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Périgueux ville

Publié le 18 juillet 2008 par Argoul

Les rues des bords de l’Isle passent entre de vieilles maisons presque toutes en restauration. Elles sont refaites dans le « style du pays ». Derrière la cathédrale Saint-Front, avant que ne prenne le cours de Tourny, s’ouvre tout un quartier de rues piétonnes très à la mode. On y trouve aujourd’hui fripe et fringues branchées, restaurants « typiques » et librairies régionales, tout ce qui enchante le bourgeois nostalgique de provincialisme, de néo-ruralité et de bon vieux temps. Dans ce coin in, les ados déambulent. Ils regardent avec concupiscence une vitrine de chaussures et les vêtements de sport griffés à la dernière mode.

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Notre itinéraire de visite nous conduit à l’église Saint-Martin. Elle est moderne, éclairée par de grandes baies. Ses murs peints en jaune donnent chaud. C’est du 19ème utilitaire. Rue Gambetta, une société de services en informatique s’appelle ‘Le Zéro et l’Infini’ comme le roman d’Arthur Koestler sur l’époque soviétique. L’église Saint-Etienne-de-la-Cité présente un extérieur cube et un intérieur massif. Seules les coupoles du chœur aèrent l’espace et font s’élever le regard, sinon l’âme. Le style est austère, presque militaire. Autrefois, du temps où Rome tenait le pays, on y célébrait Mars et la guerre n’a jamais cessé de heurter cette église. Les Huguenots l’ont aux trois-quarts démolie, la Fronde l’a encore abîmée, la Révolution l’a désaffectée après les déprédations barbares habituelles. Ce qui reste du 12ème siècle est brut et sobre mais parle au regard d’aujourd’hui. La foi de ce temps paraît avoir été aussi saine et tranquille que les lignes de l’église : massive, sans questions, impressionnante et tranquille. Premier sanctuaire chrétien de la ville, elle est demeurée cathédrale jusqu’en 1669 où Saint-Front l’a remplacée. La coupole du 11ème siècle est bâtie comme un casque de chevalier, fruste et à peine éclairée de petites ouvertures. La seconde coupole, du 12ème, rebâtie au 17ème après les destructions huguenotes, a des piliers allégés par des colonnes jumelées et des fenêtres à colonnettes dispensent une claire lumière. Le baptistère octogonal orné de feuilles est un joli ornement.

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Rue Romaine, en descendant vers la tour, s’élèvent des maisons chics dans le style villas atlantiques des années 30 : crépi blanc, volets bleus, œil de bœuf, linteaux de fenêtres en arc massif, toit d’ardoise pointu. Aux numéros 8 et 10, maisons périgourdines traditionnelles, un curieux bestiaire protège les entrées : une tête de chien triste au n°8 et une sirène aux ailes de vampire au n°10.

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De la fameuse tour de Vésone, presque aussi large que haute, ne reste ici que le cœur sacré d’un temple romain élevé au 2ème siècle de notre ère à la déesse tutélaire. C’est grand et ruiné, on ne peut plus romantique. Bien sûr, les Chrétiens ont fait de la propagande : la brèche serait due au coup de crosse de saint Front chassant les démons. C’est allégorique mais pas si faux car la foi nouvelle a inhibé tout respect pour l’ancienne, permettant ainsi de détruire sans vergogne le monument pour construire à côté, sans craindre des représailles sacrées. Les fouilles d’une grande villa romaine se poursuivent à côté.

Une autre belle ruine est herbeuse et moussue à souhait pour les élans sentimentaux : le château Barrière possède un square vert tendre qui attire dans ses recoins le romantisme d’adolescentes en jean uniformes mais dont la peau est aussi lumineuse que le calcaire doré des murs. Le donjon date du 12ème siècle, les décors de portes et de fenêtres, de la Renaissance flamboyante. Ce contraste n’est-il pas dans le style de la jeunesse d’aujourd’hui, un extérieur exubérant mais un cœur sérieux ?

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La maison romane est refaite pour la commune, qui l’utilise. Elle dispose d’une porte normande, vestige ruiné d’une enceinte qui aurait protégé des Vikings aventurés jusqu’en ce lieu en remontant l’Isle. La maison est bâtie d’éléments de temples romains ; on prenait dans l’urgence la belle pierre là où elle se trouvait. A côté d’elle se dresse un collège dont le toit contemporain est une pyramide de verre de style Mitterrand. L’enseigne d’un club de gym montre un Obélix musculeux portant son menhir : il n’y a pas à dire, les Gaulois ont changé. Leur style devient moins beauf, moins gras du bide. Fleurissent aussi, pour séduire la jeunesse avide d’action et de muscles, des réclames pour toutes sortes d’arts martiaux : judo, karaté, aïkido. Voilà qui est sain.

Les arènes romaines sont aujourd’hui un jardin public où les lions sont du type ‘canis’ tenu en laisse et les gladiateurs ont une carrure peu formée à la bagarre. Cet amphithéâtre du 1er siècle pouvait contenir 20 000 personnes du temps de sa splendeur. Comme un peu partout, les murailles ont servi de carrière durant les siècles, mais toute la partie inférieure est encore enfouie dans le sol. Dans son coin central le plus bas subsiste un agréable bassin à la romaine. Un buste moderne d’Elie Faure est érigé. C’est un autre personnage de la région, médecin, critique d’art, écrivain. Il avait une langue fluide et fleurie, un vrai bonheur de lecture ! Son ‘Histoire de l’Art’, un temps en Livre de Poche, est une belle introduction au savoir.

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La cathédrale Saint-Front, dédiée au premier évêque de Périgueux, paraît antique et grande, mais elle est un produit 19ème qui, sauf le clocher, ressemble au Sacré-Cœur parisien. Certes, ce dernier a caricaturé Saint-Front pour devenir cette espèce de butagaz que je trouve très laid, tandis qu’à Périgueux, les coupoles gardent une hauteur raisonnable, mais il s’agit bien du même architecte ici comme à Paris : Abadie. Le plan est en croix grecque sur les plans initiaux de la basilique élevée en 1153, comme à Venise. Mais les vandales de la fin du 19ème siècle ont refait du massif et du « médiéval » dans le style romantique, ce qui n’a plus grand-chose à voir avec l’élan authentique.

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Sous la coupole de droite en entrant, un autel baroque marbré et dûment contorsionné porte deux anges au sexe irréel mais à la gorge bien dénudée. Celui de gauche s’effleure le sein, comme pâmé de cette incarnation en éphèbe ou attendri par la montée des hormones ; celui de droite offre ses épaules claires à la caresse des hommes tout en tendant ses mains vers Dieu. La démarche esthétique est très platonicienne, du désir de la chair à l’élévation de l’esprit. L’amour divin se veut déclenché par les manifestations de séduction très érotiques de cette jeunesse. Les intermédiaires aguichent le fidèle pour se faire les messagers de Dieu : prends ma main et de l’autre je te mènerai au Père. Cette païennerie me fait sourire et renvoie une fois encore à cet équilibre entre sens et raison, entre instincts et foi, qui fait le bonheur d’expression des habitants de cette région.

Un immense retable en bois sombre de noyer est placé devant l’autel. Il représente l’ascension de la Vierge avec force anges et nuages, regards extatiques et voiles drapés. C’est riche, sinueux, tout suggère le mouvement – un baroque jésuite que j’apprécie peu. Un vigoureux Hercule soutient la chaire du 17ème siècle face à l’autel comme la foi soutient la raison du discours de prêtre. De jolis anges aux corps serpentins entourent Matthieu en médaillon.


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