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737_ « Islamo-gauchistes » : une chasse aux sorcières médiatique

Publié le 18 février 2021 par Ahmed Hanifi
737_ « Islamo-gauchistes » : une chasse aux sorcières médiatique

Quelques jours après l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine et la mort de Samuel Paty (1), parmi le déferlement d'amalgames et de propos racistes, un mot d'ordre résonne dans de nombreux médias : haro sur les " islamo-gauchistes " ! Un vocable qui regroupe (entre autres) tantôt la Ligue des droits de l'homme (LDH), Mediapart, l'Observatoire de la laïcité, ou la France Insoumise... et parfois tous en même temps, dans une même accusation : celle de complicité avec le terrorisme. Une accusation grave portée en l'absence de toute preuve et de toute contradiction, proférée par des éditorialistes, des responsables politiques et une poignée de " personnalités " qui multiplient les apparitions à la télévision, à la radio ou dans la presse. Retour sur une séquence d'hystérie médiatique... aux allures de règlements de compte.

Lundi 19 octobre, de France Inter à RTL, en passant par Europe 1, CNews et BFM-TV, le même discours se déploie dans de nombreux médias, les mêmes anathèmes sont lancés sans contradiction.

Sur Europe 1, Patrick Cohen reçoit dans son interview de la mi-journée Pascal Bruckner. L'essayiste médiatique y déroule un discours halluciné, dénonçant une " hydre islamiste " qui aurait " pénétré tous les secteurs de la France : l'université, l'administration, peut-être la police, peut-être les services de renseignement, le monde du sport et le monde de l'école ". Et appelant à ce qu'on " désigne les complices ", en particulier la France insoumise, coupable selon Bruckner d'avoir participé à la manifestation de novembre 2019 contre l'islamophobie avec le CCIF (2). Edwy Plenel serait également à compter parmi " les complices de gauche et d'extrême-gauche " qui ont " du sang sur les mains et devraient rendre des comptes ". Autant d'accusations graves, sans fondement, reçues avec la plus grande complaisance par Patrick Cohen... Quelques jours plus tard, sur le plateau de " 28 Minutes " d'Arte (21/10), Bruckner accuse cette fois Rokhaya Diallo d'avoir " armé le bras des tueurs " de l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 - sans aucune réaction de l'animatrice, Élisabeth Quin.

Dans Le Point (20/10), Étienne Gernelle s'en prend au secrétaire fédéral de Sud Éducation, qualifié de " sinistre clown " et au directeur de Mediapart. Puis c'est au tour de l'inénarrable Franz-Olivier Giesbert (21/10) d'éructer contre " le multimillionnaire " Edwy Plenel, " saint patron de l'islamo-gauchisme ", avant de conclure : " Le martelage de cette engeance, sur fond de terrorisme intellectuel, ne contribue pas qu'un peu à notre délitement actuel ". Fidèle au poste dans Marianne (23/10), Jacques Julliard est au diapason des âneries réactionnaires : " Pour la première fois depuis l'Occupation, la France n'est plus libre. " Et l'éditocrate d'espérer : " Si, au moins, l'indignation actuelle contribuait à nous débarrasser de l'islamo-gauchisme, sans lequel l'islamo-fascisme ne saurait prospérer. (5) "

Ainsi, dans un large spectre de médias, des radios aux chaînes d'information en continu en passant par la presse, ce sont les mêmes accusations graves qui sont portées (de complicité avec le terrorisme tout particulièrement) en l'absence de tout élément factuel. Les mêmes procès d'intention sont formulés à l'égard des participants à la marche contre l'islamophobie, fin 2019, pour mieux les discréditer sous un vocable épouvantail : " l'islamo-gauchisme ". Il y aurait beaucoup à dire sur l'histoire et la " force des concepts faibles ", comme l'analyse Samuel Hayat dans une tribune pour L'Obs (27/10) (6). Pour comprendre l'omniprésence d'un tel concept dans la séquence qui nous occupe, et son infusion dans le débat public, il faut s'intéresser au rôle joué par un petit nombre de personnalités médiatiques ayant multiplié les interventions depuis l'assassinat de Samuel Paty. Et, dans un second temps, à celui des membres de gouvernement, ayant contribué - avec des journalistes, au choix : militants, suivistes ou complaisants - à la co-construction d'une telle chasse aux sorcières.

