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Au commencement était le verbe, de Sylviane Dupuis

Publié le 27 juillet 2021 par Francisrichard
Au commencement était le verbe, de Sylviane Dupuis

Au commencement était le Verbe.

(Incipit de l'évangile selon saint Jean)

Au commencement était le verbe n'est pas un texte religieux mais littéraire. La minuscule à verbe en atteste, si le titre, indépendamment du sous-titre, peut le laisser croire.

Sylviane Dupuis a écrit là un essai éclairant sur la littérature de Suisse francophone du XXe siècle où s'est nouée une relation singulière entre l'écriture et les Écritures.

L'auteure ne prétend pas à l'exhaustivité, mais les exemples qu'elle donne sont significatifs de cette relation de nombre d'auteurs de cette partie de Suisse avec le Livre.

De cette dernière, l'auteure rappelle qu'elle n'occupe qu'un quart de la superficie d'une petite île située au coeur de l'Europe, où quatre langues nationales coexistent.

Tout au long du siècle, jusqu'aux années 1970-1980 environ, la littérature d'ici se démarque des littératures tant française que francophones par une double caractéristique:

D'une part sa fidélité au Livre, réserve d'images, de fables, de figures et de préceptes, mais aussi texte-matrice de nombreuses oeuvres issues tant du versant protestant que du versant catholique de la Suisse francophone - en dépit de l'agnosticisme de la majorité des auteur(e)s; et d'autre part, chez poètes et prosateurs, romanciers ou romancières, un rapport de nature essentiellement poétique à la langue et à la forme.

Pour illustrer son propos, l'auteure visite, ou revisite, pour le lecteur cette littérature féconde, où le Livre omniprésent ne joue pas le même rôle chez les uns ou les autres.

D'aucuns imitent le Livre, le détournent ou le subvertissent, tels, par exemples, Charles-Ferdinand Ramuz, Maurice Chappaz, Yves Laplace ou encore Jacques Chessex

D'autres entrent en résistance avec le Livre et s'y heurtent, tels, par exemples, Catherine Colomb, Yves Velan, Jean-Marc Lovay, Monique Saint-Hélier ou Alice Rivaz.

D'autres encore s'inspirent du Livre, mais s'en distancient et l'allègent par l'humour et le rire, tels Nicolas Bouvier ou Jean-Luc Benoziglio, ce qui l'honorent, autrement.

Depuis, les écrivains d'ici n'ont plus ce rapport avec le Livre, ou indirectement quand ils ont lu leurs aînés, ne serait-ce que parce qu'ils sont nombreux à avoir vécu ailleurs.

Ce livre intéressera les étudiants, les lecteurs qui se sont nourris de ces écrivains et en ont fait du miel, les lecteurs qui aiment la littérature et ne connaissent pas celle-ci.

Puissent, comme le dit Sylviane Dupuis, certains, saisis par l'envie d'écrire, ou ayant déjà commis quelques écrits, tirer à leur tour de ces oeuvres matière à invention du nouveau.

Francis Richard

Au commencement était le verbe, Sylviane Dupuis, 256 pages, Zoé


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