Ôgai à Munich en 1886
Mori Ogai meurt de tuberculose à l'âge de 60 ans. Par testament, il interdit que son rang militaire soit mentionné sur sa tombe. L'oeuvre de Mori Ogai est organisée en deux ensembles complémentaires : la série des Écrits (chosakuhen) comprend 33 volumes, celle des Traductions (honyakuhen) en comprend 18.Mori Ôgai à Munich Mori Ôgai séjourna à Munich du 8 mars 1886 au 15 avril 1887, comme en témoigne le journal qu'il tint sur ses quatre années en Allemagne (Doitsu Nikki) et qui fut publié de manière posthume en 1937. Ce journal relate notamment les circonstances de l'internement et de la mort du roi Louis II, dont l'écrivain dût prendre connaissance tant par la presse locale que par les conversations qu'il en entendit. Mori Ôgai connaissait également bien les lieux du drame car il se rendit 7 fois au lac de Starnberg pendant son séjour munichois et séjourna au moins à deux reprises à Léoni, une localité située dans l'immédiate proximité du château royal de Berg. La mort du roi dans le journal intime de Mori Ôgai Ogai donne une description et une reconstitution des circonstances de la mort du roi, probablement basée sur des reportages, dans Doitsu Nikki : Nuit. Nous nous sommes rendus avec Kato et Iwasa dans une taverne sur Maximilianstrasse, avons eu quelques verres de vin, je me suis bien amusé et je suis rentré. Le lendemain, nous avons appris que le roi s'était noyé dans le Wurmsee pendant la nuit. Le roi était Louis II. Il souffrait de psychose depuis longtemps. Il n'aimait pas le jour et préférait la nuit ; pendant la journée il faisait régner l'obscurité dans ses appartements et mettre une lune et des étoiles au plafond ; il plaçait des plantes à fleurs autour de son lit et se couchait au milieu d'elles ; quand la nuit venait, il se levait et allait se promener dans le jardin. Récemment il a lancé de nombreux travaux publics et, parce que cela a vidé le Trésor national, on a annoncé sa maladie et il a été contraint de quitter son trône. Dans la nuit du 12 de ce mois, le roi a déménagé, avec le neurologue von Gudden, du château de Hohenschwangau au château de Berg près du Starnbergersee, également appelé Wurmsee. Dans la nuit du 13, le roi, est allé se promener avec Gudden au bord du lac mais n'est pas revenu. Pendant ce temps, les corps du roi et de Gudden ont été retrouvés dans le lac. Peut-être que le roi s'est jeté dans le lac et Gudden, voulant essayer de le sauver, est entré dans l'eau et a fini par mourir avec lui. Ceux qui ont examiné les corps disent que Gudden voulait probablement sauver le roi et est allé dans l'eau et a saisi le col du roi. Les mains et les doigts de Gudden ont été blessés et ses ongles déchirés. Peut-être, que le roi, étant fort et puissant, a laissé son manteau entre les mains du médecin, et s'est avancé dans les eaux profondes. Gudden l'a probablement suivi, rattrapé et a encore tenté d'empêcher le roi de mourir dans le lac. Sur le visage de Gudden se trouvaient des marques des ongles du roi; c'était très pitoyable. Avant que le roi ne tombe malade, il combinait le génie d'un poète avec la vertu d'un souverain; même son apparence dépassait celle des autres, et l'amour et le respect que lui portaient son peuple étaient profonds; mais ne faut-il pas regretter qu'il ait rencontré une mort rare même dans l'histoire de l'ouest ? Gudden n'était pas seulement docteur en psychiatrie, mais aussi un spécialiste expérimenté du système nerveux central : il avait à ce sujet écrit des livres très appréciés. Il aimait aussi la poésie. Sa ballade de la femme folle a été très largement saluée. Sa mort a également montré clairement combien il avait le sens du devoir et servira éternellement à honorer sa réputation de médecin. Le journal indique encore en son entrée du 27 juin 1886 que Mori Ôgai s'est rendu ce jour-là au Starnbergersee avec ses deux compagnons Kato et Isawa, et qu'ils y rendirent hommage à la mémoire des deux disparus.Le roi Louis II dans la nouvelle Utakata no Ki de Mori Ôgai
— Le dieu du lac a donc demandé un autre sacrifice. Mon mari a été appelé hier au château de Berg et il n'est pas encore de retour. Si tu veux que quelque chose soit fait pour elle, tu devras l'amener ici, dit-elle doucement. Elle s'apprêtait à fermer la fenêtre. — C'est Marie! Votre Marie! Elle est tombée à l'eau! cria Kose. Avant même qu'il ait fini sa phrase, la vieille femme, qui avait laissé la fenêtre ouverte, se précipitait vers la jetée. Elle pleura en aidant Kose à porter Marie dans la maison. Dans l'unique pièce de la cabane, la vieille et Kose essayèrent en vain de ranimer Marie qui mourut quelques heures après sans avoir retrouvé connaissance.
Kose passa la nuit assis près du corps avec la vieille, déplorant ce monde impitoyable dans lequel les choses disparaissent pour ne jamais revenir, comme disparaît l'écume des vagues. Le 15 juin, le corps du roi fut ramené à Munich. Toute la Bavière était en deuil et ne parlait que des circonstances de la mort du roi. Dans ces circonstances, les amis de Kose ne s'inquiétèrent pas de son absence. L'un d'entre eux, le peintre Julius Exter, finit cependant par passer à son atelier où il le trouva complètement abattu, effondré aux côtés d'un tableau d'une Lorelei à laquelle il avait donné les traits de la petite marchande de violettes.
Bibliographie succincte
Notes
Magazine Bons plans
Mori Ôgai, l'écrivain japonais qui relata et mit en scène la mort du roi Louis II de Bavière-
Publié le 31 décembre 2020 par Luc-Henri Roger @munichandco
MORI ÔGAI (Mori Rintaro, dit), (Tsuwano 1862 - Tokyo 1922).