Un agenda médiatique, ça se travaille


Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer qu'à peine 48 heures après l'assassinat de Samuel Paty, l'agenda médiatique ait été à ce point orienté sur le lynchage des pseudo " intellectuels collabos " et du fumeux " islamo-gauchisme " - en plus d'un déferlement de propos islamophobes et xénophobes ? Dans l'article " Chaînes d'info : l'extrême droite en croisière ", nous revenions sur les mécanismes propres aux chaînes d'info, à même d'expliquer tout à la fois la médiocrité du débat public et sa " radicalisation " à droite et à l'extrême droite. Ils ont évidemment ici joué à plein. Mais il faut signaler, dans ce moment particulier, un élément central et déterminant : la surface médiatique (bien au-delà des seuls médias ouvertement réactionnaires) occupée par le discours d'une série de journalistes, de polémistes ou d'essayistes, proches du Printemps républicain et de Manuel Valls. Malgré des tons différents, tous ont contribué à mettre en avant, dans les grands médias dont ils sont familiers, une obsession et un agenda communs : la stigmatisation des " complices de l'islamisme ".

Le même jour, c'est " l'essayiste " Céline Pina qui menait campagne sur LCI, jetant cette fois-ci l'anathème sur l'université toute entière : " Aujourd'hui, allez écouter ce qui se dit à l'université. Ce n'est pas que les islamistes qui tiennent ce discours. Ils sont alliés avec qui ? Avec tous les racialistes, tous ceux qui voient tout par la couleur de la peau. Ils sont alliés avec qui ? Avec les Geoffroy de Lagasnerie. Ils sont alliés avec qui ? On les a vus ! "

Au soir du samedi 17, encore, c'est au tour du Parisien de mettre en ligne un entretien avec Bernard Cazeneuve, qui paraîtra le lendemain dans la version papier. L'ancien Premier ministre y dénonce des " petites lâchetés et concessions médiocres face au communautarisme " avant de mobiliser les grands mots, relancé sur la question par le journaliste politique Alexandre Sulzer : " Il y a aussi l'islamo-gauchisme qui regarde avec les yeux de Chimène certaines organisations communautaristes qui ont en elles une défiance, pour ne pas dire une forme de haine de la République. " Invité deux jours plus tard dans le " 7/9 " de France Inter (19/10), il pointe à nouveau les " groupes gauchistes " et " les parlementaires " ayant manifesté le 10 novembre dernier contre l'islamophobie. À Nicolas Demorand - en mal de cibles plutôt que d'arguments (" Vous parlez des insoumis ? De la France insoumise ? ") - Bernard Cazeneuve répand un semi-flou : " Ils se reconnaîtront, je parle bien entendu d'un certain nombre de députés insoumis, mais pas seulement. "

Jean-Baptiste Boursier : Pardon je m'arrête là-dessus c'est très important parce que tout à l'heure je vous ai écouté avec attention. Vous étiez place de la République, vous avez eu des mots extrêmement durs, et notamment à l'endroit de la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon. Vous avez dit ils ont une forme de responsabilité dans cette lâcheté ?

Ces quelques exemples - concentrés sur les trois premiers jours ayant suivi l'assassinat - donnent une idée de la rapidité avec laquelle le thème des " complices intellectuels " et de " l'islamo-gauchisme " s'est imposé dans le débat médiatique. Ils donnent également un bon aperçu de l'absence totale de contradiction de la part des journalistes, suscitant ou relayant des anathèmes et des concepts pourtant fumeux, sans ressentir le besoin d'argumenter. Et surtout, en assurant une présence médiatique quotidienne à leurs auteurs, tout au long de la semaine.

Pour ne donner que quatre exemples : Caroline Fourest écrit un édito dans Marianne le 17, passe sur France Inter et dans " C Politique " le 18, dans Elle le 19, dans L'Express, sur LCI et France 2 le 21 (entre autres !) ; Céline Pina écrit dans Causeur (les 17, 18 et 21), passe sur LCI les 17, 20 et 27, sur Sud Radio les 20 et 27, sur Public Sénat le 21, dans Front populaire le 24, Atlantico le 26, et fait même une apparition dans le " 13h " de TF1 le 20.

Manuel Valls, lui, est bel et bien de retour : le 17 sur France Info, le 18 sur Europe 1 et BFM-TV, le 21 sur Europe 1, BFM-TV et LCI, le 23 dans le talk du Figaro et sur TV5 Monde, le 27 sur Public Sénat... Quant à Pascal Bruckner, on peut le lire le 16 dans Le FigaroVox, l'entendre le 19 sur Europe 1, le 20 sur LCI, le 21 dans les " Grandes gueules " puis sur Arte, le 22 dans la matinale d'Inter et sur France Culture.


