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Rio Wangki, de Danielle Coquoz

Publié le 28 mars 2021 par Francisrichard @francisrichard
Rio Wangki, de Danielle Coquoz Rio Wangki est le nom indigène du fleuve frontière entre le Nicaragua et le Honduras, appelé officiellement Rio Coco.

Dans ce lieu du bout du monde, jusqu'en 1981, vivaient les Miskitos, amérindiens décimés au XVI e siècle par les Espagnols. Au XVII e siècle, pour se défendre contre eux, ils avaient fait alliance avec la Couronne d'Angleterre.

Après l'accession au pouvoir en 1979 des Sandinistes au Nicaragua, qui marque le début de la guerre civile avec les Contras, les Miskitos, soupçonnés de complicité avec ces derniers, sont donc chassés en 1981 du Rio Wangki.

Une partie trouve refuge au Honduras, au camp de Mocoron, une autre est regroupée dans des camps à Tasba Pri, au Nicaragua. Ces gens du fleuve sont ainsi éloignés de ce qu'il faut bien appeler, paradoxalement, leurs terres.

Au début du printemps 1986, Danielle Coquoz est envoyée par le CICR avec pour but de réinstaller les Indiens miskitos sur le Rio Wangki non sans avoir obtenu au préalable toutes les autorisations officielles des belligérants.

Il ne reste plus rien au bord du fleuve des villages, des cultures, des élevages. La jungle a tout reconquis. Reconstruire ne peut cependant se faire que dans un climat de confiance que seul le CICR est à même de leur garantir.

Les conditions dans lesquelles opèrent ces deux femmes, surnommées par les Miskitos, las dos locas de la Cruz Roja , les deux dingues de la Croix Rouge, mettent à rude épreuve celles-ci, parfois au bord du découragement.

Danielle et Andrée doivent dormir en tous lieux: sous la tente, dans des habitations sans commodités ou à la belle étoile sur un bateau. À de rares exceptions, elles ne se nourrissent que de la sempiternelle assiette de gallo pinto 1.

Danielle s'occupe d'organiser les approvisionnements et les distributions de denrées, matériaux et outils en dressant des listes de bénéficiaires, tandis qu'Andrée prodigue les premiers soins qui incluront deux accouchements...

Le Rio Wangki est toutefois le véritable personnage de cette aventure inénarrable. Il est omniprésent avec ses crues, sa navigabilité variable (alors qu'il est indispensable pour les transports depuis la côte), les pluies torrentielles.

Dans cette zone de guerre, les deux femmes doivent garder leur calme quand elles ont affaire à des hommes en armes qui surgissent inopinément. De même Danielle doit-elle faire preuve d'autorité avec son équipe masculine.

Jusqu'à la Noël 1986, la cheffe de ce bureau du CICR, raconte avec beaucoup d'humour comment elle a accompli cette mission impossible avec l'infirmière Andrée Juvet dans ce lieu inhospitalier où toute une faune pullule:

En sus des rats, notre maison abritait les pires araignées du monde, énormes, noires et velues, qui s'exhibaient contre la paroi d'une chambre comme si l'attraction terrestre n'existait pas. Pour moi, c'était à chaque fois une giclée d'adrénaline, une terreur. Si vous voulez me faire avouer que Jack l'Éventreur c'est moi, posez une mygale à cinquante centimètres de ma figure.

Francis Richard

1 - Riz et haricots rouges.

Rio Wangki, Danielle Coquoz, 236 pages, Plaisir de Lire


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