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Comment j'ai découvert le cinéma | Une rétrospective personnelle des années 2010

Par Balndorn

Comment j'ai découvert le cinéma | Une rétrospective personnelle des années 2010

© Le Bleu du Miroir


La décennie qui aura vu éclore et fleurir ma cinéphilie s’est enfin achevée. Plutôt que de vous proposer un classique palmarès de la décennie agrémenté d’une analyse critique dont je serai bien incapable, je résumerai en quelques mots mon accès progressif aux cinémas et les approches que j’en ai depuis tiré.
Le cinéma naît à Créteil…
Ma décennie débute peu avant les années 2010 proprement dites. Tout commence en septembre 2009, dans le charmant lycée Léon Blum, au bord du lac de Créteil. Ce mois-là, j’intègre une classe de seconde en spécialité cinéma. À ma grande honte, je confesserai aujourd’hui ne pas y être entré pour l’amour du septième art – jusqu’alors je fréquentais presque exclusivement les blockbusters américains et les comédies familiales françaises – mais pour contourner la carte scolaire qui, si je n’avais pas pris une spécialité aussi rare, m’aurait affilié à mon lycée de secteur, qui souffrait d’une mauvaise réputation (depuis, quantité de mes camarades de collège qui y ont fait leurs études en ont gardé de très bon souvenirs).Néanmoins, ce qui relevait de l’opportunisme contingent se métamorphose peu à peu en plaisir réel. Au cours des trois ans passés à Blum en cinéma, je me suis progressivement ouvert aux cinémas classiques : l’âge d’or hollywoodien, la Nouvelle Vague française, le cinéma expressionniste allemand, le cinéma soviétique des années 20, etc. Quand bien même bon nombre des séances que nous voyions dans le petit cinéma La Lucarne ou les plus grands cinémas du Palais me laissent indifférent, sinon m’endorment (ah, ce que Je t’aime je t’aime fut un supplice !), je développe au fur et à mesure un regard critique, appuyé sur des analyses objectives (valeur de plan, choix de montage, jeu d’acteur, etc.) et des références historiques, qui me sert encore aujourd’hui.En juin 2012, c’est le bac L. Je le passe doublement en cinéma. D’abord avec l’option lourde : je tombe à l’oral sur une séquence de L’Homme à la caméra, œuvre que j’avais vue chaque année depuis mon entrée au lycée. Je me souviendrai toujours de ma première rencontre avec Dziga Vertov : je n’y avais tout simplement rien compris. Heureusement, trois ans et trois visionnages plus tard, je comprenais mieux le geste du cinéaste soviétique. Et puis, l’option facultative : là encore un oral, partant cette fois d’un court-métrage que nous avions réalisé durant l’année (et dont le simple souvenir m’horripile encore tant il est affreux).
Mon bac en poche, je poursuis tout naturellement mes études littéraires et cinématographiques dans la petite classe préparatoire aux grandes écoles qui a ouvert à Blum l’année précédente. Studieuse, mon expérience de la prépa a cependant été rendue joyeuse par la formidable camaraderie qui régnait dans notre classe et le cadre idyllique du lac de Créteil – bien que nous y flânions moins que durant mes années lycée.Ces deux années-là, je perfectionne encore davantage mes compétences théoriques et m’ouvre à la lecture d’écrits sur le cinéma. J’ai désormais une vision panoramique des cinémas et des grands courants artistiques ; mais a contrario, j’ai perdu en pratique – nous n’avons tourné qu’un court-métrage (très sympathique au demeurant) en deux ans de prépa. Et au programme de l’année de khâgne : le cinéma soviétique des années 20 et le documentaire. Deux fois Vertov, quelle joie !Malgré le travail acharné qu’on nous demande, je prends le temps de jeter un œil neuf sur les formes contemporaines du cinéma. Mon goût se porte alors sur le très maniériste Nicolas Winding Refn, après le choc que Driveimprima en moi. Ma nouvelle approche me permet d’apprécier encore plus le magnifique Le Vent se lève, alors que j’étais (et je suis encore) un grand fan de Hayao Miyazaki. Mais c’est un film québécois qui m’ouvre une autre porte à la fin de mes études de prépa : Mommy, dont la splendeur me subjugue tant que j’écris un poème à sa gloire. Il faut dire que j’étais alors dans ma phase poétique, dont les premiers temps du présent blog portent encore la marque.
