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L’industrie automobile française coincée entre les retombées de la pandémie et la mutation du marché mondial

Publié le 24 août 2020 par Infoguerre

Réparation Automobile, Atelier De Voiture

Avec la crise du covid-19, il semble que les constructeurs français soient dans l’obligation de s’allier avec d’autres constructeurs pour diminuer les frais et s’offrir les moyens de s’attaquer à de plus grands marchés.  Mais il existe d’autres défis à relever.  Selon Carlos Tavares, PDG du groupe PSA, cette injonction électrique ne fait qu’ouvrir les portes du marché français aux constructeurs chinois, qu’il considère comme un véritable cheval de Troie. Par ailleurs, l’Union Européenne devra se pencher sur la manière de résoudre ses propres contradictions. A titre d’exemple, les taxes sur les carburants sont très élevées, et sont une ressource de taille pour les Etats membres. Le passage à l’électrique sera une perte colossale de revenus pour les gouvernements, qui  en ont  aujourd’hui un besoin encore plus important, compte tenu des retombées de la crise économique en cours de développement.

Les enjeux de la coopération européenne

Pour contrer cette perte, des solutions existent. Et elles se doivent d’être mise en place pour ne pas subir de plein fouet l’influence des industries étrangères, et notamment asiatique. L’Union Européenne doit s’accorder, et les Etats membres doivent travailler main dans la main afin de développer une filière européenne de batteries spécialement conçues pour les voitures électriques. Dans un rapport établi[1] avec l’aide de Boston Consulting Group (BCG) en février 2019, c’est d’ailleurs l’une des principales recommandations énoncées pour permettre un développement accru de la filière industrielle automobile française.

Si la Chine, le Japon, et dans une moindre mesure les dragons[2] sont très investis sur ces questions et offrent de nombreux soutiens publics à l’industrie des batteries, ce n’est pas le cas en Europe. Pourtant, c’est un facteur des plus stratégiques. En effet, il est à ce jour impossible pour les constructeurs français et européens de développer des véhicules électriques sans batteries asiatiques, alors même que la batterie d’un véhicule électrique correspond à 30% de son coût de fabrication. Une création de batterie européenne pourrait tout à la fois permettre de limiter les coûts de production, mais aussi de conserver une réelle souveraineté économique. Les géants asiatiques s’implantent de plus en plus en Europe pour permettre de fournir des batteries en tout genre, et les industriels européens comme Arkema ou Eramet n’ont pas établi de filières en commun. Samsung, LG, ou encore Panasonic, eux, ont bien pris conscience du caractère crucial des batteries.

Les investissements indispensables à ne pas omettre

La recommandation n°19 du rapport sus nommé est ainsi la suivante : « Soutenir la création d’une filière de production de cellules de batteries française et européenne, pilotée par un acteur industriel et mobilisant les acteurs amont (minerais, chimie), aval (équipementiers et constructeurs automobiles) et les gouvernements au niveau européen, en particulier l’Allemagne, pour mettre en commun les compétences et les investissements, et servir les besoins des constructeurs européens. » Mais, pour créer cette filière, un fort investissement sera nécessaire, aussi bien d’un point de vue technologique qu’en terme d’accessibilité et de sécurité. En effet, les réserves de cobalt et autres minerai essentiels sont aujourd’hui essentiellement situées en Afrique, particulièrement en République du Congo (RDC), et les puissances chinoises et russes y sont fortement représentées. Il existe aussi de grands risques géopolitiques, en RDC comme dans ses pays frontaliers, qu’il faudra savoir maîtriser pour ouvrir la porte à une filière européenne. Enfin, la question du recyclage devra elle aussi être particulièrement réfléchi afin de respecter les conditions écologiques sine qua non.

Mais le développement des constructeurs français sur le sol national et européen ne doit pas se faire sans passer commande auprès des sous-traitants français qui, eux aussi, ont subi de grandes difficultés avec la crise de la covid-19. De nombreuses TPE et PME sont présentes au sein de l’Union, et particulièrement en France et il est nécessaire, là aussi, d’user d’une préférence, sinon tricolore, a minima européenne. L’Union Européenne devra aussi se préparer aux mobilités de demain, et mettre en place des règles normatives à l’usage des véhicules autonomes notamment, et ce avant que cette technologie soit parfaitement fonctionnelle.

Un marché en pleine mutation

Le marché de l’industrie automobile n’est plus aujourd’hui que la vente de matériel selon Brian Rhodes[3]. Et c’est une analyse que partage l’ancien PDG de l’alliance Renault Nissan : Carlos Ghosn. Ainsi, on pourrait comparer l’industrie automobile à celle du téléphone portable. Si auparavant les téléphones n’avaient pour unique usage l’appel, ils sont devenus aujourd’hui des compagnons de vie indéniable, regorgeant de plusieurs usages. Et la place de l’industrie automobile dans le futur ne saurait exister qu’en évoluant, et en proposant de nouveaux projets. Mais pour prendre une place majeure dans l’industrie, les constructeurs français devront d’abord lutter contre les influences étrangères, et apprendre à contrer les nombreux obstacles placés sur leur route. L’exemple américain est, encore une fois, à prendre en considération. Si l’État français soutient généralement les constructeurs tricolores dans le domaine de la voiture électrique, cet investissement est bien moindre que celui qu’effectue le gouvernement américain avec la marque de Elon Musk : Tesla. L’aide publique à la recherche profite à la marque du milliardaire controversé, permettant ainsi de proposer des véhicules à la pointe de la technologie, et ce en un temps record. Tesla, en quelques années, a pris une place majeure, si ce n’est la première place sur le marché du véhicule électrique. C’est bien souvent la marque d’Elon Musk qui vient à l’esprit des citoyens lorsqu’il est question de mobilité électrique. L’Etat et les entreprises françaises devront travailler en commun afin de développer, en même temps, des véhicules et des infrastructures à l’usage de véhicules plus propre, électrique à batterie ou à pile à combustible

Salomé Blandel

[1] Mission sur la filière automobile, Renforcer l’attractivité et la compétitivité de la France dans l’automobile et la mobilité de demain, Xavier Mosquet et Patrick Pélata, Février 2019

[2] Corée du Sud, Taiwan, Singapour, HK

[3][3] Analyste secteur automobile chez IHS Markit

[4] Trump exhorte l’UE à construire ses voitures aux Etats-Unis, AFP, Le Point Automobile, 22/03/2019

[5] Renault : l’Espace et le Scenic bientôt arrétés ? E. Egloff, Le Figaro, 14/05/2020

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