Une coproduction politico-médiatique


Si l'agenda médiatique est donc très vite accaparé par les accusations de " complicité " d'une partie de la gauche, la chasse aux sorcières prend une ampleur supplémentaire avec les prises de position médiatiques de plusieurs membres du gouvernement.

À compter du 22 octobre, des ministres et membres de la majorité relayent ce discours dans les médias ou à l'Assemblée nationale (8).

Mais c'est surtout l'interview du ministre de l'Éducation nationale par Sonia Mabrouk (décidément...) le 22 octobre sur Europe 1 qui remettra, à compter du jeudi et plusieurs jours durant, la question de l' " islamo-gauchisme " à l'ordre du jour médiatique. Et, plus précisément ce passage :

Jean-Michel Blanquer : Moi je pense surtout aux complicités intellectuelles du terrorisme. C'est ce point que je souhaite souligner en ce moment. Notre société a été beaucoup trop perméable à des courants de pensée.

Sonia Mabrouk : Qui par exemple ? Des milieux intellectuels, universitaires ? Citons-les !

Jean-Michel Blanquer : Oui on peut les citer, ce qu'on appelle communément l'islamo-gauchisme fait des ravages.

Ce sont des fascistes, ce sont des islamo-fascistes, des nazislamistes [sic], des totalitaristes appelez-les comme vous voulez, ce sont des antidémocrates. D'ailleurs il est temps aujourd'hui de mettre un cordon sanitaire [...] pour tous ces partis, notamment d'extrême gauche, qui pactisent aujourd'hui avec ceux qui ont décidé de l'effondrement de la France.

Ce 22 octobre, Pascal Praud a senti le basculement : " C'est intéressant, parce que ce n'est pas Marine Le Pen qui le dit, ce ne sont pas des éditorialistes qui le disent, c'est le ministre de la République. Et cette phrase (...) n'aurait pas pu être dite il y a huit jours ". Il est suivi par sa bande :

Gilles-William Goldnadel : " L'expression "islamo-gauchiste", je l'ai employée à peu près depuis 20 ans, et pendant très longtemps, on ne parlait pas des ravages qu'il faisait, on disait que j'étais un ravagé moi-même ".

Ou Ivan Rioufol, le lendemain, toujours sur CNews : " Ça fait très longtemps que nous sommes quelques-uns à dénoncer l'islamo-gauchisme. Et jusqu'alors effectivement nos paroles ne passaient pas... ne passaient guère les murs. Aujourd'hui les murs s'effondrent, tant mieux ".

Un bilan que tirait aussi Marianne (en s'en réjouissant) le 22 octobre : " On voit les complaisants politiquement corrects de l'UNEF se faire huer comme collabos dans les manifestations - ; qui parle d'islamo-gauchisme, d'années d'aveuglement et de laxisme n'est plus à la droite d'Attila ".

Et on a vu sur les chaînes d'info en continu, dans les éditos de la presse hebdomadaire, sur l'audiovisuel public se poursuivre cette chasse aux sorcières (9). Le dimanche 25 octobre sur France Culture, Brice Couturier reprend ainsi à son compte la " thèse " de Jean-Michel Blanquer :

Je pense que Jean-Michel Blanquer a tout à fait raison de souligner qu'il y a tout un tissu intellectuel, tout un écosystème intellectuel et médiatique qui a couvert, qui a just..., qui a légitimé en essayant de comprendre. [...] On a été très très loin quand même dans la légitimation de ces actes de guerre qui sont dirigés contre notre pays et contre nos concitoyens. Il faut que ça cesse ! Il y a des gens qui ont manifesté en novembre avec les islamo-gauchistes, avec les islamistes en criant " Mort aux juifs " dans les rues, et qui aujourd'hui retournent leur veste parce qu'ils ont compris que les Français étaient exaspérés

Valérie Toranian, directrice de la rédaction de la Revue des deux mondes, accrédite également les propos du ministre de l'Éducation nationale dans un éditorial publié sur le site du mensuel:

Les collabos se recrutent à tous les étages de notre société. Dans les médias, à l'université, très justement accusée par Jean-Michel Blanquer d'être souvent le lieu d'un islamo-gauchisme qui fait des ravages..

