Magazine Journal intime

Le Somail — Gruissan

Par Eric Mccomber

Le Somail est un magnifique hameau fluvial où se croisent trois types de pistards du canal, pédaleurs, marcheurs et pénicheurs. De nombreuses terrasses sous les arbres réunissent cette drôle de faune en fin de journée.

Plusieurs cyclos rencontrés en route et venant à sens contraire me préviennent que le piste du Canal est complètement détruite entre Agde et Sète. Je décide donc de foncer sur Narbonne par le Canal de la Robine (!). Après dix kilomètres à fond de train, je tombe dans un des classiques vortex de France à l'endroit où le Canal du Midi rejoint le Canal de la Robine par le Canal de Jonction. Ça rappelle la Loire, comme chaos routier. Les pistes s'arrêtent entre nulle part et n'importe où, pas une seule indication, les cartes ne sont d'aucune utilité. Je roule un bon bout de temps le long de l'Aude dans un chemin d'agriculteur en terre aplatie. Les insectes sifflent fort dans les hautes herbes, il n'y a pas âme qui vive, on se croirait quelque part au Kenya. Après trois kilomètres, je retourne sur mes pas jusqu'à l'écluse.

Nous sommes quatre ou cinq groupes de cyclistes à tourner en rond depuis des heures. Un couple d'Espagnols décide de tenter de franchir le pont ferroviaire. Trois Hollandais vont retourner sur leurs pas et prendre la route, dix kilomètres en arrière. Je décide de suivre les Espagnols, mais je ne les retrouve jamais et j'aboutis sur un sentier en pleine brousse qui s'étire sur 6 kilomètres de route à obstacle, avant de finalement déboucher sur une départementale hystérique. Trois heures perdues et je me trouve exactement à la même distance qu'à l'heure du midi. Plus une goutte d'eau. Mes lèvres craquellent. Rosie est brûlante, j'ai l'impression que l'acier ramollit et que l'alu va se mettre à suinter. Tant pis, je trace. L'on me klaxonne. Je reste cyclozen.

Petite pause pour manger. Juste comme je reprends le chemin, clac ! Cable de vitesse avant pété. Je descends, découragé. Je sors un cigare et je fume lentement en faisant le bilan des catastrophes. Depuis la crevaison de Carcassonne, j'ai crevé deux fois sur la remorque, cassé un garde-boue, traversé mon pneu avant, crevé encore devant, déchiré les quatre sacoches sur les ronces de chaque côté du sentier, arraché le dessous de la biblimobile sur les cailloux et les racines, bosselé le cadre de la carriole sur les obstacles aux entrées des tronçons, cabossé le contenu de la charette en renversant quelques fois dans les passages trop inégaux, failli échapper le tout dans l'eau à certains endroits où des ruisseaux ont emporté partiellement la rive, faussé mes quatre roues à divers degrés, tordu mon guidon dans une chute, et déformé ma selle en poussant l'attelage dans les passages à niveaux trop escarpés pour se monter à vélo.

À un moment, je réussis à prendre le Canal de la Robine, venu se coller à l'autoroute. En prime, une fontaine d'eau fraîche ! Le bonheur. Rosie et moi roulons à fond la caisse vers la Méditerranée. Je m'arrête à peine à Narbonne. Puis je poursuis vers Gruissan où un m'attend un camping fabuleux, situé entre mer et massif. Une fois sur place, il s'avère que c'est le plus moche camping de toute l'histoire de l'humanité. C'est tenu par des brutes stupides et inhospitalières, le sol des emplacements est en rocaille, les voisins sont à un mètre les uns des autres, il n'y a pas d'ombre ni de vent et pour clouer le clou… le prix est inimaginable (25€). Je retourne vers le municipal de Gruissan où on m'accueille plutôt bien. Nuit sans repos, accablée par la chaleur, les moustiques, les douleurs de la route et les ronflements des voisins immédiats.
© Éric McComber

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