… et Organiste à Lyon
Sans trop savoir comment ni sans trop le vouloir, j’intègre l’ENS de Lyon en 2014, toujours en spécialité cinéma. C’est là qu’y naît mon aventure de critique culturel. Cependant, ne nous y trompons pas : ce n’est pas grâceà l’ENS que je me suis lancé dans cette aventure, mais à cause d’elle. Durant les deux années que j’y ai passées (dont la première, en L3, à l’université Lyon-II), je m’ennuyais tellement au milieu de cours de théorie du cinéma absolument déconnectés du reste du monde et fétichistes d’un cinéma d’auteur que je commençais déjà à exécrer que je décide d’écrire de mon côté, d’abord pour descendre les soi-disant chefs-d’œuvre qu’on nous pousse à regarder, puis par plaisir de valoriser le cinéma que j’aime. Entre temps, un autre film m’a poussé dans cette voie : Interstellar, vu peu avant les fêtes de Noël en 2014. Je me souviens encore marcher comme dans du coton dans la nuit lyonnaise, au sortir du Comoedia, tant le film m’avait ébloui. Lui aussi aura droit à sa critique en forme de poème.
Peu à peu, mes productions s’accumulent et il me faut leur chercher un lieu où les diffuser pour exprimer ma colère à l’ENS. Je reprends alors en main un blogspot qu’un ami de prépa et poète, Julien Tribotté, et moi-même avions créé à l’été 2014. Julien lui avait trouvé le nom idéal : « Organiste », dont un poèmefaisait office de manifeste. Avec ce blog, nous estimions pouvoir insuffler quelque chose de nouveau (sans se perdre à l’avant-garde) dans la création contemporaine. Nous ne manquions pas d’ambition à cette époque.À compter de mars 2015, je publie alors (ainsi que quelques autres collaborateurs exceptionnels) à un rythme effréné : presque un nouvel article par jour, aussi bien en cinéma qu’en poésie et en comptes rendus d’exposition artistique, toujours avec l’ardeur lyrique et enragée qui animait Julien et moi, d’où des textes très féroces ou très enlevés. En tout cas, une plume en rien conventionnelle, davantage nourrie à l’écriture poétique – j’écris en parallèle quantité de recueils qui ne paraîtront jamais – qu’à la précision journalistique.Cet esprit hargneux m’aidera à définir clairement mes goûts cinématographiques (depuis affinés, mais dont les principes restent grosso modo identiques). Résolument cinéma de genre, car il échappe à l’insupportable égocentrisme que je pourchasse aussi bien dans la poésie contemporaine que le cinéma d’auteur ; mais à l’intérieur du cinéma de genre, une prédilection pour les visions singulières qui tranchent d’avec les productions monocordes des gros studios. C’est ainsi qu’au cours d’un mini-mémoire de L3, je produis une étude sur la notion de « démocratie chevaleresque » dans Kaamelott, dont je publie des fragments au long d’Organiste. Enfin, c’est par esprit de contradiction – pour emmerder la veine auteuriste des études de cinéma à l’ENS – que je choisis pour sujet de mon mémoire de M1 d’étudier les super-héros dans le cinéma américain post-2001 en relation avec les héros des premières chansons de geste médiévales.
