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L'ère des soulèvements, de Michel Maffesoli

Publié le 14 juillet 2021 par Francisrichard
L'ère des soulèvements, de Michel Maffesoli C'est bien parce qu'elle pressent que des soulèvements ne vont pas tarder à se manifester que la Caste, celle des politiques et de leurs perroquets médiatiques, s'emploie à susciter la peur, le refus du risque, la dénégation de la finitude humaine dont la mort est la forme achevée.

La Caste dont Michel Maffesoli parle est celle qui incarne la modernité, laquelle, selon lui, est vouée à disparaître. Il n'en veut pour preuve que la forte abstention aux diverses élections, la désaffection vis-à-vis des organes de presse, émissions de télévision ou radio .

Il y a selon l'expression de Pierre-Paul Royer-Collard une opposition entre le et le pays réel . Le pouvoir public est complètement déconnecté de la puissance populaire . Le peuple ne se reconnaît plus dans ses élites. La fracture est de plus en plus visible.

Ces élites adoptent alors la stratégie de la peur qui est l'instrument privilégié de tout pouvoir, quel qu'il soit . Elles imaginent ainsi éviter les soulèvements qui, pourtant, ne manquent pas (et surtout ne manqueront pas) de se multiplier un peu partout de par le monde.

La modernité, qui est rationalisme progressiste , est dramatique, le drame [...] consistant à trouver une solution, une résolution; la postmodernité, qui est philosophie progressive , est tragique: il s'agit d'accepter, puis de s'ajuster et de s'accommoder à la finitude humaine.

Si le moralisme (il fonctionne toujours selon une logique du "devoir-être", ce que doivent être le monde, la société, l'individu et non selon ce que ces entités sont dans leur vie quotidienne) prend le dessus, ne se reconnaissant plus dans ses institutions, fait sécession :

mécanique La mort de la civilisation utilitariste où le lien social est à dominante permet de repérer la réémergence d'une solidarité organique.

Michel Maffesoli pense donc que les prétentions de la modernité à dominer la nature, que son scientisme, c'est-à-dire son culte de la Science, son économicisme, c'est-à-dire sa prévalence de l'infrastructure économique d'origine marxiste , sont bel et bien agonisants:

Et l'on voit émerger à nouveau des valeurs que l'on croyait dépassées: la production locale, les coutumes locales, l'entraide de voisinage, sans parler de longues plages de méditation (plus ou moins consciente) promues par justement l'absence de divertissement dont parlait Pascal 1

À un moment donné, Michel Maffesoli cite la fameuse phrase d' Albert Camus: Mal nommer les choses contribue au malheur du monde . Or c'est ce qu'il fait quand il emploie l'expression de libéral mondialisme pour qualifier la modernité. Car c'est un oxymore.

Michel de Poncins faisait la distinction entre mondialisme et mondialisation, la première signifiant un gouvernement mondial, la seconde un échange libre et fructueux entre les hommes. Le mondialisme ne peut donc être libéral, mais technocratique et bureaucratique.

Michel Maffesoli établit, à raison, une étroite relation entre la violence totalitaire, celle de la technocratie et l'idéologie du service public, la bureaucratie. Ce n'est pas parce que certaines entreprises bénéficient de privilèges de leur part qu'un tel système est libéral.

Les regroupements communautaires se font essentiellement sur des affects partagés, des sentiments communs, une communion émotionnelle.

Dans cet ordre d'idée, à raison également, à propos de cette relation, il emploie l'expression de totalitarisme doux, qui est masqué par l'idéal démocratique, auquel est en train de se substituer l'idéal communautaire, compris dans le sens de la définition suivante:

Ce sont en quelque sorte des relations librement consenties. Au-delà d'elles, l'homme ne vivant pas seulement de pain, il y a en lui un résidu divin selon l'expression de Joseph de Maistre, le roi clandestin de la postmodernité . Philippe Nemo parlait deLa belle mort de l'athéisme...

Francis Richard

L'ère des soulèvements, de Michel Maffesoli, 180 pages, Éditions du Cerf

1 - Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre.


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