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Vérita, de Karel Gaultier

Publié le 03 juillet 2022 par Francisrichard @francisrichard
Vérita, de Karel Gaultier

Dans l'ensemble des articles qui relataient les travers de personnages connus sur le Rocher, il semblait avoir pris en grippe l'oligarque russe Karatov et ses transactions financières dont la base légale apparaissait souvent contestable. Ses articles étaient signés Vérita, journaliste d'investigation.

Qui se dissimule derrière le pseudo Vérita? En tout cas le lanceur d'alerte est bien renseigné et d'aucuns, connaissant sa réputation, n'hésitent pas à entrer en contact avec lui pour lui transmettre des informations.

Qu'il ait pris en grippe l'oligarque russe, est un euphémisme. Aussi, quand il reçoit des photos d'une partouze qui s'est déroulée sur son yacht, mettant aux prises des personnalités, n'hésite-t-il pas à les mettre en ligne.

S'il voulait nuire à la réputation de l'oligarque, il n'aurait pu faire mieux. Car, le résultat est là, inattendu, la femme soumise de Youri Karatov, Katarina, qui n'a jamais été pour lui qu'un trophée, demande le divorce.

Non seulement cela, mais Katarina Karatova demande à recevoir la moitié de sa fortune, qui, entre parenthèses, provient surtout de celle de son père à elle. Évidemment l'oligarque n'entend pas se laisser dépouiller.

Un galeriste lui propose de diminuer sa fortune apparente en faisant l'acquisition non déclarée d'une toile de Picasso, La Crucifixion, peinte en 1929, qui serait un brouillon de celle du Musée Picasso de Paris.

Des meurtres sont commis tout au long du récit. Il s'agit à chaque fois de proches de l'oligarque ou de personnes qui en savent trop sur lui, sans qu'il soit possible de réellement l'incriminer ou d'y voir une autre main.

Katarina, elle-même, est l'objet de rumeurs quant à sa fidélité. Or ni Youri, ni elle, ne tiennent à ce que leur fille Ivana, qui va avoir vingt ans, ne souffre de leurs différends. Ils font donc provisoirement la paix.

Hormis deux des protagonistes, Edmond Berger et Gretel Artsmann, personne n'est au courant que La Crucifixion est un faux: le premier l'a peinte, la seconde feint de l'avoir découverte avec d'autres esquisses.

Cela n'empêchera pas La Crucifixion d'être mise aux enchères comme s'il s'agissait d'un véritable Picasso lors d'une orgie mondaine et mondialisée afin de sauver la mise de tous ceux qui sont mêlés à l'affaire:

Au fond, la question de savoir si l'oeuvre était authentique ou non ne se posait plus. Seule comptait la spéculation qui allait transformer un tableau inconnu en la toile la plus chère du monde.

L'identité de Vérita n'est, bien sûr, révélée qu'à la fin. Les mondes de la mafia, de la banque, de l'art, du barreau, de la politique, sont dépeints sans concession par l'auteur, sous les cieux de Genève, Paris ou Monaco.

Vérita aura lui-même menti pour ne pas se dévoiler et aura même été hypocrite afin de mener à son juste terme le clair dessein qui le meut depuis des années. Ses attitudes illustrent le paradoxe de Gustave Thibon:

Le mensonge est un hommage à la vérité, comme l'hypocrisie est un hommage à la vertu.

Francis Richard

Vérita, Karel Gaultier, 352 pages, Slatkine

Livre précédent:

Jackson Hole (2020)


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