Critique, politique et Loi Travail
La flamme qui animait les premiers temps d’Organiste ne tardera cependant pas à s’éteindre. Plusieurs personnes de mon entourage – dont ma chère et tendre, ma première lectrice et collaboratrice occasionnelle – me font remarquer que la surproduction d’articles nuit à la valeur de chacun d’eux. J’envisage alors de cadrer – sans étouffer – mon style à l’aide de plusieurs expériences, toutes situées entre 2015 et 2016 : un atelier d’écriture critique à l’ENS, un stage à la revue Esprit, un autre à la direction de la culture de la mairie de Créteil et quelques textes pour des revues par-ci par-là (dont Opium Philosophie). Si chacune de ces expériences – auxquelles s’ajoute l’écriture au long cours de mon mémoire – affine un tant soit peu mon style (en y intégrant davantage d’informations et d’images et en régularisant mes publications), elles suscitent surtout de la déception. Dans aucune de ces formes d’écriture je ne reconnais ma passion verbale. Je crois alors – et je le crois encore – qu’un critique n’a pas à se contenter de donner son avis ou quelques informations et références ; il doit d’abord prendre parti, orienter selon des critères aussi bien éthiques qu’esthétiques (ce qui donnera mon fameux « esth-éthique ») la production actuelle, ce qu’une exposition sur les écrits critiques d’Apollinaire à l’Orangerie me confirme en 2016.Le contexte politique d’alors influera durablement sur le rôle que je me fais du critique. En 2016, je découvre la joie de la lutte contre la Loi Travail et son monde et m’investis dans la mise en œuvre de Nuit Debout à Lyon, puis à Paris. Face à la déferlante d’images de propagande du gouvernement et des médias qui l’adulent, je comprends la nécessité de déconstruire les représentations dominantes et d’y substituer de nouvelles issues de nos rangs. Si je ne crée pas moi-même d’images, au moins puis-je valoriser celles de mes camarades.
Professionnaliser ma plume
Au terme de l’année scolaire 2015-2016, dégoûté du pédantisme de l’ENS, de sa violente répression de l’occupation étudiante pacifique d’une salle de classe (trente CRS envoyés par la présidence déloger à sept heures du matin six paisibles occupant·es) ainsi que des normes absurdes de la recherche académique, je décide de quitter Lyon pour revenir à Paris (où se trouve par ailleurs ma compagne) et de m’inscrire dans un master professionnel de journalisme culturel à Paris-X. Très alléchant sur la plaquette, le master se révèle en pratique une catastrophe. Si je joue encore au bon élève assidu en première année, je réarrange allègrement à ma sauce l’emploi du temps de la seconde (une bonne pratique que j’avais tirée de mes années à l’ENS). L’objectif : gagner du temps pour me permettre d’aller au cinéma.C’est qu’entre temps, j’avais rapidement rejoint une équipe de rédacteurs semi-professionnelle. En septembre 2016, sur les conseils d’une amie de prépa, j’intègre Il était une fois le cinéma. Avec cette équipe toujours à l’écoute de ses membres, je découvre les coulisses du septième art : les projections presse en avant-première, les rencontres avec les réalisateurs, les embargos imposés par les distributeurs, etc. Un an après, je rejoins Le Bleu du Miroir, qui m’offre d’autres moyens d’expression. La carte UGC Illimité en main et les contacts des attaché·es de presse en poche, j’écume alors toutes les salles parisiennes. Entre 2016 et 2018, Organiste vit son âge d’or, et moi l’apogée de mes créations écrites, puisque à mes critiques s’ajoutent les textes produits lors de mes stages à L’Humanité et à Reporterre.La reconnaissance critique que j’acquiers implique néanmoins une certaine standardisation de ma pratique littéraire. D’une part, j’abandonne peu à peu la création poétique ; d’autre part, mes critiques, désormais presque exclusivement consacrées au cinéma, s’apparentent de plus en plus à d’autres textes du genre, bien que je pense garder un angle d’attaque vif et singulier. Je regrette parfois l’ardeur de mes premiers écrits, au demeurant bourrés d’inexactitudes et de préjugés que je m’efforcerai de corriger par la suite.
L’avenir d’Organiste
À partir de septembre 2018, je viens grossir les rangs déjà nombreux du monde magique du salariat, qui plus est dans la communication. Aller au cinéma de manière régulière devient un défi. En conséquence : ma production chute drastiquement sur Organiste, encore plus sur Le Bleu du Miroir et Il était une fois le cinéma. Pour ce dernier site, j’abandonne peu à peu mon poste de rédacteur afin de promouvoir les articles de mes camarades. Dans la seconde moitié de l’année 2019, je pense toutefois avoir trouvé un rythme d’écriture qui me satisfait et s’intègre mieux à mon nouveau mode de vie. Si j’écris certes moins, je crois le faire mieux et donner davantage de contenu à mes analyses.Que me réserve la nouvelle décennie ? Comment évoluera ma cinéphilie ? Je ne saurais le dire. Je crois, malgré tout, que quelque forme qu’elle prenne, elle restera aussi vivace que lorsque je découvris le cinéma.
Maxime 
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