Le 26 octobre, c'est encore Alain Finkielkraut qui, seul sur le plateau de LCI pour répondre aux " questions " de David Pujadas, s'en donne à cœur joie. Faut-il dénoncer l'islamo-gauchisme demande Pujadas ? Bien sûr, répond Finkielkraut :

L'islamo-gauchisme n'est pas un fantasme droitier. C'est une triste réalité. [...] L'islamo-gauchisme, c'est Danièle Obono, députée de la France insoumise qui ne pleure pas pour Charlie, qui réserve ses larmes pour Dieudonné. L'islamo-gauchisme c'est Emmanuel Todd [...]. L'islamo-gauchisme c'est en effet Jean-Luc Mélenchon [...].

La violence est telle que les (très rares) personnes accusées d' " islamo-gauchisme " qui furent invitées à " s'exprimer " ont en réalité été jetées en pâture et soumises à des interrogatoires journalistico-policiers en règle. Comme l'a signalé Laurence de Cock, ce fut notamment le cas de la présidente de l'Unef, Mélanie Luce, lors de l'émission " Signes des temps " présentée par Marc Weitzmann sur France Culture.

Bref. Plus d'une semaine après l'assassinat de Samuel Paty, l'hystérie médiatique à propos des " islamo-gauchistes " continuait, appelant la surenchère d'une Marine Le Pen sur RTL ou celle d'un Alain Finkielkraut sur LCI (fustigeant l' " islamo-clientélisme " et l' " islamo-humanisme " !) Le 22 octobre, Le Figaro rapportait d'ailleurs le désarroi du Rassemblement national, " à l'épreuve de la banalisation de ses idées ".


La semaine de matraquage ayant suivi l'assassinat de Samuel Paty témoigne de l'emprise des obsessions réactionnaires, du degré d'hystérie du débat médiatique. Et de folles contradictions : ainsi certains journalistes peuvent-ils, dans le même temps, vanter les mérites de l'éducation et de la connaissance ; et contribuer à la misère du débat public en favorisant la circulation circulaire d'amalgames et d'anathèmes sans fondements qui neutralisent, par avance, toute discussion et toute réflexion.

Et les mêmes têtes d'affiches qui claironnent en chœur la défense de la liberté d'expression se livrent par ailleurs à une campagne de disqualification et de stigmatisation d'un pan toujours plus vaste de la société : associations, organismes publics, organisations de défense des droits humains, syndicats enseignants et étudiants, milieu de la recherche, intellectuels et partis politiques, accusés en bloc de " complicité " avec le terrorisme. Le tout en marginalisant leurs prises de parole, ou plutôt en les excluant purement et simplement de l'espace du débat public, comme ce fut le cas en cette semaine.

Après les attentats de 2015, déjà, dans l'article " '' Avec nous, ou avec les terroristes'' : les éditorialistes-faucons sont de retour ", nous analysions le matraquage auquel se livraient les mêmes personnalités que l'on retrouve aujourd'hui contre les voix dissidentes de l'époque :

Au-delà de l'évidente condamnation de ces actes ignobles et de l'expression de la solidarité avec les victimes et leurs proches, certaines organisations et certains individus ont tenté de faire entendre une voix discordante, refusant de s'identifier de manière acritique à la politique française, qu'elle soit étrangère ou intérieure. [...] Ces voix discordantes ont-elles raison ? Là n'est pas la question. Il s'agit plutôt de savoir si elles ont le droit de s'exprimer dans l'espace public et, singulièrement, dans l'espace médiatique. Nous estimons que oui, car rien ne saurait justifier l'interruption du débat démocratique, a fortiori dans un moment où une population sous le choc a envie, et besoin, de réfléchir et de comprendre. [...] Réfléchir, comprendre, expliquer, ce n'est pas justifier. Il serait temps que certains le comprennent pour ne pas répéter éternellement les mêmes erreurs en faisant régner une terreur intellectuelle qui, sous couvert de défense de la liberté, tend à ruiner encore un peu plus les conditions élémentaires du débat démocratique.

Nous assistons, cinq ans plus tard, à une réactivation amplifiée de ce moment médiatique. " Réactivation " car les raisons et les processus médiatiques de la disqualification sont identiques. " Amplifiée " car le matraquage est massif, irriguant désormais la quasi-totalité de l'espace médiatique. Et se traduit par la mise au ban par anticipation des " complices " supposés, auxquels certains journalistes vont jusqu'à dénier le droit du recueillement et de l'émotion.


