotidien mais sont plus fréquentes que pour le reste de la population" d'après une récente enquête.
  • "Un quart des musulmans ont été insultés en raison de leur religion (24 %) au cours des cinq dernières années,"
  • "La proportion de victimes d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années est deux fois plus élevée chez les musulmans vivant en France (40 %) que dans le reste de la population" (17 % : source Ifop 2019) 
  • 7 % des musulmans sondés déclarent à "avoir été victimes d’une agression physique à cause de leur religion, contre 3 % des non-musulmans".
Comment alors exprimer un soutien à ces victimes indirectes du climat délétère général ? Quel mot d'apaisement pour contrebalancer les insultes racistes déversées à heure de grande écoute par un prédicateur d'extrême droite sur une chaîne d'information nationale ? Comment exprimer le souci de la cohésion nationale et républicaine et ne pas laisser le débat aux islamistes et leur alliés objectifs de la droite furibarde ?
"Force est de constater qu’«islamophobie» est aujourd’hui celui le plus communément admis pour définir cette stigmatisation des Français musulmans. Il n’a toujours pas ma préférence mais à partir du moment où il est bien défini ainsi dans le texte, il ne peut pas m’empêcher de signer un appel unitaire – appel tout à fait juste sur le fond.
(...)
S’il n’y avait pas eu cet appel pour une marche le 10 novembre, il n’y aurait eu aucune initiative de rassemblement contre cette forme particulière de racisme. Rien ! Qu’ont proposé ceux qui protestent contre cette initiative pour réagir à la hauteur du danger ? Rien."
Eric Coquerel, 7 novembre 2019
Le Parti médiatique, c'est-à-dire cet ensemble de médias les plus plus visibles, les plus lus, les plus repris, bref dominants, est à l’œuvre pour relayer le propos de l'extrême droite et accuser la gauche de complicité avec l'islamisme: il décortique le texte d'une tribune simple qui a aucun moment ne vise la loi de 1905; ou la liste des milliers de signataires pour y débusquer des soutiens islamistes. Il fait croire que l'appel à manifester a été co-rédiger avec les Frères musulmans, c'est un mensonge. 
Macron se tait, le Parti médiatique travaille pour lui. La diabolisation permanente de l'opposition lui permet de tenir l'un des programmes les plus rétrogrades, et désormais pleinement xénophobe, de cette Vème République. Une frange prétendue laïcarde suit avec gourmandise et rage Marine Le Pen, Eric Ciotti et consorts pour attaquer avec des caricatures.
Il suffit qu'un appel à manifester en soutien avec les musulmans victimes de discrimination et de racisme: on monte alors en épingle que des personnes et mouvements peu recommandables ont aussi signé le même appel. L'indignation se fait à sens unique, pas un mot ou si peu quand la Bête Immonde s'affiche à la manifestation de soutien contre le meurtre antisémite de Mme Knoll. Le tri dans les manifestants ne vaut que lorsque l'islam et ses croyants, en est l'objet phobique du moment
L'islam et le voile sont les deux belles distractions du moment.

"Le problème c'est l'actionnaire, pas l'immigré ni le retraité." Jean-Luc Mélenchon.


Le délire xénophobe de Macron  - 652ème semaine politiqueIncapable de lutter contre l'évasion fiscale avec efficacité, Macron est plus habile pour jouer de la peur de l'étranger et harceler les demandeurs d'asile.
Sur les réseaux sociaux "pour jeunes", face caméra avec les dorures élyséennes derrière lui, Macron fait un selfie video pour expliquer que "le harcèlement scolaire, c'est mal." L'argument utilisé lui revient en pleine figure. N'est-il pas lui complice de la même passivité diplomatique vis-à-vis des dictatures du monde, du terrorisme islamiste émirati (qui sert de banque parfois même pour le Rassemblement national) ? Macron était aussi en Chine, il se félicite d'un accord sur la protection de la biodiversité "et en même temps" d'un nouvel accord de libre-échange sans doute détestable pour l'environnement.
La xénophobie macroniste est plus subtile que celle de la droite furibarde. Elle est sélective. Nulle xénophobie quand il fait la bise au prince héritier saoudien. Nulle xénophobie quand il s'affiche en Chine dont il espère les débouchés pour les entreprises françaises. Le 6 novembre, trente ans et 5 mois jour pour jour après les massacres de Tian'anmen, Macron défile sur la même place et fait davantage que le service minimum.
Ami castor, où es-tu ?
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