Frédéric Lemaire, Maxime Friot et Pauline Perrenot, grâce au travail d'observation collective des adhérentes et adhérents d'Acrimed

1_ Voir le communiqué d'Acrimed ici-même.

2_ Le Collectif contre l'islamophobie en France est une association dont l'objet est de lutter contre l'islamophobie - définie par elle comme " l'ensemble des actes de rejet, de discrimination ou de violence perpétrés contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à la religion musulmane " ( Wikipédia). Il a, dès le début, été visé par le gouvernement et les commentateurs médiatiques.

3_ Lire à ce sujet cet article de la page Checknews du site de Libération.

4_ Ce passage a été complété le 31/10/2020.

5_ Pourfendeur de longue date de " l'islamo-gauchisme ", Jacques Julliard écrivait par exemple en 2018 dans La revue des deux mondes : " L'islamo-gauchisme [...] est le fait d'intellectuels, de groupuscules, de certains médias comme Mediapart. Ce n'est pas un mouvement organisé, son importance vient de son influence sur le monde des médias (beaucoup de journaux, de radios, la presse de gauche en général, Libération en particulier). Aujourd'hui un certain nombre de personnalités de gauche sont fascinées par ces formes inédites d'obscurantisme religieux. "

6_ À ce sujet, on pourra également se reporter aux articles de Libération : " Islamo-gauchisme, aux origines d'une expression médiatique " (14/04/16) et " En finir avec l' "islamo-gauchisme " ? " (23/10/2020)

7_ L'expression est de Manuel Valls, France Info, 17 oct.

8_ Par exemple, la députée LREM Aurore Bergé qui exprime sa " colère face à ceux qui ont mis leurs pas dans ceux du CCIF. " Ou encore le ministre de l'Économie Bruno Le Maire qui " dénonce " dans Le Figaro, " l'attitude de certains partis politiques comme La France insoumise ou une fraction des Verts " et " la complaisance de certains syndicats étudiants comme l'Unef. " Il se répétera, le lendemain (23 octobre), chez Sonia Mabrouk.

9_ Dans le même temps, le défilé médiatique des membres du gouvernement et de la majorité se poursuit pour lister les " complices ", par exemple Aurore Bergé sur LCP le 23 octobre, ou Jean-Michel Blanquer dans le JDD et Marlène Schiappa sur CNews le 25.

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LE CNRS EST CLAIR

Voici son mot daté 17 février

L'" islamogauchisme " n'est pas une réalité scientifique

17 février 2021

Institutionnel

" L'islamogauchisme ", slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l'objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d'en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l'avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de " race ", ou tout autre champ de la connaissance.

Concernant les questions sociales, le rôle du CNRS, et plus généralement de la recherche publique, est d'apporter un éclairage scientifique, une expertise collective, s'appuyant sur les résultats de recherches fondamentales, pour permettre à chacun et chacune de se faire une opinion ou de prendre une décision. Cet éclairage doit faire état d'éventuelles controverses scientifiques car elles sont utiles et permettent de progresser, lorsqu'elles sont conduites dans un esprit ouvert et respectueux.

La polémique actuelle autour de l' " islamogauchisme ", et l'exploitation politique qui en est faite, est emblématique d'une regrettable instrumentalisation de la science. Elle n'est ni la première ni la dernière, elle concerne bien des secteurs au-delà des sciences humaines et des sciences sociales. Or, il y a des voies pour avancer autrement, au fil de l'approfondissement des recherches, de l'explicitation des méthodologies et de la mise à disposition des résultats de recherche. C'est là aussi la mission du CNRS.

C'est dans cet esprit que le CNRS pourra participer à la production de l'étude souhaitée par la Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés. Ce travail s'inscrirait dans la continuité de travaux d'expertise déjà menés sur le modèle du rapport " Recherches sur les radicalisations, les formes de violence qui en résultent et la manière dont les sociétés les préviennent et s'en protègent " réalisé en 2016 par l'alliance Athena, qui regroupe l'ensemble des forces académiques en sciences humaines et sociales dans les universités, les écoles et les organismes de recherche, ou du rapport " Les sciences humaines et sociales face à la première vague de la pandémie de Covid-19 - Enjeux et formes de la recherche ", réalisé par le CNRS en 2020.

Contact

Priscilla Dacher

Responsable du bureau de presse du CNRS

www.cnrs.fr/fr/l-islamogauchisme


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